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L'Usine Aéro

Tom Enders, le big boss d’Airbus, est assis sur un siège éjectable

Olivier James , , , ,

Publié le

Sous le feu nourri de plusieurs enquêtes liées à des affaires de corruption, Airbus connaît une période difficile. Le patron de l’avionneur Tom Enders semble plus fragilisé que jamais. Normal 0 21 false false false FR X-NONE X-NONE

Tom Enders, le big boss d’Airbus, est assis sur un siège éjectable
Tom Enders, Head of Airbus
© L'Usine Nouvelle

"Je ne m'accroche pas à mon job". Si Tom Enders a expliqué au quotidien allemand des affaires Handelsblatt lundi 16 octobre, et rapporté par Reuters, que le moment n’était pas venu pour lui de partir, le fait même d’évoquer ce départ est pour le charismatique patron une nouveauté. "Soyez-en assuré : si je ne fais plus partie de la solution, et j'espère que je m'en rendrai compte par moi-même, j'en tirerai les conséquences". Pour celui qui incarne comme personne ce que l’Europe a fait de mieux en matière de coopération industrielle, les prochains mois seront critiques quant à son maintien à la tête de cette entreprise de plus de 134 000 salariés et au chiffre d’affaires de 67 milliards d’euros.

Malgré le soutien réitéré jeudi 12 octobre du conseil d’administration d’Airbus, Tom Enders semble aujourd'hui en mauvaise posture entouré d'un bataillon d'avocats. En cause : la multitude d’enquêtes menées concernant les affaires de corruption du groupe, certaines le mettant directement en cause. Il y a celles menées par le parquet national financier (PNF) en France et le Serious Fraud Office (SFO) britannique concernant des soupçons de corruption, sur fond d’irrégularités dans le recours à des consultants pour la vente à l'export d'avions. Un retour de bâton prévisible pour les dirigeants, dans la mesure où c’est Tom Enders qui a fait le choix de l’auto dénonciation dans le but d’éviter les poursuites pénales, comme le prévoit notamment la loi Sapin 2.

Grand ménage chez l'avionneur

Une initiative – contestée en interne – qui ne serait pas étrangère, selon nos confrères du Monde, à des pressions américaines. Dans une enquête publiée samedi 14 octobre, le quotidien assure que Boeing, privé en juin 2015 du soutien financier de l’Export-Import Bank of the United States, serait allé chercher des poux dans la tête de son rival pour compenser cette perte de compétitivité. Un dossier sur les pratiques commerciales aurait été transmis directement au ministère américain de la justice, lequel aurait fait pression sur Airbus laissant entrevoir la possibilité de faire intervenir le Foreign Corrupt Practices Act (FCPA) : loi extraterritoriale qui permet au ministère américain de la justice de condamner une société étrangère, comme ce fut le cas pour Technip et Alstom. De quoi pousser les dirigeants d’Airbus à s’autodénoncer.

Mais l’opération "mains propres" menée dès lors manu militari par Tom Enders a provoqué des remous en interne. En particulier avec la liquidation du SMO (Strategy Marketing Organization), réseaux de commerciaux chargés de trouver des contrats à travers le monde usant – voire abusant – du système de commissions destinées aux intermédiaires. Un service qui a été géré par Marwan Lahoud, parti du groupe l’an dernier. "Ceux qui ont fait gagner des milliards au groupe et des millions à leurs dirigeants et/ou ont servi Marwan Lahoud sont devenus des parias dans le groupe, assure le journal La Tribune. De tolérés par Tom Enders, […], ils ont été bannis du jour au lendemain à la suite des audits internes confiés à partir de 2014 à des cabinets d'avocats américains".

Une multiplication des affaires

Des crispations internes à l’encontre de Tom Enders exacerbés par l’attitude de certains cabinets d’avocats, notamment l’américain Hughes Hubbard & Reed : les salariés du groupe doivent se soumettre en permanence – sans être prévenus – pour livrer le contenu de leurs ordinateurs, téléphones et clés USB. L’entreprise Airbus est entrée dans l’ère du soupçon généralisé alors que les interrogatoires se multiplient chez les cadres. Déjà, le rapatriement d’un certain nombre de salariés du site de Suresnes au nouveau siège toulousain avait fait grincer des dents, en pleine mise en œuvre du plan de restructuration du groupe, Gemini.

Sans compter que les affaires de corruption se multiplient, comme le rappelle le journal Le Monde, au-delà de celle à l’origine des enquêtes du SFO et du PNF : le patron d’Airbus est visé dans des enquêtes allemandes et autrichiennes liées à la vente en 2003 de 18 avions de combat Eurofighter à l’Autriche, pour laquelle Airbus aurait utilisé une société écran, Vector, pour verser des pots de vins, selon Mediapart et l’hebdomadaire allemand Der Spiegel ; l’avionneur est soupçonné de corruption dans le cadre du contrat de vente d’hélicoptères EC145 au Kazakhstan ; Airbus est aussi impliqué dans des dossiers plus obscurs, dont une mine d’or au Mali et une filiale saoudienne…

La coupe semble pleine pour des salariés qui pointent du doigt un autoritarisme et un centralisme du pouvoir grandissant de Tom Enders depuis plusieurs mois. L’ambiance au sein d’Airbus s’est d’ailleurs détériorée bien avant ses affaires de corruption. La nomination en tant que directeur de la technologie de Paul Eremenko en 2016 – et du même coup l’éviction de Jean Botti, autre ancien pilier du groupe – a suscité des remous en interne : le turbulent ancien collaborateur de Google bouscule la culture interne. Il a été placé par un Tom Enders qui ne jure que par le digital, comme le prouve des projets tels que les voitures volantes, la plateforme numérique Skywise collectant les données des avions ou bien encore Pulse qui promeut des méthodes de management mettant en cause les schémas établis. Entre la nécessité de la transformation numérique d’Airbus et la volonté d’imposer son leadership, Tom Enders évolue en eaux troubles.

La pression monte sur Tom Enders

Le départ cette année du super vendeur d’Airbus, John Leahy, pour cause de départ à la retraite aura été l’occasion pour Tom Enders de resserrer encore plus la vis. Comme l’a rapporté Les Echos cet été, "Tom Enders a annoncé que le successeur de John Leahy à la direction des ventes et du marketing d'Airbus Commercial Aircraft, lui rapporterait désormais directement et non plus au président d'Airbus Commercial Aircraft, Fabrice Brégier". L’officiel numéro 2 d’Airbus s’est vu là remettre à sa place, alors que les relations entre les deux dirigeants sont pour le moins tumultueuses depuis plusieurs années. Pas de quoi rassurer des syndicats, de plus en plus inquiets au vu de la tournure des événements dans la maison Airbus.

La pression sur les épaules de Tom Enders ne cesse de monter alors que plane la menace d'un impact financier dépassant le milliard d'euros et que l’avenir du groupe prend une dimension politique inédite. "Le jour où j'ai été nommé ministre, j'ai été informé des allégations de paiements illicites de la part d'Airbus dans le cadre de contrats à l'étranger", a déclaré vendredi 13 octobre le ministre français de l'Economie, Bruno Le Maire sur BFM TV, rapporté par l’AFP. "Avec le président (Emmanuel Macron), nous sommes totalement vigilants sur ce qu'il se passe chez Airbus, industrie essentielle pour la France et pour l'Europe de manière générale", a-t-il ensuite précisé. Le maintien en poste de Tom Enders dépendra aussi de l’issu du bras de fer qui se joue entre les pays européens et les Etats-Unis.

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