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Textile au Maroc : "Les perspectives redeviennent bonnes", selon les industriels

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Au Maroc, les industriels du textile veulent croire, comme le ministre de l’Industrie, au redémarrage de leur secteur grâce aux "écosystèmes", contrats entre l'Etat et les entreprises, même si les plus petites unités restent en grande difficulté. Le secteur pèse 3 milliards d'euros à l'export.

Textile au Maroc : Les perspectives redeviennent bonnes, selon les industriels © DR

"A fin avril 2016, nous avions atteint 5% de croissance sur l'année, indique Mohamed Tazi, directeur général de l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (Amith), et les perspectives sont bonnes pour le reste de l’année. Les carnets de commandes sont pleins jusqu’à fin août, ce qui n’est pas coutumier par rapport aux années précédentes."

Pris dans leur ensemble, les opérateurs du textile ont cependant affirmé, selon l’enquête mensuelle de conjoncture de Bank Al Maghrib, qu’"en avril 2016, la production et les ventes de la branche textile, habillement et cuir seraient en baisse, reflétant leur repli dans l'industrie textile et dans l’industrie du cuir et de la chaussure." Un état des lieux contesté par l’Amith.

"Les données de la BAM ne sont pas réellement fiables, assure Mohamed Tazi. Elles sont faites par sondage et le panel choisi n’est pas forcément représentatif."

Résolument optimistes, la fédération et le ministère de l’Industrie et du Commerce s’apprêtent à choisir le chef de projet de la structure d’animation des "écosystèmes textiles" signés en février 2015. Les candidats avaient jusqu’au 20 mai pour déposer leurs dossiers.

Un mois plus tôt, le 29 mars 2016, 28 entreprises avaient signé avec le ministère des conventions relatives à des projets d’investissement pour un total de 713 millions de dirhams et la création prévues de 11 951 emplois. "Avec une vingtaine de projets sélectionnés nous avons fait plus en quelques mois qu’en cinq ans de l’ancien programme de soutien aux investissement industriels", souligne Mohamed Tazi.

713 millions de dirhams d’investissement

Ces 11 951 emplois anticipés représentent "12% de l’objectif ‘Emploi’ fixé aux écosystèmes textiles d’ici 2020, [et l’investissement de 713 millions de dirhams devrait] générer un chiffre d’affaires additionnel de 2,3 milliards de dirhams et un chiffre d’affaires à l’export de 1,3 milliard de dirhams (26% de l’objectif à réaliser par les écosystèmes du textile d’ici 2020)" précise le communiqué du ministère de l’Industrie.

Les investissements vont être portés par six grandes entreprises et 22 PME, dans les branches du denim, du fast fashion, de la distribution industrielle de marques, mais aussi dans les secteurs de la maille, du textile maison et du textile à usage technique. Seuls les trois premiers secteurs ont pourtant bénéficié d’une structuration en écosystèmes signée en février 2015. Les 3 autres sont en principe toujours en cours de finalisation.

Un milliard pour le textile

"J’ai arraché un milliard de plus pour le textile, je ne sais pas comment j’ai fait", a rappelé le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moulay Hafid El Alamy lors d'une intervention devant la CFCIM, la Chambre de commerce franco-marocainevendredi 27 mai 2016. Au moment de la signature des premiers écosystèmes, le ministre de l’Economie et des Finances, Mohamed Boussaid avait en effet annoncé son intention d’ajouter un milliard au fonds de développement industriel (multisectoriel) qui comptait déjà 20 milliards de dirhams.

"Dans le textile, nous sommes allés chercher les derniers des Mohicans qui ont résisté à "l’attaque chinoise" pour réaliser des joint-ventures. [A l’époque de la suppression des quotas européens sur les importations textiles chinoises, l’activité textile à Tanger s'était effondré en quelques semaines, Rabat en quelques mois]. Aujourd’hui, c’est un secteur qui redémarre", assure Moulay Hafid Elalamy.

42% de l’emploi industriel

Au Maroc, le secteur du textile et du cuir contribue encore pour 20%, en moyenne, à la valeur ajoutée des industries de transformation et occupe près de 42% de l'emploi industriel, selon le Haut commissariat au plan. Il n’est cependant pas encore parvenu à totalement redresser la barre. L’indice de production industrielle n’a augmenté que de 0,3% en 2015, contre 2,9% en 2014. Le HCP faisait même état de 32 000 destructions de postes entre 2013 et 2014.

"Les statistiques du HCP qui révélaient des destructions d’emploi, dans notre secteur, incluent le secteur artisanal, alors que la reprise de croissance  concerne l’activité industrielle. C’est vrai que l’activité artisanale a pris un coup énorme", reconnaît Mohamed Tazi, or elle forme l’essentiel du tissu industriel textile national.

"La part des unités qui emploient moins de six personnes dépasse 51%, alors que celles disposant d’une comptabilité organisée et occupant plus de 50 personnes n’excède pas 15,7%", expliquait ainsi le HCP dans une fiche sur la baisse de l’emploi dans le secteur textile, parue en février 2015.

Signe le plus tangible de la croissance du chiffre d’affaires des industriels à proprement parler, les exportations sont repartis en hausse; Après une progression de 3,9% en 2014, celles-ci en 2015 avaient accusé un repli de 1,5% à 33,02 milliards de dirhams, soit 3.03 milliards d'euros en raison surtout d'une baisse de régime (-5% dans la bonneterie. Mais cette années, le secteur a vu ses exportations rebondir nettement de 4,8% sur les quatre premiers mois de l'année. Encourageant.

Julie Chaudier, à Casablanca

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