Thierry Lepaon à l’Assemblée pour critiquer la loi sur la sécurisation de l’emploi

A quelques jours de sa prise de fonction, Thierry Lepaon, le futur secrétaire général de la CGT, est venu dire tout le mal qu'il pense de l'accord sur le maintien dans l'emploi. Si la CGT avait soutenu le candidat Hollande, elle n'est pas favorable à ce texte du gouvernement Ayrault. Déjà la rupture ?

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Thierry Lepaon à l’Assemblée pour critiquer la loi sur la sécurisation de l’emploi

C'était une surprise. Sur l'agenda de la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale, c'est Agnès le Bot, la négociatrice de la CGT de l'accord sur le maintien de l'emploi qui devait être entendue ce mercredi 13 mars. Elle était là, mais accompagnée de Thierry Lepaon, le futur secrétaire général de la CGT et deux autres dirigeants de la centrale de Montreuil. Et pour cette première intervention devant les députés, Thierry Lepaon était en bonne forme. En guise de propos liminaire, il a rappelé le communiqué de la CGT le soir de la victoire de François Hollande, une victoire qu'il attribue largement à la mobilisation des salariés et des retraités, qui ont aussi, selon lui, oeuvré à la constitution d'une majorité à l'Assemblée. Il a aussi rappelé que son syndicat avait soutenu le projet d'une grande négociation sur la sécurisation de l'emploi telle qu'elle avait été annoncée à l'issue de la grande conférence sociale en juillet dernier.

C'est peu de dire que pour la CGT le projet de loi qui transcrit l'accord national interprofessionnel sur la sécurisation des parcours professionnels ne remplit pas les objectifs annoncés. Durant plus d'une heure, le futur secrétaire général et trois responsables de l'organisation se sont livrés à une critique nourrie du projet d'accord.

"Il n'y a jamais eu le moindre débat"

Les coups les plus durs sont venus de Francine Blanche qui a notamment évoqué la méthode de négociation. "On ne peut pas appeler ça un dialogue social exemplaire", a-t-elle expliqué indiquant que les séances de travail se déroulaient de la même façon : le Medef apportait un texte, chaque organisation donnait son point de vue, mais "il n'y a jamais eu le moindre débat", a-elle indiqué. Résultat : un texte ambigu sujet à de multiples interprétations avec "des jolis mots" dont il faut se méfier : "La partie patronale cherchent à vous tromper avec ces mots-là", a-t-elle prévenu les députés. "Nous sommes arrivés au bout d'une stratégie de négociation", a pour sa part estimé Thierry Lepaon.

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Peu avant, il avait aussi signalé les ambiguïtés du texte. "Quand il y un flou c'est qu'il y a un loup" a ironisé un député de l'opposition, citant Martine Aubry lors du débat de la primaire socialiste. Ce que semble avoir formulé à sa façon Thierry Lepaon "Quand on pense bien, on écrit bien." a-t-il expliqué estimant que le texte est très mal écrit, d'où de multiples confusions et interprétations contradictoires.

"Vers une régression sociale", selon Thierry Lepaon

Sur la forme, les représentants de la CGT n'ont guère été plus tendres. Et aux questions sur ce qu'il y avait à sauver du texte, ils ont été incapables d'apporter le moindre élément. Juste un exemple : sur la représentation des salariés aux organes de direction, Agnès le Bot, une des négociatrices s'est étonnée du mode de désignation retenue pour l'instant "c'est n'est quand même pas l'assemblée générale des actionnaires qui va décider quels sont les salariés qui seront représentatifs" regrette-t-elle. Une sortie approuvée par plusieurs députés d'opposition. Idem pour la taxation des CDD courts présentés comme une mesure de lutte contre les contrats précaires. Pour elle, les entreprises recourront au travail intérimaire et rien ne sera changé.

Avec de telles critiques sur la forme, personne ne s'étonnera que l'examen du texte par le futur leader de la CGT ne soit guère favorable aux dispositions prises. Volontiers politique, Thierry Lepaon s'en est ainsi pris aux accords de maintien dans l'emploi, rappelant que dans l'opposition la gauche avait critiqué les accords de compétitivité voulus par le président Nicolas Sarkozy. Même les avancées du texte sont contestées. Les droits rechargeables au chômage ? "Ils ne sont pas financés" regrette Thierry Lepaon. D'où son résumé, le texte va conduire à une "régression sociale".

Lors de la dernière présidentielle, Bernard Thibault, le secrétaire général de la CGT pour quelques jours encore, avait pris clairement partie François Hollande. A l'issue de cette audition, une chose est sûre : son successeur n'entend pas signer un chèque en blanc au gouvernement actuel. Pour la réforme des retraites qui s'annonce, le gouvernement ne pourra pas compter sur la neutralité de la CGT.

Christophe Bys

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