TéléconduiteLe transport de l'électricité revu et corrigéDepuis dix ans, EdF prépare une remise à jour approfondie du système de téléconduite pour le transport de l'électricité. Un vaste projet qui commence à fournir ses premiers résultats.

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Le transport de l'électricité revu et corrigé

Depuis dix ans, EdF prépare une remise à jour approfondie du système de téléconduite pour le transport de l'électricité. Un vaste projet qui commence à fournir ses premiers résultats.



Première étape dans la réforme du pilotage à distance du transport d'électricité: Pexi, Sycoet et Artère entrent en scène. Ces noms de code désignent des sous-ensembles du grand projet de modernisation de la téléconduite du transport de l'électricité sur les lignes haute et très haute tensions d'EdF. Actuellement, l'entreprise nationale procède aux vérifications et essais pour valider les travaux de Cap Sesa Tertiaire, qui a développé les applications informatiques de ce premier palier. L'implantation des nouveaux ordinateurs et systèmes de communication doit commencer en 1995 et durera plusieurs années avant que la nouvelle téléconduite fonctionne à plein rendement.

Lancé en 1988, ce projet d'envergure doit rénover et étendre tout le système de gestion du transport de l'électricité. Cette dernière n'étant pas stockable par définition, EdF doit adapter en permanence la production des centrales aux fluctuations de la consommation et répartir l'électricité de façon adéquate dans chaque parcelle du territoire. Pour les quelque 450milliards de kilowattheures produits chaque année, un réseau dense de plus de 90000kilomètres de lignes haute et très haute tensions et environ 1300postes d'interconnexion assurent l'acheminement vers les points de distribution. La maîtrise de l'ensemble est un véritable casse-tête.Jusqu'ici, EdF a géré la conduite du transport avec un système mis en place en 1975. "Dépassé par le flux des informations à transmettre, limité par des matériels anciens que Bull ne fabrique plus, engorgé par les nouvelles fonctions, comme la transmission des signaux tarifaires pour l'effacement jour de pointe, et ne correspondant pas aux normes internationales pour la transmission des données, etc.", comme l'explique François Paradis, chef de projet EdF pour Artère, il devait être revu en profondeur.Actuellement, la conduite de la production et du transport s'organise selon une pyramide hiérarchique. Une répartition nationale et sept régionales gèrent en temps réel l'équilibre entre production et consommation. Une des règles d'or est d'empêcher toute interruption de fourniture lors d'incidents tels que la perte d'un ouvrage de transport ou d'une unité de production. Pour cela, les exploitants doivent jongler avec les centrales et les lignes qui alimentent les régions. En dessous, 135pupitres de commandes groupées, dits PCG, gèrent le système à l'échelle départementale pour aboutir aux 1200postes locaux placés aux interconnexions des lignes.Ce schéma pyramidal est plutôt lourd. En particulier, à chaque fois qu'un changement de matériel ou une évolution d'application intervient en un point de la pyramide, il faut répercuter ces modifications au-dessus et au-dessous dans le circuit. En outre, les ordres entre répartition régionale et pupitres de commandes groupées sont passés par téléphone. Alors que le volume des informations à transmettre devrait se multiplier par vingt d'ici à la mise en place du nouveau système, l'ancien s'engorge.Abandonnant la pyramide, le nouveau système de conduite va s'appuyer sur un réseau en boucle. N'importe quel centre pourra donc communiquer avec un autre point - centrale de production, pupitre de commandes... - sans passer par les niveaux intermédiaires. La pyramide n'existera plus qu'en théorie, pour des questions de hiérarchie dans les décisions. Ce schéma doit permettre d'optimiser l'exploitation des centrales de production en tenant mieux compte de leurs disponibilités et de leurs coûts de fonctionnement respectifs. En pratique, ce schéma va devenir possible grâce au réseau de communication d'Artère.Artère, acronyme d'"architecture de téléconduite du réseau électrique", constitue la voie de circulation des informations qui relie tous les calculateurs du système. Indépendant du réseau de communication public par obligation légale, Artère utilise un réseau de commutation par paquets, le X25. La sécurité de transmission est assurée par des voies de communication doublées: un réseau filaire sur des lignes spécialisées de France Télécom et un réseau hertzien construit par France Télécom et complété par des câbles à fibres optiques d'EdF. De son côté, Cap Sesa Tertiaire a développé les applications qui permettront d'exploiter ArtèreDéveloppé par Cap Sesa Tertiaire, le système Pexi-Sycoet remet au goût du jour tous les pupitres de commandes groupées (PCG). Aujourd'hui encore, les exploitants font face à de grands tableaux muraux comportant des boutons de commandes qui visualisent le réseau de transport d'électricité. "Chaque fois qu'une nouvelle ligne est construite ou qu'un changement intervient, il faut pratiquement un mois pour qu'elle s'intègre au tableau. Avec les nouveaux outils informatiques, tout cela ne prendra plus qu'une journée et peut-être même quelques heures", explique Vincent Lacroix, chef du projet Sycoet à Cap Sesa Tertiaire. Avec Pexi, le tableau est remplacé par un écran couleur, et les commandes sont introduites au moyen d'un clavier. Un gestionnaire de base de données, Sycoet, permet de représenter graphiquement toutes les modifications du réseau et de les injecter ensuite dans les ordinateurs Pexi, qui, à partir d'une centaine de calculateurs standards de Bull et de Hewlett Packard, permettent de réaliser la téléconduite en temps réel du réseau électrique.

La transition débutera en 1995

Les essais entrepris à Nancy, à Pessac (près de Bordeaux) et à Toulouse pour valider les programmes s'achèveront en fin d'année. Artère, Pexi et Sycoet entreront en opération sur ces sites courant 1995. Viendra ensuite la phase de déploiement vers les 130PCG, qui demandera plusieurs années. Etape délicate de transition entre l'ancien et le nouveau système, elle ne devra évidemment jamais interrompre le réseau. En revanche, les répartitions régionales et nationale ont pris du retard, malgré les programmes établis par EdF. Elles auraient dû être mises en place en même temps. "Le développement des répartitions régionales, pris en charge par Cegelec, représente la plus grosse partie et le morceau le plus difficile sur l'ensemble du projet de téléconduite", explique Philippe Baverel, responsable de la coordination technique du projet. Le développement des programmes en une seule étape s'est révélé impossible. Une leçon difficile à admettre mais pourtant riche d'enseignements pour EdF. Elle a d'ailleurs changé la stratégie d'implantation de la nouvelle téléconduite. Plutôt que d'entrer tout le traitement de la répartition régionale dans un seul gigantesque serveur, EdF va exploiter les nouveaux atouts des petits ordinateurs, qui deviennent de plus en plus puissants. Aujourd'hui, la communication entre les systèmes n'est plus vraiment un obstacle technique, et elle va permettre d'implanter beaucoup plus progressivement les fonctions de la répartition régionale.





Des améliorations qui se répercuteront sur les consommateurs

Une mauvaise gestion du transport de l'électricité peut avoir des effets catastrophiques pour les utilisateurs.Pour EdF, cela se traduit en temps de coupure annuel mais pour le consommateur c'est le trou noir."Un réseau optimisé par la téléconduite pourra diminuer encore les temps de coupures car nous pourrons intervenir plus vite pour modifier la topologie des postes en cas d'incident ou de surexploitation d'une ligne", explique Philippe Baverel d'EdF. L'entreprise nationale a déjà beaucoup progressé en jouant sur la répartition des centrales de production, leur productivité et en amplifiant le réseau. Entre 1989 et 1993,la durée moyenne des interruptions annuelles est passée de 3 heures à moins de 2 heures.Mais les coupures dues à des incidents restent le fléau majeur.



Les constructeurs d'ordinateurs gagnent beaucoup à participer

Certes, le projet de téléconduite représente quelques machines à vendre pour les fabricants d'ordinateurs. Mais là n'est pas leur plus grand intérêt. Pour eux, c'est une occasion rêvée d'améliorer leur matériel et l'intercommunication entre les différentes marques. "Il serait trop dangereux de s'équiper chez un constructeur unique", explique François Paradis, d'EdF. Quatre constructeurs travaillent donc pour l'électricien national : Bull, Hewlett Packard, Digital Equipment et Unisys. Cela implique que leurs matériels respectifs soient compatibles. Le projet EdF leur sert donc à adapter leurs machines pour qu'elles puissent "inter-opérer" sans difficulté.En partie pris en charge par le projet, ces améliorations technologiques sont aussi très utiles aux constructeurs pour mieux s'adapter au marché global des entreprises



Un budget à la hauteur des ambitions

Travaux des développeurs d'un côté, achat des matériels de l'autre, au final le projet de la nouvelle téléconduite du transport de l'électricité d'EdF devrait dépasser les 5 milliards de francs. Une année homme de travail revient en moyenne à 1 million de francs chez Cap Sesa. Aux moments chauds du développement plusieurs centaines d'ingénieurs planchaient sur le même projet. Pour les 130 pupitres de commandes groupées et le réseau de communication Artère, le budget est assez équilibré : un tiers pour le développement et le reste pour l'achat des calculateurs Bull et Hewlett Packard. "Le coût de développement est malheureusement inversement proportionnel au nombre d'appareils qui vont l'utiliser", remarque Philippe Baverel d'EdF. Pour les 1300 postes asservis, le remplacement de matériel reviendra à 1 milliard mais ceux-ci ne nécessitent pratiquement pas de développement.En revanche, le développement de la répartition nationale, effectuée par Sema Group, va coûter au moins 200 millions et il n'y aurait qu'un seul exemplaire.

USINE NOUVELLE - N°2471 -

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