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Thomson-CSF : la revanche d'Alcatel

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ELECTRONIQUE DE DEFENSE

Thomson-CSF : la revanche d'Alcatel

Alcatel fait coup double : il obtient 20 à 25 % de Thomson-CSF en partenariat avec Dassault, ainsi qu'un mariage dans le spatial avec Aérospatiale. D'autres regroupements dans l'électronique de défense française et européenne vont suivre, en particulier dans les missiles.



Soupir de soulagement chez Thomson-CSF : il n'y aura pas de quatrième round. Le gouvernement lui a choisi ce lundi pour " partenaire stratégique " Alcatel-Alsthom, associé à Dassault Industries et Aérospatiale. Le sixième groupe industriel français mènera la restructuration des industries d'électronique de défense, hexagonale d'abord, européenne ultérieurement. Une belle revanche pour le groupe de Serge Tchuruk, écarté il y a un an presque jour pour jour par le gouvernement d'Alain Juppé au profit de Jean-Luc Lagardère. D'ici à la fin de l'année, l'opération donnera naissance à un groupe d'environ 55 milliards de francs, numéro 3 mondial dans l'électronique de défense, les communications militaires et les satellites, qui talonnera les géants américains Lockheed-Martin-Loral et Raytheon-Hughes. En échange des télécommunications militaires d'Alcatel et de Dassault Electronique (soit un apport de 7 milliards de francs de chiffre d'affaires au total), ainsi que d'une participation de Thomson-CSF dans une société de satellites créée par Alcatel et Aérospatiale, Alcatel-Alsthom et Dassault Industries obtiendront une vingtaine de pourcents de Thomson-CSF. Aérospatiale aurait 10 %. L'Etat, lui, gardera la minorité de blocage, avec une participation dans l'électronicien dépassant 25 %. La solution Alcatel-Alsthom, pour Matignon, c'est d'abord une solution d'avenir et de pérennité. Thomson-CSF restera " indépendant et sera coté en Bourse ". La candidature du groupe Lagardère - pourtant allié à de très puissants partenaires européens, comme British Aerospace et Dasa - présentait trop de failles de ce point de vue. Avec Alcatel-Alsthom, Thomson-CSF se retrouve adossé à un groupe industriel puissant (de 130 milliards de francs de capitalisation boursière), capable de discuter d'égal à égal avec GEC, British Aerospace ou Dasa. Défendant son dossier, Serge Tchuruk n'a en outre jamais cessé de mettre en avant le caractère " dual " de l'électronique professionnelle. Les technologies dans le civil et le militaire sont communes et les métiers très proches. A n'en pas douter, cet argument a été déterminant. Regroupant les efforts de recherche-développement d'Alcatel-Alsthom et de Thomson-CSF, le nouvel ensemble dispose d'une force de frappe dans ce domaine de 25 milliards de francs, dont l'électronique française bénéficiera d'une manière ou d'une autre. Mais ce qui aurait vraiment fait la différence avec Matra, selon un proche du dossier, c'est la plus grande ouverture de Serge Tchuruk vis-à-vis de l'arrivée ultérieure d'autres industriels dans Thomson-CSF. " Le schéma doit permettre de rassembler le maximum de partenaires ", laisse entendre le gouvernement. Un pré-accord industriel entre les partenaires de premier rang se dessinera d'ici à un mois. Mais, dès à présent, les négociations avec les autres protagonistes français du secteur (Sagem, Sfim, Compagnie des signaux, voire Matra) sont engagées. En échange d'apports de leurs actifs, ces " seconds couteaux " pourraient entrer à leur tour au capital de Thomson-CSF. Leur participation à des sociétés communes avec Thomson-CSF, par métier, est une autre possibilité. L'idée fait son chemin, comme à la Compagnie des signaux, où Claude Bras, directeur général, espère " sortir des métiers où la société n'a pas la taille critique, notamment le militaire, en créant des joint-ventures ". Mais la réorganisation dans les missiles devient maintenant le dossier le plus brûlant de l'industrie de défense française. Il pourrait réserver des surprises. Une chose est sûre : Thomson-CSF ne doit pas rester seul dans ce métier, où il ne réalise que 3 milliards de francs de chiffre d'affaires dans l'électronique de missiles. " Le gouvernement doit encore prendre des décisions dans le domaine des missiles et des systèmes de missiles ", reconnaît-on au ministère de la Défense, en précisant qu'" Aérospatiale aura un rôle important à jouer dans ce domaine ". Un rôle... oui, mais lequel ? En mai dernier, Aérospatiale prévoyait, dans le schéma proposé avec Alcatel et Dassault, de marier ses missiles à ceux de Thomson-CSF. Est-ce un signe ? Cette solution n'a pas été retenue par le gouvernement pour l'instant. Son défaut majeur : elle ramène le nombre de pôles missiliers français de trois (Aérospatiale, Thomson-CSF, Matra) à deux. Et c'est peut-être encore un de trop pour un si petit marché, à l'échelle de l'Hexagone du moins.

Matra reste incontournable dans les missiles

Matra garde encore peut-être toutes ses chances. Le groupe de Jean-Luc Lagardère, qui lorgne depuis longtemps sur les autodirecteurs de Thomson-CSF qui lui ont fait cruellement défaut par le passé, s'est rendu incontournable dans les missiles depuis environ un an. Il s'est allié à British Aerospace et a profité des divisions d'Aérospatiale et de Dasa pour mettre un pied dans le capital de la filiale LFK de l'allemand. Matra Bae Dynamics et Dasa ont paraphé l'achat de 30 % de LFK vendredi dernier, première pièce d'un accord plus vaste dans les missiles et les satellites. Ignorer ce regroupement des forces de trois des principaux acteurs de la défense européens reviendrait à nier l'une des rares restructurations européennes accomplies. D'autant que les candidats européens à la privatisation de Thomson-CSF - Dasa et BAe dans le camp de Matra, ainsi que GEC du côté d'Alcatel - attendent toujours des gages de la France. Aucune place précise ne leur est encore réservée. " Il n'y a pas de cadre fixé pour le moment ", confirme le ministère de la Défense. " Thomson a des alliances européennes et reste, d'une certaine manière, maître du jeu. Mais les trois partenaires choisis donnent des pistes. " Alcatel et Dassault promettent que " les négociations européennes s'engageront sans délai ". Avec l'imminence des choix français pour Thomson-CSF, les appels aux restructurations européennes se sont fait plus pressants de l'autre côté du Rhin et outre-Manche. Pas plus tard que la semaine dernière, le secrétaire d'Etat à la Défense britannique a laissé filtrer que le gouvernement travailliste n'était pas opposé à une fusion de ses deux champions nationaux, GEC et British Aerospace. Et ce dernier a fait une offre commune avec l'allemand Dasa en vue de la reprise de l'électronique de défense de Siemens. A la France de jouer maintenant.





Les modalités de l'ouverture du capital de thomson-csf

Alcatel-Alsthom et Dassault Industries sont retenus par le gouvernement comme " partenaires stratégiques " de Thomson-CSF. Aérospatiale est associée au tandem. Les entreprises concernées dessineront un pré-accord industriel dans le mois qui vient. Alcatel-Alsthom apportera ses actifs dans les télécommunications militaires à Thomson-CSF. Dassault Electronique versera ses actifs dans les radars et les contre-mesures. Alcatel et Aérospatiale marieront leurs satellites dans une société commune. Thomson-CSF en détiendra une " part substantielle " et, en échange, Aérospatiale aura 10 % du capital du groupe d'électronique. Alcatel et Dassault détiendront 20 à 25 % du nouvel ensemble. L'Etat conservera plus de 25 % de Thomson-CSF, ainsi que " les prérogatives attachées à une telle position ". Une offre d'acquisition d'actions, dont le montant reste à préciser, sera faite au personnel de Thomson-CSF. Un décret du 14 octobre autorise, dans le cas particulier des restructurations des industries de défense, des accords de coopération industrielle, commerciale et financière, même si ceux-ci se traduisent pour les entreprises publiques concernées par un transfert de la majorité du capital au privé.

USINE NOUVELLE N°2613
 

 

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