L'Usine Aéro

Thales s'explique sur une délocalisation à Singapour

Hassan Meddah , ,

Publié le

L'électronicien veut transférer une activité de fabrication de calculateurs de vol vers la cité état. Face aux critiques de délocalisation des syndicats, le groupe avance deux raisons : la proximité avec ses principaux fournisseurs et l'obligation d'être plus compétitif face à une concurrence accrue.

Thales s'explique sur une délocalisation à Singapour © D.R.

C'est à  Singapour, près de l'aéroport international de Changi, que sont basés les bureaux et les centres de Thales pour les calculateurs de vols et des équipements de divertissement de bord. Et là, sur place, l'incompréhension domine.

La vive  opposition des syndicats français au transfert d'une activité de fabrication de calculateurs de vol Airbus laisse la direction singapourienne perplexe. L'équipe locale assemble déjà des équipements de ce type pour les A320.

"On dispose des bancs de test, des procédures et du personnel déjà formé pour ce type d'opération. Cette activité complémentaire représenterait  peu d'emplois délocalisés", explique Laurent Mayer, responsable du site de Thales Singapour.

Au total, l'activité emploie 80 personnes, la moitié assurant des tâches de production, l'autre moitié assurant des activités de support (logistique, qualité, achats...). "Les emplois créés à Singapour en charge de la  production représentent moins de 10% des emplois chez Thales Avionics dans ce domaine» précise le dirigeant.

Singapour fait partie intégrante du dispositif industriel de l'électronicien : avec 500 salariés, le site assure des fonctions de fabrication et de réparation d'équipements pour les compagnies aériennes de la zone Asie-Pacifique, au même titre que Châtellerault (86) pour l'Europe et Edison dans l'Etat du New-Jersey pour l'Amérique du Nord.

En assurant environ 30 000 réparations par an, le site génère un chiffre d'affaires de l'ordre de 150 millions d'euros. Il a les capacités de se positionner sur des activités prometteuses : il assure en effet l'assemblage d'équipements électriques destinés aux Boeing 787, un avion de dernière génération.

En France, les syndicats sont pourtant vent debout contre cette délocalisation. Ils multiplient appels à la grève,
débrayages  et manifestation sur les différents lieux concernés par ces transferts : le Haillan en Aquitaine, Meudon en Ile de France et Chatellerault. Sans retour favorable de la direction, ils ont même sollicité l'intermédiation de l'Elysée dans le dossier.

La CFDT analyse sévèrement la stratégie industrielle du groupe : "Aujourd'hui, la Direction prend conscience d'avoir trop supprimés de postes en France : Thales a annoncé que ses perspectives de charges de travail occuperaient en production calculateur près de 120 équivalents temps plein (ETP) jusqu'en 2014. Or, suite aux plans (d'adaptation des effectifs, ndlr), il ne restera plus que 80 ETP. Devant cette perspective, la Direction applique sa solution dogmatique : délocaliser encore plus de fabrication à Singapour".

Selon Thales, ce transfert vers l'Asie répond à un impératif de compétitivité. "Le concurrence notamment avec Honeywell est de plus en plus rude. En transférant certaines activités, nous avons pu baisser nos coûts et vendre plus de calculateurs. Cela a permis de créer des emplois en France et d'y développer de la R&D", explique le dirigeant de Thales.

Ces gains proviendraient essentiellement d'une optimisation de la chaine d'approvisionnement et non pas des coûts salariaux plus avantageux. "Nos fournisseurs de cartes électroniques et de composants pour la fabrication des calculateurs sont dans la région, à Singapour même et dans les pays voisins en Malaisie et en Thaïlande. Ils sont à trois heures de route. Cela permet d'être plus réactif, de réduire les délais d'expédition, les frais de transport de douane. Une supply chain plus longue et plus lente pourrait nous fragiliser", explique Laurent Mayer.

Selon Thales, les coûts salariaux représentent moins de 10%  du coût total de production et ne sont pas le critère déterminant dans ce transfert.  La direction du groupe précise également que sa division avionique a embauché l'an dernier 220 personnes en France et envisagent de recruter 200 personnes encore cette année.

Les syndicats dénoncent quant à eux la stagnation des effectifs en France malgré la bonne tenue de cette activité. "La direction s'engage à reclasser sans licencier. Pour la CFDT, c'est le minimum du minimum", assène-t-on dans les rangs de l'organisation syndicale. "La Direction de Thales Avionics devrait, dans un tel contexte, développer l'emploi et capitaliser sur les savoir-faire et les compétences en France qui font le succès actuel de l'entreprise".

Par Hassan MEDDAH, depuis Singapour

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Nous suivre

 
 

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte