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Thierry Breton, PDG d'Atos, industriel de l'année 2016

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Chaque année la rédaction de L'Usine Nouvelle décerne le Trophée d'industriel de l'année. Cette année, le lauréat est Thierry Breton. Entretien avec le PDG d’Atos. En huit ans, il a doublé la taille du groupe.

Thierry Breton, PDG d'Atos, industriel de l'année 2016
Thierry Breton PDG d'ATOS
© Guittet Pascal

Un chiffre d’affaires 2015 de 10,6 milliards d’euros, en hausse de 18 %, un bénéfice net de 406 millions d’euros (+ 53 %), des embauches à tour de bras pour ce groupe de 99 500 personnes dont 16 500 en France… Atos se porte à merveille. Si « L’Usine Nouvelle » a choisi Thierry Breton, 61 ans, comme « industriel de l’année », c’est pour ces résultats, mais pas seulement. Depuis fin 2008, ce Supelec aura doublé la taille d’Atos. Le groupe se mue surtout en champion du numérique. Sans endettement (une obsession), Atos aligne les acquisitions pour enrichir sa palette de technologies : Xerox ITO, Unify ou, voilà peu, Anthelio Healthcare Solutions pour préempter le domaine de la santé connectée. Sous la houlette de Thierry Breton, même l’ancien Bull au destin mouvementé est devenu une pépite avec son supercalculateur vedette Sequana. De quoi ravir cet amoureux des technologies dernier cri, mais aussi amateur de fossiles. Chargé de l’informatique des JO depuis 2002, Atos a bouclé ceux de Rio, une fois de plus sans bug, en contraste avec les déboires d’IBM à Atlanta en 1996. Hier, centré surtout sur l’info­gérance, le groupe, à cheval entre Bezons et Munich, s’affirme comme une entreprise globale de service au numérique, au coude à coude avec l’autre champion français Capgemini, et face aux leaders IBM, Accenture et HPE. Enjeu demain ? Trouver la bonne parade face aux barbares du cloud comme Amazon et Google. Pour Thierry Breton, Européen acharné, qui a l’oreille d’Angela Merkel, c’est un peu de notre avenir, beaucoup celui d’Atos, qui se joue là. 

L'Usine Nouvelle - Atos affiche une belle santé. Quelle est votre recette ?

Thierry Breton - Aucune mais une constante : j’aime travailler sans dette. C’est un gage de pérennité. Les taux d’intérêt sont très bas, voire négatifs, mais la dette reste de la dette. La première chose faite à mon arrivée en 2008 a été de désendetter Atos. Nous sommes sans doute le seul de notre secteur à avoir plus que doublé de taille en huit ans, sans nous endetter. Notre chiffre d’affaires et notre effectif ont été multipliés par deux, et notre capitalisation par huit, cela à notre rythme et avec nos moyens. Sans diluer les actionnaires !

Atos était la 8e entreprise de services au numérique en 2015, selon PAC. Où voulez-vous aller ?

Ce type de classement n’a jamais été une fin en soi, même si nous allons sans doute gagner une, voire deux places en 2016 ou si PAC nous classe première entreprise européenne en Europe. La technologie devient un facteur vital de compétitivité. Notre véritable objectif est d’accompagner nos clients dans leur digitalisation, la transformation de leurs business models et la protection de leurs données, devenues trésor de guerre. Atos est idéalement positionné, car nous affichons une croissance à deux chiffres dans le big data et la cybersécurité, où nous sommes leader européen. Nous comptons plus de 5 000 brevets et figurons parmi les trois premiers mondiaux pour les supercalculateurs avec les technologies Bull. Dans nos métiers, la taille est importante, car Atos accompagne ses clients dans le monde. Nous devons leur proposer solutions et infrastructures ad hoc. Jusqu’ici, notre croissance organique était de 1,5 à 2 % par an. Notre prochain plan stratégique à trois ans ira au-delà, y compris via la croissance non organique.

Atos s’est construit par fusions. Quel est votre mode d’intégration ?

Ces dernières années, nous avons dépensé environ 3?milliards d’euros en acquisitions. Ce type de croissance est une donnée de notre industrie. Nous avons sur ce plan des équipes très performantes. Nos processus font qu’ils se sentent à l’aise et que ces acquisitions génèrent plus de valeur, de croissance et de technologie. Cela fait partie de notre savoir-faire. Deuxième spécificité : nous sommes une entreprise technologique qui rassemble des sociétés fondées par des ingénieurs. À mon arrivée, j’ai créé la communauté scientifique d’Atos qui réunit nos meilleurs experts. Scientifique moi-même, je suis passionné par la technologie. Je consacre beaucoup de temps à ma fonction de président de cette communauté scientifique. Atos investit plus de 300?millions d’euros par an en R & D. C’est un facteur d’appropriation puissant.

Dans vos métiers, comment se situe la France dans le monde ?

Très bien. Elle dispose d’ingénieurs de qualité et d’excellentes filières scientifiques. Ce n’est pas pour rien que Cisco investit en France ! Les initiatives prises à Saclay et le rapprochement des grandes écoles adressent un message important. Il nous faut bâtir des Stanford ou Caltech à la française. Les jeunes doivent comprendre que les sciences offrent des parcours exceptionnels. D’ici à trois ans, Atos embauchera plus de 60 000 personnes dont beaucoup en France.

Que vous a apporté et appris le rachat de Siemens SIS en 2011 ?

Cette intégration a été réussie au point de devenir un cas d’espèce étudié dans les business schools. C’est un succès de l’écosystème franco-allemand : en nombre d’ingénieurs, nous pesons l’équivalent d’Airbus. Atos est un partenaire clé du plan allemand Industrie 4.0. Et nous sommes le seul groupe à cumuler un siège à Paris et un à Munich, grâce au statut d’entreprise européenne. Les 30 000 ingénieurs de Siemens SIS se sentent 100 % Atos. La chancelière Merkel cite cet exemple comme modèle de coopération franco-allemande. Enfin, le président de Siemens, qui n’y était pas tenu, a indiqué que Siemens resterait, pour cinq ans minimum, notre principal actionnaire [14 %, ndlr]. Belle marque de confiance !

Devez-vous vous renforcer dans des pays low-cost comme l’Inde ?

Oui, mais sans raisonner ainsi. Le temps n’est plus où les ESN apportaient de la compétitivité à leurs clients par la baisse des salaires et des coûts. Aujourd’hui, cela passe par la proximité avec les métiers, l’apport de technologies et l’automatisation, y compris dans les datacenters. Et aussi la capacité à traiter les données et à offrir de nouveaux horizons.

Enfin, dans la perspective de la future présidentielle, vous soutenez Alain Juppé. Qu’attendez-vous du prochain Président ?

Quand j’étais ministre de l’Économie et des Finances, j’ai mené une politique rigoureuse de désendettement, de retour à l’équilibre des finances publiques et d’excédent budgétaire primaire. La dette atteint 96 % et bientôt 100 % du PIB. L’Allemagne en est à 70 % et sera à 60 % en 2019. Cette différence est mortifère pour la France. Elle met l’Europe en risque. Dès que les taux remonteront, la France sera dans une situation intenable. C’est une question majeure pour le futur président de la République.?

 

 

 

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11 commentaires

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14/11/2018 - 19h15 -

C’est un vrai génie !
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25/11/2016 - 17h59 -

60 000 personnes d'ici 3 ans ça fait beaucoup et c'est une bonne nouvelle surtout si il y a une bonne partie chez nous, on a besoin de ça, avec notre nombre de chômeurs énorme après c'est aussi au prochain gouvernement de former un peu nos jeunes pour qu'il trouve une place dans des boîtes comme celle-ci
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25/11/2016 - 17h54 -

En attendant, si seulement nos gouvernements pouvaient eux aussi faire de l’absence de dette une priorité, on en serait pas là... Je me rappelle de lui comme d'un bon ministre en vrai.
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15/11/2016 - 12h48 -

Intéressant le cas de Thierry Breton, seule personnalité (il me semble) à avoir été patron de grande boîte avant et après occupé le poste de Ministre de l’Economie
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14/11/2016 - 17h08 -

Encore quelques PDG de l'année et il faudra aller chercher du travail en Pologne, en Roumanie, là où toutes les activités ont été deportées. Ancien ministre de l'Economie ...
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14/11/2016 - 16h30 -

Enfin une success story « à la française »… Pour ne pas laisser le monopole de l’économie de demain à Google, Amazon et consorts il faut être malin et avoir un peu de vista. En France, on a pas de pétrole mais on a des idées !
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15/11/2016 - 09h06 -

En France on a surtout a la tete du pays malheureusment des gens qui ont jamais travailler en entreprise. C est sur que c est pas Holland qui sera industriel de l annee pour sa gestion d Alstom
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14/11/2016 - 10h55 -

Parler d'une augmentation de 58% du CA, alrs que les salaries touchent 50€ de prime d'interessement annuel ! Ce n'est qu'une Gabegie ! Atos ne s'endette pas car elle se sert des fonds des entreprises rachetées pour en acheter d'autre, evolution externe rien de plus ! Il est navrant de lire que cet homme semble un messi, alors qu'en réalité il n'est là que pour engraisser ses actionnaires. Quand une entreprise rachetée possède un datacenter fonctionnel avec du personnel à l'intérieur, quel est l'intéret de vendre les murs ? à part dégager du cash pour remplir les poches des actionnaires et simuler une croissance
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10/11/2016 - 14h35 -

Atos roi de l'integration des entreprises qu'il rachète ... on croit rêver ! Il suffirait de faire une enquête auprès des salariés Bull pour avoir un tout autre son de cloche. Retraité depuis le 1er octobre et ancien représentant du personnel dans les Instances représentatives du personnel au niveau national je peux témoigner que Atos passe à la moulinette les entreprises qu'il rachète et qu'importent les dégâts pour les salariés. Quant à sa santé financière, pas étonnant avec sa politique salariale au ras des pâquerettes. On rogne sur tout, y compris pour delivrer les tickets restaurant aux salariés, bien que leur participation ait été retenue sur leur salaire. Ca c'est de la saine gestion ! Comme quoi on peut écrire l'histoire à son avantage, mais les faits sont têtus.
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09/11/2016 - 14h01 -

C'est toujours étonnant de voir la position vu de l'extérieur. Parce que sur le terrain,ce n'est pas du tout comme ça que nous le vivons. En effet, en dehors de l'absence de reconnaissance, de la négligence absolue du client, il y a bien sûr ce souci d'économie. Ne rien dépenser, et surtout si cela va en faveur du salarié. Ce que nous cherchons ? un salaire décent (non,je ne parle pas de 78% d'augmentation de notre PDG), de la considération,le bien-être. Tant de sujets... N'oublions pas que finalement...nous ne sommes que des numéros... Il serait effectivement très intéressant de se pencher sur le ras le bol général, associé des burns out récurrents et des démissions hebdomadaires, due aux process incensés et à l'absence de confiance de notre "haute direction". " Bull au destin mouvementé" => maintenant, oui. "Nos processus font qu’ils se sentent à l’aise " => nous sommes tous très curieux de savoir ce que ce "ils" intègre. Bref, copie à revoir, cet article est écoeurant.
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04/11/2016 - 17h26 -

Comme il à l'air idyllique de travailler dans cette belle entreprise d’après votre article... En pratique, c'est un enfer, les surcouches hiérarchiques et procédurières sont a des années lumières de la réalité du travail et du quotidien des employés. Renseignez-vous sur le taux de turn-overs, d’arrêts de travail et de dépression dans cette belle boite, ils sont révélateurs de ce qui ne transparaît plus dans les enquêtes de satisfactions internes, auquel les employés ne répondent même plus par dépit.... Un bel exemple pour finir, l’intégration réussie de BULL, sans plan social (quel vilain mot!!!), qui a vu le nombre d'employé amputé de plus de 2000 personnes en moins de 2 ans (sur environ 4500 en France). Alors oui, Titi président, c'est surement l'homme qu'il faut pour les actionnaires des labos qui fabriquent les antidépresseurs (et non, pour ceux qui se demandent, je ne suis pas syndiqué)
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10/11/2016 - 10h07 -

Atos qui créé des emplois ? laissez moi rire ! Le mot d'ordre des nombreux cheffaillons c'est : pas d'embauche externe, il y a suffisamment d'inter-contrats en cours (mais qui en fait ne sont pas dispos) aucune embauche pour les nouveaux clients, juste des mouvement de personnel, j'habille d'un coté en déshabillant de l'autre et si le client se plaint il n'a qu'a partir, de toute façon il est trop petit pour nous (dixit la hiérarchie) Par contre tous les départs en retraite non remplacés, ceux qui quittent la boite pour éviter le pire, personne n'en parle
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03/11/2016 - 15h30 -

Breton Président !!!! voila celui qu'il nous faut !!
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