Tests cosmétiques : L'Oréal mise sur la peau artificielle

Pour se passer de l'expérimentation animale, L'Oréal a mis au point avec Imedex une peau artificielle qui permet de vérifier l'innocuité des produits cosmétiques sur l'homme. La chimie et la pharmacie bénéficieront bientôt de ce test.

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La dernière attaque en date vient d'Australie. Cette fois-ci, Claude Bouillon, le directeur scientifique de L'Oréal, a décidé de prendre sa plume. Sur trois pages, il explique à son correspondant du bout du monde que le groupe cosmétique a renoncé à expérimenter ses crèmes, ses lotions et autres produits de soin des cheveux et de la peau sur des animaux vivants. Et de décliner alors la batterie de méthodes de substitution développées par L'Oréal pour contrôler l'innocuité de ses produits sur l'homme. La dernière en date: une peau artificielle, reconstituée à partir de cellules humaines qui permet de vérifier in vitro le pouvoir irritant d'un produit cosmétologique. "Notre conversion aux techniques in vitro n'est pas récente. Nous y travaillons depuis vingt-cinq ans, explique Claude Bouillon." Disposant d'un budget annuel de près de 40 millions de francs, soixante-dix des quinze cents chercheurs du groupe planchent sur les méthodes de substitution. Résultat: le groupe a fermé son animalerie, et, depuis trois ans, plus aucun produit lancé par L'Oréal n'a fait l'objet d'un test sur un animal.


Un millier de produits nouveaux par an

En revanche, l'expérimentation animale subsiste pour tester les nouveaux ingrédients (nouvelles molécules) et satisfaire aux exigences réglementaires (tests de cancérogenésicité, etc.). Et pour lesquels L'Oréal utilise deux à trois cents animaux, des rongeurs à 90%. "Alors que nous lançons plus d'un millier de produits nouveaux par an, souligne Claude Bouillon, nous ne mettons au point qu'une à trois molécules chaque année." Toutefois, le caractère inoffensif d'une molécule ne garantit pas l'inocuité du produit fini. "La cosmétologie est la science des interactions", insiste Claude Bouillon. Un produit cosmétique naît de l'association de vingt à trente constituants. Mal dosé, l'un d'entre eux peut, par exemple, se révéler irritants ou allergènes. Désormais, ce n'est plus à l'animal de vérifier la justesse de ces formulations, grâce aux méthodes alternatives. Mais celles-ci, aussi sophistiquées soient-elles, ne reproduisent qu'imparfaitement les réactions du tissu humain. "La peau reconstruite, précise Claude Bouillon, est le système idéal." Seul inconvénient: l'ultime rempart du corps humain contre le soleil, les infections ou la pollution est sans doute l'organe le plus méconnu. Dès 1979, pourtant, L'Oréal s'intéresse aux peaux reconstruites. L'année dernière, le groupe franchit un palier en s'associant avec la société Imedex, filiale de l'Institut Mérieux (groupe Rhône-Poulenc), spécialisée dans les biomatériaux en collagène utilisés en chirurgie réparatrice. "Le collagène, explique Bernard Boyer, responsable marketing Imedex, est capable de fabriquer une matrice sur laquelle on peut ensemencer des cellules humaines." Et plus particulièrement les kératinocytes, qui représentent 85% des cellules de l'épiderme. Ensemencées sur le support dermique, elles se multiplient à l'air libre, se différencient et produisent des lipides et des protéines qui constitueront la couche cornée, reproduisant la couche superficielle de la peau, l'épiderme.


Des lots de peau considérés comme acceptables

En septembre dernier, des prototypes industriels ont fabriqué des lots de peau "que nos laboratoires ont considérés comme acceptables", confie Claude Bouillon. Depuis 1994, Imedex commercialise des kits de douze échantillons de peau de 1centimètre carré pour réaliser des tests in vitro. Baptisé Episkin, chaque kit est vendu 3500 francs. Toutefois, les peaux artificielles n'ont pas encore le statut de réplique exacte des tissus humains. En effet, pour l'instant, l'absence de vascularisation, de cellules pigmentaires, nerveuses ou de cellules responsables de l'immunité en limitent la comparaison. Ainsi, le test in vitro qui permettra de prédire les réactions allergiques est l'enjeu des années à venir.

UNE NOUVELLE ECHEANCE POUR LA COSMETIQUE

La cosmétique est-elle le bouc émissaire des écologistes? Alors qu'elle n'utilise "que" 27000 animaux par an, sur un total de 3,6millions, l'industrie du médicament en "consomme" 2millions. Il est vrai que l'opinion publique admet plus volontiers l'expérimentation animale quand il s'agit de préserver la santé. Pour accroître la pression sur la cosmétique, une directive européenne publiée en 1993 interdit à cette industrie à partir de 1998 l'expérimentation animale pour tester les ingrédients et les combinaisons d'ingrédients. Un état des lieux des méthodes alternatives sera fait début 1997. L'interdiction des tests sur animaux sera repoussée de deux ans pour les cas où les méthodes alternatives n'offrent pas un degré de sécurité identique.

USINE NOUVELLE - N°2462 -

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