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Théa Grande manipulation autour d'un petit labo

Publié le

Le laboratoire d'ophtalmique Théa a subi une campagne de dénigrement attribuée à l'un de ses concurrents. La justice enquête. Autopsie d'une attaque qui menace toutes les PME.

Les entreprises citées

Difficile d'échafauder pire scénario. Et pourtant. Le doyen des juges d'instruction du tribunal de grande instance de Clermont-Ferrand, Jean-Christophe Riboulet, tente de dénouer les fils d'une grossière opération de déstabilisation économique qui met aux prises trois PME. « La concurrence est quelquefois déloyale, là elle est crapuleuse. Nous sommes victimes d'une tentative de déstabilisation caractérisée », accuse Henri Chibret, le P-DG des Laboratoires Théa, implanté à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).

En douze ans, cette start-up est devenue le premier groupe ophtalmique indépendant d'Europe. Ce succès dérange. Depuis un an, elle se bat contre les attaques de dénigrement de son produit phare : l'Abak.

Un rapport falsifié

Tout a commencé le 15 décembre 2005. Au cours d'un rendez-vous dans l'hôpital parisien des Quinze-Vingts, Henri Chibret est interpellé par le chef de service du laboratoire de biologie du centre hospitalier. Il a entre les mains un rapport sur l'Abak. L'en-tête reproduit celui de l'hôpital. Un faux. L'auteur, un chercheur en ophtalmologie des Quinze-Vingts, met en cause la fiabilité du système de sécurité des flacons de la PME. Le doute envahit le P-DG. La veille, il a été alerté par l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), destinataire, elle aussi, d'un rapport défavorable.

Tout s'emballe. Entre le 13 et le 20 décembre 2005, des courriers électroniques se répandent sur la Toile. Ils alimentent des blogs et des forums de médecins et de patients. Un courrier signé du webmaster du Syndicat national des ophtalmologistes de France (Snof), Jean-Michel Muratet, met en garde les 5 000 ophtalmologistes de France.

La côte d'alerte est atteinte. Une cellule de crise s'organise autour du directeur général de Théa, Jacques Fournet. Cet auvergnat est en terrain connu, il a dirigé la Direction de la surveillance du territoire (DST) de 1990 à 1993. « Nous avons contacté les responsables du Snof, se souvient-il. Ils sont tombés des nues. » La PME adressera un courrier aux 5 000 ophtalmologistes. « L'auteur » du rapport, un jeune chercheur, est retrouvé. Recruté pour quelques mois, il lui a été impossible de le rédiger !

L'Afsaaps mène aussi l'enquête. « Nous avons consulté notre base de pharmaco-vigilance (le système d'alerte de l'agence) et nous n'avons rien relevé concernant l'Abak », indique-t-on à l'agence. Intriguée, l'Afssaps établit qu'il existe, en fait, deux rapports ! « C'est notre première chance », reconnaît Henri Chibret. L'un, le vrai, payé 2 300 euros, a été commandé en mai 2005 par un laboratoire monénasque concurrent Europhta au professeur Siméon de la faculté de pharmacie de Montpellier. Il porte sur l'analyse bactériologique d'une quarantaine de flacons d'Abak. Et l'autre, le faux, envoyé fin 2005, en est une version tronquée avec des résultats falsifiés. C'en est trop. Le 7 février 2006, Théa dépose plainte contre X avec constitution de partie civile. « Quand une rumeur circule, il reste toujours l'idée qu'il n'y a pas de fumée sans feu. Nous avons donc voulu intervenir », justifie le P-DG.

Cinq mises en examen

Le 10 mars 2006, le parquet de Clermont-Ferrand ouvrait une information judiciaire. Les investigations, confiées au SRPJ et à l'Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication (OCLCCTIC) conduisent jusqu'à Europhta et Institutions et Entreprises, un cabinet d'intelligence économique parisien.

Le 9 novembre 2006, après quarante-huit heures de garde à vue, Eric Belot, le P-DG d'Europhta, Nicolas Gervais, le directeur général, et le directeur pharmaceutique étaient mis en examen pour « faux et usages de faux, usurpation d'identité et dénonciation calomnieuse ». Ainsi qu'Alexandre Delayre, le fondateur d'Institu-tions et Entreprises, et le gérant, Charles-Philippe d'Orléans. Ils risquent jusqu'à deux ans de prison ferme et de sévères amendes. Contactées par « L'Usine Nouvelle », les personnes mises en cause - elles bénéficient de la présomption d'innocence - n'ont pas donné suite. L'affaire pourrait être jugée en février 2007.

Seul Charles-Philippe d'Orléans, le petit-fils du comte de Paris, échappe au contrôle judiciaire. « Cette fonction de gérant était un alibi. Il n'a jamais été rémunéré », explique son avocat Eric Morain. Pouvait-il ignorer l'opération ? Le doute serait levé pour son associé.

« C'est gravissime », plaide déjà Gilles-Jean Portejoie, l'avocat des laboratoires Théa. Les enquêteurs auront encore besoin de temps pour démêler les responsabilités. L'opération de déstabilisation aurait été financée à hauteur de 35 000 euros via une société écran. « Europhta et ses dirigeants nient toute implication dans les faits qui leur sont reprochés », précise un communiqué du 16 novembre. « Nous sommes passés près de la catastrophe », respire, de son côté, Henri Chibret.

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