Tenace, François Hollande remplit l'agenda des partenaires sociaux

En ouverture de la conférence sociale, le président de la République a annoncé pour l’automne une série de rencontres entre partenaires sociaux, avec ou sans l’Etat. Une façon de réaffirmer son attachement au dialogue social pour mener ses réformes, alors que CGT et Force ouvrière ont claqué la porte de la rencontre.

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Tenace, François Hollande remplit l'agenda des partenaires sociaux

La troisième édition de la conférence sociale s’est ouverte sur deux claquements de porte. La CGT et Force ouvrière, présentes ce lundi au palais d’Iéna pour rencontrer le président de la République, ont annoncé qu’elles boycotteraient les rencontres de mardi, tables rondes thématiques le matin, discours de clôture de Manuel Valls l’après-midi. "Nous gardons notre liberté, je n’ai pas envie d’être embedded par le gouvernement", a réagi Jean-Claude Mailly (FO), furieux de l’annonce par Manuel Valls, la semaine dernière, du report partiel du compte pénibilité et d’une série d’autres mesures. A propos des trois heures de rencontre avec le président de la République, il s’est énervé "d’avoir dû attendre que le patronat ait fini de féliciter le gouvernement" pour prendre la parole…

Même critique de la part de la CGT : "Le gouvernement s’est montré très attentif à ce que désirait le patronat, le Medef a obtenu ce qu’il voulait, a critiqué Thierry Lepaon, secrétaire général de la CGT. Le Premier ministre ne mérite pas que l’on soit à ses côtés." Lui qui a longtemps travaillé au Conseil économique, social et environnemental (CESE) et que l’on dit plutôt ouvert au dialogue, paraissait ennuyé, défendant la position jusque-là constructive de son organisation : "la CGT a beaucoup travaillé en amont de cette conférence sociale, nous avons participé à 14 réunions pour être constructif et arriver avec 94 propositions", s’est-il justifié. Même regret d’un CGTiste qui devait participer à une table ronde : "On avait plein de choses à défendre, mais le Premier ministre est allé trop loin".

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La pénibilité aura toute sa place dans la législation

Dans son discours d’ouverture, François Hollande a tenté de convaincre que malgré ce camouflet, sa méthode privilégiant le dialogue social était la bonne. Mais "elle ne peut pas être une perpétuelle surenchère avec des demandes unilatérales", a-t-il plaidé. Il a tenté de rassurer les syndicats sur l’avenir du compte pénibilité : "qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, c’est un progrès et la pénibilité aura toute sa place dans la législation française. Elle entrera progressivement en vigueur en 2015 et sera entièrement déployée en 2016."

Pour poursuivre ce dialogue social tant prôné, le président de la République a annoncé cinq grands rendez-vous à la rentrée. Le comité de suivi du CICE verra sa compétence élargie au suivi de toutes les aides publiques, et sera ouvert aux Parlementaires. Première réunion, sous cette nouvelle forme, en septembre. Parallèlement, se réunira également en septembre un groupe d’évaluation des négociations dans les cinquante principales branches, sur les contreparties au pacte de responsabilité. Il aurait sans doute été plus simple de ne prévoir qu'un seul comité, mais selon un proche du ministre du Travail, il s’agit aussi de rénover les branches en les poussant à travailler plus efficacement. D’autres sujets devraient être suivis de près, comme la formation ou les contrats de génération.

Priorité aux apprentis et chômeurs de longue durée

Une autre réunion entre partenaires sociaux, l’Etat et les régions, devra se pencher sur les freins à l’apprentissage. En septembre elle aussi ! Et l’Etat devra s’engager à recruter 10 000 apprentis, contre seulement 700 aujourd’hui. Par ailleurs, François Hollande reprend la proposition de Louis Gallois, faite au nom de son association Alerte, de demander aux partenaires sociaux de négocier un accord national interprofessionnel sur le chômage de longue durée. Le ministre du Travail devra remettre une feuille de route aux partenaires sociaux sur ce sujet, et une autre, dans les prochaines semaines, pour lancer une modernisation du dialogue social. "Elle ne se réduit pas à la question des seuils, mais porte sur la représentation des salariés dans toutes les entreprises, et la reconnaissance des parcours syndicaux". Deux revendications anciennes des syndicats, afin sans doute de tenter de calmer leur grogne. La CGPME n’est pas dupe : "le président nous propose de simplifier les seuils, mais en profite pour nous redonner de nouvelles obligations en matière de dialogue social", regrette Frédéric Grivot, vice-président de la CGPME.

Enfin, François Hollande souhaite ouvrir des Assises de l’investissement, pour que tous les dispositifs de financement puissent être mobilisés sur l’investissement. Elles sont prévues… en septembre. "Arrêtons de toujours reporter, les diagnostics ont tous été faits, sur l’apprentissage comme sur l’investissement, commente Frédéric Grivot. Il faut prendre des décisions, et vite."

Force ouvrière et la CGT ont fait savoir qu’elles participeraient à toutes ces négociations de rentrée. "Le dialogue social n’est pas rompu" a tempéré Jean-Claude Mailly, pour qui "la vie ne s’arrête pas à la conférence social". Malgré l’hommage de François Hollande à l’utilité des conférences sociales, le modèle de ces grands rassemblements semble bel et bien remis en cause, s’il n’est nul besoin d’y participer pour peser dans l’agenda social…

Cécile Maillard

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