Temps partiel et épargne salariale, responsables des écarts salariaux en France

Le centre d'études et de prospective du groupe Alpha vient du publier une étude sur les écarts de salaires et de rémunérations. Elle montre le rôle du temps partiel dans le creusement des inégalités. L'importance croissante de l'épargne salariale contribu

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Temps partiel et épargne salariale, responsables des écarts salariaux en France
Depuis que le président de la République a évoqué une répartition en trois parts des profits, une polémique est née sur l'augmentation ou non de la part des salaires dans la valeur ajoutée. A quelles conclusions arrivez-vous ?

Il n'y a pas de consensus sur la mesure de la part salariale, les débats sont donc quasi mécaniques. Pour notre étude, j'ai pris le parti d'une mesure assez simple, parce qu'elle autorise les comparaisons internationales. Avec cet indicateur - la part des salaires au coût des facteurs dans les sociétés non financières qui reflète les conditions de plus de la moitié des salariés - la conclusion est nette : depuis le début des années 90, la part des salaires est stable, à un niveau cependant plus faible que celui qui prévalait dans les années 70.
Tout dépend après de l'indicateur retenu. La référence temporelle de la comparaison n'est pas neutre non plus.

Le cœur de votre étude concerne les écarts de revenus. Ont-ils ou non augmenté en France ?

Si on s'intéresse aux rémunérations et plus particulièrement au rapport entre les 10 % les mieux payés et les 10 % les moins bien payés, l'écart a plutôt baissé en France depuis le début des années 1970. Dans les autres pays, la tendance est inverse. A cela, une première explication réside dans le fait que la France des années 70 connaissait, par rapport à d'autres pays redistributifs (Allemagne, Pays d'Europe du Nord), des écarts plus importants qui se sont résorbés. Depuis une dizaine d'années, le resserrement s'explique aussi par le relèvement du Smic, notamment avec le passage aux 35 heures et la convergence des Smic. Chaque fois que le salaire minimum augmente, il y a un effet à la hausse sur les salaires qui lui sont supérieurs. Une étude de la Dares a montré que 35 % des salariés sont concernés par les hausses du Smic, alors qu'ils sont beaucoup moins nombreux à être payés à ce niveau.
La réduction des écarts en France mesurée par les indicateurs provient donc en grande partie de la hausse des salaires les plus faibles. En outre, si on compare les 10 % les plus riches au salaire médian, les écarts ne se réduisent plus. Cela confirme une hausse concentrée sur les salaires les plus bas.

Votre étude montre l'influence du travail à temps partiel. Quelle est son influence précise ?
Tout ce que je vous ai dit ici repose sur des calculs réalisés sur les salariés à temps complet. Or, le temps partiel s'est beaucoup développé ces dernières années et renforce les inégalités considérablement. L'écart entre les salaires annuels des « plus riches » et des « plus pauvres » est davantage dû aux différences de durée annuelle de travail qu'à la différence de taux de salaire horaire. Augmenter la durée du travail des personnes à temps partiel contribuerait donc à réduire les inégalités au moins autant qu'augmenter les salaires.

Quel effet peut avoir le développement de l'épargne salariale sur les inégalités ?

Elle joue un rôle, même si elle ne représente que 7,5 % des salaires versés. Néanmoins cette part s'accroît. La répartition de l'épargne salariale est beaucoup plus inégalitaire que la distribution des salaires. Ensuite, elle nourrit les inégalités, puisque tout le monde n'affecte pas de la même façon l'épargne salariale. Ainsi, l'intéressement peut être placé dans un plan d'épargne d'entreprise, avec un abondement de l'entreprise. Les salariés les moins bien payés effectuent moins de versements sur les PEE que les autres. Certains peuvent épargner, d'autres utilisent l'épargne salariale pour compléter leur salaire mensuel.

Le déblocage de la participation pour donner du pouvoir d'achat aura-t-elle le même effet ?

Débloquer la participation pour donner du pouvoir d'achat augmentera les inégalités. Les plus favorisés continueront de placer leur participation sur un PEE et bénéficieront désormais d'un abondement. Les plus modestes la débloqueront pour faire face aux dépenses quotidiennes. De même, pour le partage en trois du profit, qui, in fine, renforce l'épargne salariale et donc les écarts de rémunérations. Mais comme l'épargne salariale n'est pas dans les statistiques sur la répartition, ça ne se verra pas.
Notons toutefois que la mission confiée s'intéresse au partage du profit et aux écarts de rémunérations...

Propos recueillis par Christophe Bys
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