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Tereos s'allie avec Petrobras

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Entretien A la recherche de la taille critique sur un marché de la canne à sucre en plein bouleversement, le groupe coopératif français a signé un partenariat avec le groupe pétrolier brésilien Petrobras.

Tereos s'allie avec Petrobras © Didier MAILLAC/REA

Tereos acquiert une nouvelle dimension sur le territoire brésilien. A la recherche de la taille critique sur un marché de la canne à sucre en plein bouleversement, le groupe coopératif français a signé la semaine dernière un partenariat avec le groupe pétrolier brésilien Petrobras en vue de développer le marché du sucre, de l’éthanol et de l’énergie au Brésil. Le groupe brésilien va investir, via sa filiale Petrobras Biocombustivel, près de 700 millions d’euros sur cinq ans afin d’acquérir 45,7 % de Guarani, la filiale de Tereos, numéro quatre de la canne à sucre dans le pays. Petrobras, qui aura la possibilité de monter jusqu’à 49 % de Guarani, avait annoncé il y a quelques semaines son projet d’investir près de 3 milliards de dollars d’ici 2013 dans les biocarburants, suivant de près l’arrivée d’opérateurs d’importance (Shell, Bunge, Louis Dreyfus, BP…) sur le marché de la canne à sucre en forte croissance, notamment avec le développement du marché du sucre au niveau international, mais aussi avec l’essor des biocarburants au Brésil et aux Etats-Unis.

Les marchés américain et brésilien de l’éthanol vont doubler dans les cinq prochaines années

Philippe Duval


Le président du directoire avait accordé une interview à l’Usine nouvelle il y a quelques semaines, lors de l’annonce de la réunion de ses actifs canniers et céréaliers au sein de Tereos International, filiale qui sera cotée à Paris et Sao Paulo, et qui va s’allier avec Petrobras. Il revient sur les opportunités du marché de la canne à sucre brésilien, et avoue ses ambitions sur le marché de l’amidon en Asie.

Quel est le panorama de l’industrie de la canne au Brésil ?

C’est un secteur très peu concentré. Il y a des opportunités importantes car sur ce marché de 660 000 tonnes, le leader Cosan ne fait que 9 % du marché et les dix premiers acteurs ne font qu’un tiers des volumes.
 
Nous sommes quatrième avec 17 millions de tonnes, soit un tiers du leader. L’opération Tereos Internacional va nous permettre de lever des fonds pour financer notre développement. Nous avons six usines qui ont la particularité d’être toutes situées dans le même secteur, dans l’état de Sao Paulo. Cette organisation nous permet de développer des économies au niveau agricole. Certaines d’entre elles vont voir leurs capacités augmenter, comme Tanabi, qui va passer de 1,7 million à 4 millions de tonnes de canne traitées par an. La taille optimale d’une usine se situe aux alentours de 4 millions.
 
Au Brésil, tous les opérateurs sont positionnés à la fois sur la fabrication de sucre et sur la production d’éthanol pour des raisons techniques, notamment pour optimiser les schémas de production. Le sucre produit est soit cristallisé, soit fermenté. La fermentation ne nécessite pas de sucre très pur : moins il est pur, mieux il fermente. Adopter un schéma mixte permet d’orienter au mieux les sucres purs et impurs. Globalement, les entreprises font du 50-50. En Europe, on est plutôt sur un ratio de 33 % d’éthanol pour 66 % de sucre.

Quels sont vos objectifs de production ?
 
Raisonnablement, nous pouvons viser le doublement de notre capacité de production dans les cinq prochaines années. Rappelons que nous sommes partis il y a dix ans avec 3 millions de tonnes et que nous avons multiplié par cinq cette capacité. Nous allons progresser à la fois en croissance externe. Nous avons déjà racheté l’unité de Vertente en début d’année, dont nous prévoyons d’augmenter la capacité de 50 %. Mais nous investirons aussi dans de nouveaux sites de production. La deuxième option est plus longue : il faut environ sept ans pour développer une unité de production et qu’elle développe sa pleine capacité.
 
A l’origine, les usines de transformation de canne ont été développées par les producteurs agricoles qui voulaient valoriser la production, soit vers la distillerie, soit vers la sucrerie. La crise financière a rendu pour certains industriels les questions d’endettement ingérables, y compris pour certains grands groupes solides. D’où la consolidation que l’on voit aujourd’hui avec l’arrivée de groupes comme Louis Dreyfus Commodities, Bunge ou Shell qui a de fortes ambitions sur les énergies renouvelables.

Pourquoi créer cette filiale Tereos Internacional ?

Elle permet la constitution d’un groupe international de canne à sucre et d’amidon. La question de la taille nous a conduits à apporter l’activité amidon à cette structure internationale : elle pèse environ 1,7 fois l’activité sur la canne à sucre. Dans l’activité canne, nous étions actionnaires à hauteur de 69 % du capital, et avec l’apport de l’activité céréales, nous montons à 90 %. L’idée serait de redescendre à 65 % et de lever de l’argent par augmentation de capital et de nous développer sur les opportunités en fonction du marché.

Cela se chiffre en plusieurs centaines de millions d’euros. Par cette opération, nous nous donnons les moyens d’accéder à des « deals » plus importants. Nous regardons usine par usine, comme c’est le cas en ce moment pour Usina mandu, belle unité de 3,5 millions de tonnes. Le problème est de savoir à quel moment acheter. Bunge et Louis Dreyfus ont plutôt payé cher leurs acquisitions. Si on attend que les prix du sucre baissent, nous payerons moins cher...

Avez-vous d’autres ambitions au Brésil en dehors du sucre et de l’éthanol ?

Nous n’avons pas vraiment besoin de croissance en dehors des marchés du sucre et de l’éthanol. Les marchés américain et brésilien de l’éthanol vont  doubler dans les cinq prochaines années. La croissance sur le marché mondial du sucre est plus limitée, mais récurrente. A la différence des nouveaux acteurs, Bunge et Dreyfus, nous avons une longue pratique de ce marché et une expertise, notamment sur le raffinage. Guarani est le premier raffineur du pays, ce qui nous permet de vendre du sucre raffiné, donc plus cher que le sucre brut que fabriquent nos concurrents et dont les cours fluctuent plus. Nous gagnons plus et plus sûrement.

Sur le marché de l’amidon, le secteur est extrêmement concentré en Europe avec trois acteurs qui font 80 % du marché. Aux Etats-Unis, ils sont trois ou quatre. Le nombre de joueurs, au niveau mondial, est inférieur à dix. Nous sommes entrés en 1996 sur ce marché. Jusqu’en 2006, nous n’étions qu’un acteur national. L’opportunité de racheter des usines de Tate & Lyle nous a donné une envergure européenne. Mais aujourd’hui, le marché européen est « flat » et concentré. Il y a peu d’opportunités de croissance externe.

Pour se donner de la respiration, il faut aller vers le Brésil où le niveau de vie se développe et les habitudes alimentaires évoluent. Nous voulons développer la production de polyols et de sorbitol à partir de la canne. C’est pourquoi nous avons recruté André Trucy, chez Rhône Poulenc au Brésil et ex-CEO de Roquette. Les usines type au Brésil produisent du sucre, de l’éthanol et des kilowatts. Nous aimerions y ajouter des amidons en utilisant une partie des sucres et des dérivés.
 
Nous avons des sites polyvalents qui nous permettent aussi de produit de l’énergie peu chère. A partir de la bagasse, nous produisons de la vapeur exportée à l’extérieur de l’usine. La bagasse correspond au double du process sucrerie et éthanol, c’est extraordinaire ! Dans les six prochaines années, la production de kilowatts issus de la cogénération sera multipliée par cinq au Brésil. Nous avons développé un accord avec Tractebel Suez au terme duquel nous leur fournissons de la bagasse pendant quinze ans et eux financent la chaufferie et le turbo-alternateur et nous rétrocèdent l’usine au bout de quinze ans : sachant que ce type d’installation a une durée de vie de trente-quarante ans, c’est un accord intéressant.

Le groupe a-t-il vocation à aller dans d’autres régions du monde ?

Nous allons chercher à nous développer sur l’amidon en Asie. C’est une idée qui nous trotte dans la tête depuis environ un an. Parmi les pays producteurs, il y a la Chine, où la production se fait à partir de maïs, et la Thaïlande à partir de manioc. Il y a aussi de la production au Vietnam et au Japon, le leader de la sophistication et la diversité en matière de produits amylacées.

L’idée, c’est de dupliquer le modèle de développement que nous avons eu sur le marché de la canne au Brésil. Dans cinq à six mois, nous devrions avoir les capitaux pour le faire. Nous n’avons pas encore de projets précis sur l’Asie, mais nous pouvons imaginer nous y implanter au moyen d’associations, comme ce fut le cas au départ avec le brésilien Cosan sur la canne à sucre.
 
Propos recueillis par Patrick Déniel
 

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