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Thierry Le Hénaff (Arkema) : Comment partager sa stratégie

Par Marion Garreau ,

Publié le

Le patron d’Arkema explique à ses actionnaires individuels sa stratégie fondée sur l’innovation et les marchés émergents.

Thierry Le Hénaff (Arkema) : Comment partager sa stratégie © photo pascal Guittet

Sommaire du dossier

Des poignées de mains et des sourires. En costume cravate, petites lunettes carrées noires sur le nez, Thierry Le Hénaff aborde le salon de l’actionnariat avec une mine sereine, répétant à l’envi sa « confiance » en l’avenir. Depuis qu’il est à la tête d’Arkema, c’est-à-dire depuis la création, en 2006, de cette spin-off de Total, le PDG a toujours honoré ce rendez-vous avec les actionnaires individuels, qui a lieu chaque année, mi-novembre, à Paris. « Un exercice bon enfant », qu’il apprécie pour son caractère « décontracté ». Le sourire facile, Thierry Le Hénaff dresse le bilan des orientations prises pendant dix ans. « Aujourd’hui, nous avons des lignes de produits avec des positions de leader mondial dans les plastiques haute performance et dans les adhésifs », fait valoir ce polytechnicien de formation devant un carré de chaises rempli en majorité par des hommes au moins sexagénaires.

L’argument écologique

Plus les années passent et plus l’exercice est aisé. En dix ans, Arkema a multiplié par quatre sa capitalisation boursière. Sur le stand de l’entreprise, où son dirigeant restera une heure, l’ambiance est surtout aux félicitations. La plupart des visiteurs sont des actionnaires historiques et viennent davantage pour le café que pour parler stratégie. À l’exception d’un nouveau venu. « Nous sommes l’un des leaders de la chimie mondiale et le premier chimiste français, très bien positionné géographiquement, et nous avons complètement transformé notre portefeuille d’activités », argumente Thierry Le Hénaff, avant d’attirer le visiteur vers une vitrine de produits issus des technologies d’Arkema. Le PDG profite de la présence d’une cartouche de mastic Bostik, le numéro?trois mondial des adhésifs de spécialités, pour faire valoir cette acquisition réalisée en 2015, qui pèse déjà plus de 20 % du chiffre d’affaires d’Arkema. « Bostik est un terrain de jeu intéressant, car le marché des adhésifs est encore très fragmenté », souligne-t-il. L’entreprise s’est déjà renforcée avec l’acquisition, tout juste finalisée, de Den Braven, le leader européen des mastics de performance pour l’isolation et la construction. D’ici à 2020, le groupe vise 2,4?milliards d’euros de chiffre d’affaires supplémentaires, dont la moitié par croissance externe, pour le porter à 10?milliards d’euros.

Pour Thierry Le Hénaff, le développement d’Arkema repose en premier lieu sur l’innovation et une forte présence sur les marchés émergents. Des réunions sur le développement de produits et technologies innovants, le patron dit en faire « en permanence ». L’allégement et le design des matériaux, les énergies renouvelables et la filtration de l’eau figurent parmi les axes les plus prometteurs. Ce matin-là, il doit justement voir son directeur R & D et une partie de l’équipe de développement des polyamides pour parler impression 3D et matériaux légers. La discussion commence sur le partenariat avec HP, Arkema étant un fournisseur de poudre pour imprimante 3D. Thierry Le Hénaff est fasciné par la technicité des deux pièces présentées en démonstration. Le groupe doit s’équiper en 2017 d’une nouvelle imprimante 3D pour tester de nouveaux produits. La réunion aborde ensuite les avancées faites sur un polyamide flexible et résistant aux hautes températures. Une ligne de refroidissement qui équipera bientôt les voitures d’un grand nom de l’automobile allemand illustre l’échange. « Notre produit est biosourcé à 70 %. Certains de nos clients y sont très sensibles », fait valoir le directeur R & D. L’argument écologique, Thierry Le Hénaff en a bien conscience. « Le marché de la chimie devrait doubler d’ici à 2030, selon les experts. Le développement durable et l’accroissement de la population sont des opportunités fortes pour la croissance de notre industrie », estime celui qui veut réduire de 50 % les émissions de gaz à effet de serre de son groupe d’ici à 2025 (par rapport à 2012). Pour autant, cet ancien de Total ne croit pas en un essor fulgurant de la chimie verte. « Si, d’ici à 2020, 15 % des produits issus de la chimie sont biosourcés, ce sera déjà bien », tempère-t-il. Pour lui, la progression de cette branche sera freinée par les facteurs de compétitivité et d’accès aux matières premières.

Actions ciblées

Aujourd’hui, Arkema réalise 35 % son chiffre d’affaires en Amérique du Nord, 24 % en Asie. « Ces deux régions vont tirer notre croissance à l’avenir », prédit Thierry Le Hénaff. L’élection de Donald Trump va-t-elle freiner les ambitions du chimiste outre-Atlantique ? « Il n’a pas encore pris ses fonctions. Ne spéculons pas et attendons de voir. S’il baisse la fiscalité pour les entreprises, on va applaudir des deux mains. Sur la partie libre-échange, il y a tellement d’enjeux derrière, que c’est difficile de savoir ce qui va réellement être fait. En tant que chimiste, bien sûr, nous sommes pour le libre-échange. » Conscient de la montée en puissance du digital, Thierry Le Hénaff a demandé à ses collaborateurs qu’ils établissent une feuille de route sur le sujet. « Ma mission est autant de motiver mes équipes que de les freiner. » Le dirigeant veut éviter les projets gargantuesques et préfère les actions ciblées à l’impact mesurable. Il retiendra plusieurs priorités de cet échange. L’une vise à améliorer les procédés de fabrication grâce à une gestion plus efficace des données. Une autre à réussir la transformation numérique de la relation client et à s’appuyer sur le digital pour renforcer la connaissance d’Arkema et de ses marques auprès des utilisateurs finaux. Thierry Le Hénaff est un pragmatique. À la question de savoir si l’usine 4.0 peut permettre à la France de se réindustrialiser, il rétorque : « L’usine du futur n’est qu’un outil. L’important est d’abord ce que l’on va y fabriquer. » Il estime que « pour faire repartir l’industrie et lutter contre le chômage, il faut aller plus loin pour rendre la France plus compétitive ». Mais Thierry Le Hénaff n’attend pas ces changements pour agir. « Le monde est comme il est, volatil, complexe et incertain. On doit faire avec. » Pour lui, l’essentiel est la capacité à s’adapter et à saisir les opportunités. ??

Trois idées phares pour 2017


Améliorer la fiscalité « Alors que le Cice ne s’applique aujourd’hui qu’aux rémunérations inférieures ou égales à 2,5 fois le smic, il faudrait l’étendre aux rémunérations allant jusqu’à 3,5 fois le smic, afin qu’il profite davantage aux entreprises dont les métiers sont très qualifiés. »

Compétitivité « Les entreprises, notamment industrielles, sont pénalisées par une ribambelle de taxes nationales ou locales. Il faudrait réduire cette facture, très supérieure à ce que l’on peut voir à l’étranger, et notamment supprimer la C3S, taxe calculée sur le chiffre d’affaires et qui pénalise ceux qui exportent de France. »

Aide à l’industrialisation « Sur le modèle du crédit impôt recherche, une sorte de crédit à l’industrialisation pourrait être créé afin de favoriser le territoire français pour la production réalisée en France. » ??

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Usine Nouvelle N°3496-3497

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