Téléphonie mobile : La bataille mondiale du CDMA contre le GSM

En Europe, téléphonie mobile numérique est synonyme de GSM. Cette technologie est partie à la conquête du monde. Elle se heurte aujourd'hui à la technologie américaine CDMA.

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Le cavalier seul de la téléphonie mobile européenne avec sa norme GSM a pris fin. Un concurrent américain, le CDMA, est entré dans la course. Même si, fort de son antériorité, le GSM caracole en tête, il devra désormais compter avec ce nouveau venu. Pour preuve, Alcatel Télécom signait le mois dernier un accord avec Motorola afin d'intégrer dans son offre la technologie CDMA. Une véritable reconnaissance pour le challenger, qui se déploie aux Etats-Unis avant de partir à la conquête du monde.

Le CDMA décroche le marché américain

Pour 40 dollars par mois, les habitants du New Jersey peuvent faire un usage immodéré de leur téléphone mobile. Ce forfait leur est proposé par Bell Atlantic Nynex Mobile. L'opérateur américain est l'un des premiers à ouvrir commercialement un service de téléphonie mobile numérique CDMA en Amérique du Nord. Et ce n'est qu'un début. La téléphonie mobile analogique s'est développée très tôt et avec beaucoup de succès aux Etats-Unis. Toutefois, le passage au numérique se fait avec plusieurs années de re-tard sur l'Europe. Et pour cause. Alors que les Etats européens optaient pour un standard unique, le GSM, aucune véritable solution ne se dessinait outre-Atlantique. Le standard européen allait-il s'imposer " par défaut " ? Les industriels nord-américains n'étaient pas les derniers à le défendre. Motorola, leader mondial du marché cellulaire, a toujours étroitement travaillé avec ses partenaires européens sur le projet GSM. De même, le canadien Nortel a créé avec Matra une filiale commune, Matra Nortel Cellular, pour disposer de cette technologie. La technologie GSM et ses dérivés ont donc marqué des points aux Etats-Unis. Le plus grand succès a été obtenu avec le ralliement d'AT&T Wireless, propriétaire du plus grand réseau cellulaire américain. Partie gagnée ? C'était sans compter sur la société californienne Qualcomm. En 1989, sortant des limbes la technologie CDMA, exploitée jusqu'alors par les militaires, Qualcomm la transposait et lui ouvrait les portes du marché de la téléphonie mobile civile. Le ralliement de Motorola, de Nortel, de Lucent Technologies (ex-ATT) à cette initiative a modifié le rapport de force.

L'affrontement était inévitable. Car, en parallèle, pour ouvrir le marché des communications mobiles, l'administration fédérale a procédé à une mise aux enchères de nouvelles fréquences hertziennes. Lancée il y a deux ans, l'opération s'est achevée en mai dernier. A l'issue de fabuleuses enchères, près de cinq cents nouvelles licences ont été accordées. Qui en est sorti vainqueur ? Le CDMA. Une fois mis en place par les opérateurs qui ont acquis les licences, les réseaux s'appuyant sur cette technologie offriront la couverture de tout le territoire des Etats-Unis, alors que les réseaux GSM annoncent une couverture de 70 %. De plus, selon le cabinet Ovum, le CDMA devrait, dans cinq ans, être la technologie sans fil la plus répandue aux Etats-Unis, avec environ 62 millions d'utilisateurs potentiels sur un total de 109 millions.

L'Asie et l'Amérique du Sud, prochains eldorados

Ne le cherchez pas aux Etats-Unis. Le pionnier des réseaux CDMA en activité se trouve à Hongkong. Tout un symbole. L'Asie est l'un des marchés les plus courtisés par les industriels des télécommunications. Hutchinson Telecom, l'opérateur qui a mis en place le système CDMA de Hongkong, en 1995, annonce avoir séduit 60 000 abonnés avec ce nouveau service. Mais il possède également un réseau à la norme européenne, installé lui aussi sur ce territoire. La concurrence sur les marchés tiers est une réalité. La technologie américaine revendique d'autres succès : au Canada, en Corée du Sud et en Russie. Le tableau de chasse est encore maigre, comparé aux territoires conquis par le GSM. " Le GSM a été retenu par 149 opérateurs dans 86 pays ", affirme Pascal Debon, P-DG de Nortel Matra Cellular. Des percées significatives ont été réalisées en Chine, à Taïwan, au Moyen-Orient et en Afrique. A tel point que le GSM revendique maintenant le statut de standard international. Comment va évoluer la situation ? Les industriels ont en ligne de mire l'Amérique du Sud, l'Inde, la Chine, bien sûr, et nombre d'autres pays asiatiques agités par une croissance fiévreuse des communications mobiles. Pour eux, le constat est simple : l'essentiel est de répondre aux besoins des opérateurs. L'accord signé par Alcatel, pour être capable de fournir des réseaux CDMA complets, va dans ce sens. Pas question de faire l'impasse sur une technologie. Il s'agit de gagner des marchés. " Il n'est plus hérétique de penser que deux grands standards, GSM et CDMA, vont cohabiter dans le monde. Nous serons prêts en 1997, date à laquelle le CDMA commencera véritablement sa carrière commerciale. Dans quatre ans, il représentera un tiers du marché ", analyse Alain Bravo, président d'Alcatel Mobile Communications. Reste aux opérateurs à évaluer les mérites comparés des deux technologies. T-Mobil, filiale de Deutsche Telekom, a d'ailleurs demandé à Motorola de lui livrer un réseau CDMA pour le tester. Car Qualcomm a déployé une offensive marketing d'une ampleur peu commune pour vanter les atouts du CDMA. A telle enseigne que certains l'ont accusé d'avoir " survendu " sa technologie alors qu'aucun réseau opérationnel ne permettait de vérifier ses dires. Toutefois, personne ne conteste que le CDMA est intrinsèquement supérieur au GSM. Dans le meilleur des cas, le CDMA, tel que l'a conçu Qualcomm, devrait atteindre, en termes de capacité, des performances quatre fois supérieures au GSM. Dans la pratique, toutefois, les premiers réseaux opérationnels CDMA affichent des gains significatifs, mais deux fois moindres que ceux annoncés. Malgré ses qualités, le CDMA reste encore un pari risqué pour les opérateurs, d'autant que le GSM, largement éprouvé, continue d'évoluer. Surtout, ce dernier bénéficie pour quelques années encore d'un avantage de coût indéniable. Un paramètre capital alors que les opérateurs de téléphonie mobile, sous la double pression de la concurrence et d'un glissement de leur clientèle vers le grand public, voient fondre leur revenu par abonné.

L'enjeu de la boucle locale sans fil

La richesse des services associés est également un atout. " Nous proposons aux nouveaux opérateurs une gamme de services pour qu'ils puissent se différencier et gagner de l'argent. Mandarin, le neuvième opérateur de téléphonie mobile à Hongkong, nous a sélectionné sur ce critère. Dans ce domaine, nous avons des années d'avance par rapport au CDMA ", affirme Pascal Debon. Si le CDMA souhaite tirer son épingle du jeu sur le marché de la téléphonie mobile, il envisage également de jouer un rôle sur le marché de la " boucle locale sans fil ". Il s'agit alors de relier les abonnés au réseau fixe par une liaison radio et non plus par une ligne téléphonique. La réduction des coûts de génie civil qui en découle intéresse au plus haut point les opérateurs. En Europe, dans le pré carré du GSM, la téléphonie mobile américaine a peu d'espoirs de s'infiltrer. La boucle locale sans fil est son seul espoir. Ouvrira-t-elle les portes de ce marché au CDMA ? " Cette technologie peut intéresser en Europe de nouveaux entrants sur le marché des télécommunications qui n'ont pas encore construit de réseau de téléphonie mobile ", explique Jean Cellmer, directeur des opérations de Motorola Ecid. En revanche, note-t-il, " les opérateurs qui disposent déjà d'un réseau GSM ont quant à eux tendance à accroître la couverture de leur service pour mieux rentabiliser leur investissement. Et peut-être offrir à terme à l'abonné résidentiel une véritable solution de remplacement à son service téléphonique classique, avec une qualité comparable. " Sur le marché de la boucle locale sans fil, le CDMA devra aussi affronter une norme européenne, le DECT (Digital European Cordless Telecommunication). Dès l'origine, le GSM et le DECT ont été conçus pour être complémentaires.

A qui profite la norme américaine ?

Quels industriels figurent aujourd'hui parmi les gagnants du CDMA ? Qualcomm, bien sûr ! Sa technologie a été vendue sous licence aux ténors des télécommunications nord-américains : Lucent Technologies, Motorola, Nortel... Qui, à leur tour, bénéficient des premiers grands contrats. Sprint Spectrum, par exemple, a passé une commande de 3 milliards de dollars à Lucent Technologies et à Nortel pour bâtir un réseau qui couvrira une bonne partie des Etats-Unis. Dans le camp des gagnants figurent aussi les entreprises qui, profitant de ce saut technologique, font leur entrée ou se renforcent sur ce marché. Le coréen Samsung fait partie des nouveaux venus sur le marché de l'infrastructure. Dans le domaine des téléphones mobiles, Sony, en retard sur le GSM, grille la politesse à ses concurrents sur le CDMA. Il s'est allié à Qualcomm et a décroché un contrat de 850 millions de dollars. Motorola, Nokia ou Philips tentent aussi de mettre fin à la pénurie actuelle de terminaux. Enfin, paradoxalement, l'un des grands gagnants est l'opposant le plus farouche au CDMA américain, Ericsson. Chef de file de la technologie européenne, il a profité du détournement d'attention de Motorola pour gagner des parts de marché, en particulier dans le domaine des téléphones GSM. Mais que l'on ne s'y trompe pas ! Si Ericsson refuse d'entrer sur le marché CDMA aujourd'hui, il ne rejette pas pour autant cette technologie en bloc. Bien au contraire. L'idée, qu'il partage avec d'autres, est de l'adapter à la future génération de communication mobile, où les données, voire les images, voyageront d'un combiné à l'autre aussi facilement que la voix. " La version américaine du CDMA n'est qu'une première étape. Nous pouvons envisager d'autres déclinaisons de cette technologie. Nous réfléchissons à une approche qui garantisse la compatibilité avec les réseaux GSM existants. Cette future génération de téléphonie mobile ne verra pas le jour avant 2005 ", précise Alain Bravo. Siemens travaille sur un tel projet avec la société américaine InterDigital et le coréen Samsung. Les Européens pourraient donc bien reprendre l'offensive pour la prochaine vague technologique de la téléphonie mobile.





Qu'est-ce que le CDMA ?

Contrairement au GSM, le CDMA (code division multiple access) ne partage pas la bande de fréquence. Les conversations sont réellement transmises simultanément et différenciées par un code. La technologie GSM réunit les conversations simultanées, affecte à chacune une fréquence différente et des " tranches " de temps différentes, puis les multiplexe avant de les transmettre.

Le CDMA est dérivé de technologies développées à l'origine par les militaires américains. Il est en effet plus difficile d'écouter une conversation transmise sur un ensemble de fréquences, qui plus est lorsqu'elle doit être identifiée par un code logique. Outre la confidentialité, le CDMA, et c'est ce qui intéresse les opérateurs, offre une capacité de transmission supérieure et s'adapte mieux à la transmission simultanée de la voix et des données.



Le face à face

CDMA


Pour

· Nouvelle technologie d'accès radio CDMA (" code division multiple access ").

· Capacité de deux à quatre fois supérieure.

· Aptitude à la transmission de données.

· Planification du réseau simplifiée.

· Peut aussi être exploitée dans la boucle locale sans fil.

Contre

· La technologie doit faire ses preuves sur le terrain.

· L'offre de téléphones mobiles est très restreinte aujourd'hui.

· Attention, derrière les performances annoncées se cachent des compromis !

· Capacité, qualité ou couverture, il faut choisir.

GSM

Pour

· Technologie éprouvée.

· Standard répandu dans de nombreux pays.

· Chute rapide des prix avec l'effet de volume.

· Le standard GSM continue d'évoluer (DCS 1800, accroissement de la capacité, transmission de données par paquets...).

Contre

· Limitation en transmission de données (9 600 bits par seconde).

· Nombre de stations de base radio très élevé.

· Chaque conversation monopolise une fréquence. n Nécessite une ingénierie de réseau sophistiquée pour pallier la saturation.



L'exception japonaise

Alors que le Bi-Bop décline inexorablement en France, son bouillant homologue japonais connaît un succès foudroyant. En un an, il a séduit plus de 3 millions d'abonnés... Le Personal Handy System (PHS) a su, il est vrai, profiter de la faiblesse de l'offre de téléphonie cellulaire dans l'Archipel et jouer de ses atouts. L'investissement nécessaire pour couvrir une zone urbaine est largement inférieur à celui d'un service cellulaire. Et si le service est plus limité, il tire profit de sa simplicité. Moins sophistiqués, les combinés ont immédiatement atteint des poids plume, moins de 100 grammes, et bénéficié d'une plus grande autonomie. Surtout, les consommateurs ont été séduits par le coût du service : téléphoner avec un PHS coûte deux fois moins qu'avec un téléphone cellulaire. Le PHS espère compter 8 millions d'adeptes au Japon en mars prochain. La fièvre gagne les voisins asiatiques, comme Singapour, Hongkong ou la Thaïlande. Sony, NEC, Hitachi ou Toshiba se frottent les mains.













USINE NOUVELLE N°2570

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