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Tianjin, la catastrophe qui révèle la situation alarmante de la sécurité industrielle en Chine

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La catastrophe intervenue dans les entrepôts de la société  Ruihai International Logistics à Tianjin secoue l’opinion publique chinoise mais elle n’est que le reflet des très mauvaises conditions de sécurité des sites industriels. Une situation qui, loin de s’améliorer, se dégrade. 

 

 

La catastrophe de Tianjin interpelle par l’ampleur des dégâts matériels occasionnés dans la ville et les conséquences potentiellement graves de contaminations des populations au cyanure. Mais pour les travailleurs de l’industrie chinoise, c’est une affaire tristement courante. Les incendies en particulier font régulièrement de nombreuses victimes. Si le bilan officiel de l’explosion de l’entrepôt de Tianjin est aujourd’hui de 114 morts, il reste inférieur à un incendie intervenu le 3 juin 2013 dans un abattoir de volailles de la province de Jinlin qui a occasionné 120 morts et une soixantaine de blessés graves. Dans cet abattoir qui employait 1200 personnes, les travailleurs s’étaient trouvés piégés car seule une sortie était disponible. Les autres issues de secours étaient impraticables.

la situation se dégrade 

La société d’audit AsiaInspection, basée à Hong-Kong, chiffre à 339 le nombre de personnes décédées dans des incendies industriels de grande ampleur depuis deux ans. Ce chiffre n’inclue pas l’ensemble des décès imputables à d’autres types d’accidents du travail.

Globalement, les questions de santé et de sécurité sont en tête des violations constatées par cette entreprise d’audit dans les sites visités. La note moyenne des audits de sécurité en Chine est de 4,3 sur 10. Selon Sebastien Breteau, son PDG : "d’autres Tianjin peuvent bien sûr arriver à tout moment en Chine". Pour ce spécialiste, la situation actuelle n’est pas due à la réglementation mais à sa non-application et "à la corruption qui permet à des chefs d’entreprises peu scrupuleux de la contourner".

L’entreprise qui réalise des audits complets incluant non seulement la sécurité mais aussi la gestion sociale du personnel a constaté que la situation s’était dégradée en Chine entre 2013 et 2014. Alors que la note moyenne d’audit des sites Chinois était de 6,9 en 2013, elle a baissé à 6,65 en 2014. Cette note moyenne porte sur 500 entreprises auditées.

Tianjin : un électrochoc ? 

On n’ose imaginer le niveau sur des entreprises qui ne sont même pas entrées dans cette démarche. La situation diffère toutefois selon les provinces. Si les entreprises de la province du Guangdong ont une note moyenne de 7,3 sur 10, celles de la Chine de l’Ouest, industrialisée plus tardivement,  tombe à  5,1 sur 10. Dans la région de Tianjin, sur la côte Est, la note moyenne est de 6,6. Les secteurs les plus problématiques sont la chimie, la pharmacie et l’agroalimentaire. Selon Sébastien Breteau, il y a toujours fréquemment "des problèmes d’intégrité des étiquetages avec des conséquences désastreuses sur la sécurité des conditions de transport et de stockage". La réaction virulente de l’opinion publique chinoise telle qu’elle s’exprime actuellement à Tianjin servira-t-elle d’électrochoc pour faire évoluer la situation ?

Anne-Sophie Bellaiche 

 

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1 commentaire

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27/08/2015 - 03h30 -

Fait assez rare pour le souligner, cet article explique bien que les reglementations existent, mais qu'elles ne sont par contre pas appliquees. Les medias francais sont helas souvent trop obnubiles par la critique systematique du gouvernement chinois et font rarement une analyse poussee des problematiques chinoises. Par contre la corruption, certes un vrai probleme (mais "devenir riche est glorieux" aurait dit Deng Xiaoping...), n'est pas la source de tous les maux. La plupart des accidents, tres nombreux et tres mediatises depuis quelques annees, s'averent avoir des causes techniques (conception, installation et/ou exploitation/maintenance, souvent une combinaison des trois). Les actionnaires et chefs d’entreprises, corrompus, scrupuleux ou pas, m’ont souvent aucune prise sur ces aspects de leur exploitation (meme si ils en ont la responsabilite legale et finissent parfois avec une balle dans le crane pour l’exemple). Nous faisons face ici en Chine a un manque de connaissances techniques de tous les intervenants, a tous niveaux, et des carences methodologiques tres importantes. C'est la le veritable probleme, au niveau de l’ouvrier sous-qualifie, des sous-traitants en cascades, jamais formes, des techniciens et ingenieurs trop specialises sans vision globale de l’usine, etc. La corruption et autres collusions sont seulement des facteurs aggravants. Dans ce contexte, le patron peut en effet mettre en place un plan de prevention, mais seulement s’il a conscience de ces realites et des solutions, forcement complexes, a mettre en œuvre : c’est bien sur rarement le cas. J'ajouterai que les audits ne constituent pas a eux seuls une solution: il n'y a souvent aucune amelioration d'un audit a un autre, pour les raisons evoquees plus haut ! A l’echelle de la Chine, les millions d’auditeurs ont d’ ailleurs les memes difficultes methodologiques que leurs collegues audites : qui audite les auditeurs ? Nous manquons cruellement de personnel qualife et cela va prendre du temps a former ces personnes, la question est donc celle des solutions a court terme, qui existent et doivent etre adaptees aux realites chinoises (copier-coller des methodes occidentales ne marche pas). Vaste sujet qui est d’ailleurs le mien depuis une quinzaine d’annee dans mes activites professionnelles et aussi sujet de nos travaux a l’universite de Shanghai.
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