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Tokheim échange des jours de RTT contre du salaire

Publié le

Accord. Pour répondre à un surcroît d'activité temporaire, la société de production et de maintenance de pompes à essence a proposé à ses salariés de travailler plus pour gagner plus. Près de la moitié ont accepté l'offre.

Les entreprises citées

Les salariés de Tokheim Services sont des pionniers. Ils n'ont pas attendu la loi du 31 mars dernier, qui a assoupli pour la seconde fois les 35 heures, pour expérimenter le principe « travailler plus pour gagner plus » cher au Gouvernement. Dès octobre 2004, cette entreprise spécialisée dans la conception et la maintenance d'appareils de distribution de carburant proposait à ses 800 salariés non cadres d'accroître leur temps de travail. Revenant ainsi sur son accord Aubry signé en 1999, qui avait maintenu l'horaire collectif à 39 heures par semaine en échange de 23 jours de RTT par an, répartis de façon rigide à raison d'une journée toutes les deux semaines.

A l'expérience, ce texte s'était en effet révélé peu approprié. « Sa rigidité n'était pas compatible avec la notion de service, essentielle dans notre métier. Nos techniciens sont le plus souvent chez les clients, dans les stations-service, et ils ont besoin d'une organisation souple. Le dispositif n'était donc pas respecté à la lettre et les pratiques divergeaient d'une région à l'au-tre », souligne Pascal Delmas, le DRH recruté fin 2002. De plus, aucune adaptation n'ayant été prévue pour la période estivale, l'accord débouchait sur un important fractionnement dans la prise des congés payés, qui coûtait cher à l'entreprise.

Appel au volontariat sur une période déterminée

Surtout, Tokheim Services devait se préparer à un gros chantier : la mise en conformité des stations-service avec une nouvelle norme européenne. Une obligation qui allait provoquer un important surcroît d'activité sur une période d'environ douze mois en 2004-2005. Comment faire face ? Le DRH passe en revue les différentes solutions, qui ne le séduisent guère. « Nous ne voulions pas faire appel à la sous-traitance par peur de transférer notre savoir-faire dans une activité stratégique. Le recours à des intérimaires ou à des CDD n'était pas non plus satisfaisant, car ce travail nécessite un haut degré de technicité qui nous aurait imposé un gros effort de formation. Quant au volume d'heures supplémentaires mobilisable dans l'entreprise, il était trop faible », énumère Pascal Delmas. Reste une piste : revenir sur l'accord 35 heures pour allonger la durée du travail tout en réglant les dysfonctionnements observés. Le tout sur la base du volontariat et pour une période limitée à un an. Deux postulats qui permettent de lever les réticences des syndicats, et notamment de FO, l'organisation majoritaire. « Au départ, nous étions circonspects, reconnaît le délégué, Frédéric Souillot. Mais il ne s'agissait absolument pas d'un chantage à l'emploi comme on a pu en voir ailleurs. Nous avons accepté d'ouvrir ce dossier car le dialogue social fonctionne bien dans l'entreprise. Une relation de confiance s'est instaurée avec la direction. »

Une démarche cadrée

Le sujet étant malgré tout délicat, direction et syndicats négocient un accord de méthode en mai 2003 afin de cadrer la démarche. L'objectif ? Identifier les attentes des salariés en matière de temps de travail et de rémunération et les besoins des clients en termes d'organisation du service. Après appel au volontariat, des groupes de travail sont constitués, dans lesquels 60 personnes sont impliquées activement pendant quatre mois. Deux questionnaires sont élaborés et envoyés à l'ensemble du personnel, le premier sur ses aspirations et le second sur les attentes des clients. Les résultats vont dans le sens du DRH : 38 % des salariés souhaitent travailler plus pour gagner plus et 26 % sont prêts à augmenter de façon permanente leur temps de travail par une diminution de leurs jours de RTT. Enfin, 25 % souhaitent ouvrir un compte épargne temps (CET) pour se constituer une épargne. « Ce sont surtout les jeunes qui désiraient accroître leur pouvoir d'achat », reprend Frédéric Souillot.

Des mois de tractation à tous les échelons hiérarchiques

Ce constat établi, une négociation s'engage début 2004 sur les moyens d'accroître le temps de travail, avec le renfort d'un avocat spécialisé du Barreau des Hauts-de-Seine, Bruce Dévernois. « La loi Fillon de janvier 2003 avait étendu les possibilités, en permettant notamment la mise en place d'un compte épargne temps avec une sortie en argent », explique ce dernier. Au terme de plusieurs mois de tractations, deux accords sont finalisés. Le premier, signé le 29 juillet 2004, permet aux techniciens supérieurs itinérants d'accéder au statut de cadre autonome avec une gestion annuelle de leur temps de travail. S'ils acceptent, l'entreprise leur rachète 13 jours de RTT en contrepartie d'une augmentation de salaire de 6 %. « Ce texte était pour nous un préalable car il régularise la situation de techniciens qui travaillaient comme des cadres sans en avoir la reconnaissance », souligne Frédéric Souillot.

Le second accord, paraphé le 31 août uniquement par FO, crée des dispositifs pour augmenter la durée de travail des non cadres. Ces derniers ont la possibilité de signer une convention de forfait mensuel à titre temporaire avec renoncement à une partie de leurs 23 Jours de RTT en échange d'une majoration de 25 % des heures supplémentaires effectuées. Deux options leur sont proposées : Tokheim Services leur rachète soit 11 jours de RTT pour un passage à 37 heures hebdomadaires en moyenne avec une hausse de salaire de 7,1 % par mois, soit 17 jours de RTT pour un passage à 38 heures en moyenne, avec une progression de 10,7 % de leur salaire mensuel. Et pour susciter des vocations, l'accord prévoit le versement d'une prime de 170 euros pour la première option et de 250 pour la seconde. Parallèlement, un compte épargne temps est instauré, toujours à titre temporaire : les volontaires précisent les éléments qu'ils souhaitent y placer (une partie des RTT, des congés payés...) avec une sortie en temps ou en argent. Enfin, ultime souplesse, tous les salariés peuvent désormais prendre leurs jours de RTT quand ils le désirent.

La direction et FO entament alors chacun de leur côté un tour de France afin d'expliquer le dispositif aux intéressés. Le résultat ne se fait guère attendre : 80 techniciens supérieurs itinérants sur 100 choisissent le statut de cadre autonome. Et 300 salariés, sur les 700 concernés, signent une convention de forfait temporaire, répartis à égalité entre les deux options. Enfin, 160 personnes adhèrent au CET.

Une réponse aux demandes des clients

« Nous avons eu dès l'automne une vision de la capacité supplémentaire dont nous pouvions disposer, ce qui nous a permis de ne pas recourir à l'intérim, sauf cas exceptionnel. Cet accord correspond aux attentes de notre effectif tout en permettant de répondre à la demande des clients », se réjouit Pascal Delmas. Certes, la masse salariale a sensiblement gonflé. Mais les rachats de jours ont permis de dégager l'équivalent de 15 postes équivalents temps plein. Sans compter la réduction du fractionnement des jours de congés payés. Tokheim reconnaît en revanche une pression plus forte sur le management intermédiaire, qui doit gérer les plannings avec plus de rigueur pour gagner en productivité. FO, dont le résultat aux élections professionnelles organisées après la signature de ces accords a progressé, dresse également un bilan positif. « Les techniciens sont contents, seuls certains administratifs le sont un peu moins. Ils ont signé des conventions pour accroître leur rémunération, mais la fatigue et le changement de vie de famille se font sentir », souligne Frédéric Souillot.

L'accord sera-t-il prolongé au-delà d'octobre 2005 ? Le DRH le souhaite. « Nous verrons, avance prudemment le délégué FO. Ce dispositif est avant tout une réponse à un besoin conjoncturel ». Reste à savoir si les salariés seront prêts à accepter une baisse de leur rémunération à l'automne ou s'ils préféreront la maintenir à son niveau actuel...

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