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TENDANCELes produits déclarent l'état d'urgenceGages d'hygiène et d'efficacité, les articles à connotation médicale apparaissent sur le marché. Une esthétique entre laboratoire et hôpital qui répond à l'obsession de la santé.

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TENDANCE

Les produits déclarent l'état d'urgence

Gages d'hygiène et d'efficacité, les articles à connotation médicale apparaissent sur le marché. Une esthétique entre laboratoire et hôpital qui répond à l'obsession de la santé.



Curieux, non ? Au moment où les organisations humanitaires se démènent au Kosovo, créateurs et designers nous " bombardent " de croix rouges ! Jean-Charles de Castelbajac a carrément baptisé sa collection été 1999 Premier secours ! On y trouve la garde-robe complète de l'infirmière, tenues de soirée, chaussures, bijoux et lunettes compris ! Et il n'est pas le seul. Blouses d'infirmière, de chirurgien, de dissection totalement ensanglantées, robes de bloc opératoire ont fait la " une " des défilés de mode de ce printemps-été. L'engouement pour le style laboratoire dépasse la haute couture. Lafuma a sorti une pochette Premiers secours pour la marque de prêt-à-porter Bensimon. Le spécialiste des articles de loisirs, qui disposait déjà d'une trousse de secours, rencontre un franc succès avec son nouveau sac à dos médical. Conçu en collaboration avec le Samu de Chamonix, au terme de dix-huit mois de recherche, cet " hôpital à bretelles " permet de transporter tout le matériel d'urgence et d'intervention en toute circonstance. " Nous le vendons aussi bien aux professionnels du secours qu'aux randonneurs amateurs ", se félicite Yann Le Gal, directeur recherche et développement. On retrouve cette fascination pour le style aseptisé des hôpitaux dans l'architecture et la décoration intérieure. L'hôtel " Delano ", à Miami, décoré par le designer Philippe Starck, affiche complet. Tout y est blanc, épuré, climatisé et concourt à créer l'ambiance d'un institut psychiatrique. Le personnel est composé exclusivement de jeunes mannequins vêtus de blanc. A Londres, " The Pharmacy ", le restaurant de l'artiste britannique Damien Hirst, ne désemplit pas. Les magasins Ikea proposent aussi bien des vases avec éprouvettes, des armoires à pharmacie " signées d'une croix " que des boutons de porte, des tableaux d'affichage et des gommes en croix. " On observe un recours accru à l'Inox dans la cuisine ", témoigne Cécile Courbés, responsable de vente pour les ustensiles de cuisine, les arts de la table et les objets décoratifs dans le groupe suédois.

Des salles de bains comme des laboratoires

Epuré, ramené au strict essentiel, le style " lab " est signe d'efficacité et de professionnalisme. Les ustensiles de cuisine en Inox renvoient aux coulisses des grands chefs. C'est l'autorité de la blouse blanche, symbole de savoir. La tendance est très nette également dans le rangement, avec la multiplication des boîtes en métal, dignes d'une infirmerie. " Le mouvement minimaliste conduit forcément à l'outil technique. Les gens ne veulent plus s'encombrer de choses inutiles. Ils veulent du pratique, du fonctionnel, et les pièces comme la cuisine ou la salle de bains deviennent de véritables laboratoires ", observe Frédéric Périgot, le spécialiste du rangement. " Le phénomène est plus fort encore au Japon, où il existe un catalogue de vente par correspondance présentant exclusivement des articles affublés d'une croix rouge ", ajoute le gérant de Rooming Périgot. Le monde de la cosmétique n'est pas en reste. Helena Rubinstein a mis au point un soin hydratant, Hydro Urgency, issu de la recherche sur le traitement de brûlures. Chez Colette, le magasin branché parisien, on trouve la ligne Rescue de l'américain Remède. Le Bon Marché, qui a référencé la pince à épiler, rouge à croix blanche, de la société suisse Rubis, n'exclut pas de référencer la ligne de l'américain Cellex-C, à base de vitamines et de minéraux, au logo croix blanche sur fond rouge, en vente chez Séphora. " Les clientes recherchent à la fois la sécurité du laboratoire et la pureté du naturel. Ce qui n'est pas d'ailleurs forcément contradictoire ", analyse Catherine Desprez, acheteuse du rayon accessoires cheveux et aromathérapie du Bon Marché. Le packaging des produits s'inspire aussi de l'univers pharmaceutique. Les huiles essentielles de la nouvelle ligne aromathérapique Biguine Cosmetics, par exemple, empruntent les flacons à compte-gouttes des médicaments. " La simplicité de ces conditionnements privilégie le contenu plutôt que le contenant ", justifie Brian Feinman, directeur de la division cosmétique et capillaire de la marque. Généralement, le laboratoire symbolise l'hygiène et la santé. " J'ai voulu faire des vêtements curatifs, dans des matières hygiéniques, performantes et confortables, comme on en trouve seulement dans le milieu médical ", ex-plique Jean-Charles de Castelbajac. " En cuisine, la difficulté consiste à concilier propreté et convivialité. Certains de nos clients règlent le problème en glissant leur plat en Inox dans un contenant plus grand en bois ", observe Cécile Courbés, d'Ikea. Préoccupés par leur hygiène de vie, stressés par la pollution, les consommateurs américains ou japonais n'hésitent pas à se réfugier dans les bars à oxygène. Ces lieux proches des salles de réanimation où l'on vient se remplir les poumons d'air frais. A Paris, le tout nouveau Concept-Store de Castelbajac, ouvert début du mois de mai, propose déjà des bouteilles d'oxygène.

L'angoisse de la maladie et de la mort

Aux quatre coins du globe, le développement des produits à connotation médicale traduit également le rapport ambigu à la maladie et à la mort. Pour preuve, le succès des séries télévisées telles que " Médecins de nuit " ou " Urgences ". Cette tendance, enfin, reflète une certaine hantise de la violence. " Les artistes ne font que traduire un sentiment général. Pour ma part, je trouve mon inspiration dans l'actualité, notamment en regardant CNN ", reconnaît Jean-Charles de Castelbajac. En cette fin de siècle, les consommateurs recherchent les moyens de se purifier, de nettoyer leur environnement, de faire table rase du passé. Pour entrer dans une nouvelle ère qu'ils espèrent plus sereine, plus gaie. " La mode labo pur est en voie de disparaître. Dès l'année prochaine, le blanc et le gris s'effacent pour laisser place au beige, couleur de la peau ", annonce Nelly Rodi, responsable éponyme du cabinet de style parisien. Quant à la collection été 2000 de Castelbajac, elle sera axée sur la nature, l'indolence et résolument tournée vers le bonheur. Ouf !



Une tendance séculaire

" Le phénomène est récurrent et s'intensifie en période de crise ", affirme Xavier Chaumette, historien du vêtement, codirecteur artistique et de l'enseignement de l'institut de mode Esmod International. Cela a démarré chez les hommes avec l'arrivée de la chemise blanche, fin XVIIIe. Les choses sont allées plus lentement chez la femme avec la succession de mouvements " hygiénistes ", en guerre contre les couleurs, les rubans, les noeuds et autres fioritures. La même évolution s'est produite dans le mobilier, avec l'introduction du style Sécession en Autriche, de celui de l'Art and Craft en Grande-Bretagne. On voit apparaître ce style dépouillé, comme épuré, dans l'architecture des années 20, chez Le Corbusier, chez l'architecte fonctionnaliste Mallet-Stevens, qui privilégient le carrelage, les murs blancs, évitant courbes et recoins. Ce n'est que plus récemment que l'on s'est attaqué au corps, imposant des silhouettes filiformes, des cheveux lisses, des visages squelettiques. " Finalement, il est amusant de noter que, depuis toujours, le style blanc, épuré, aseptisé des hôpitaux symbolise, pour la majorité des gens, la modernité, par opposition aux couleurs, aux motifs, à l'abondance, considérés comme des attributs du passé ", conclut Xavier Chaumette.



Le corps sous toutes ses coutures

Après la fascination " labo ", celle du corps ! Le cabinet de style Nelly Rodi a placé son forum du salon Maison & objet, qui se tiendra à Paris du 3 au 6 septembre, sur le thème du corps humain. Les veilleurs de tendances anticipent une mise en avant de la peau en termes de couleurs et d'effets tactiles pouvant aller jusqu'à restituer les accidents de l'épiderme. " On trouve aussi de plus en plus d'objets évoquant le squelette, la circulation sanguine, les articulations ", affirme Vincent Grégoire, responsable du secteur maison dans la société. Et de citer pour exemples l'étagère en osselets du designer Philippe Starck pour Xo, ou encore le sac 2005 de Chanel, avec ses formes anatomiques arrondies.

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