Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Maroc

Télécoms au Maroc : en attendant la 4G…

, , , ,

Publié le

Alors que le régulateur télécoms doit bientôt donner le signal de départ du très haut débit mobile au Maroc, les opérateurs,  mis à mal par la guerre des prix, s’attellent à doper leurs revenus. Et investissent malgré tout. Une enquête d'Emmanuelle Delsol sur les enjeux des télécoms au Maroc publiée dans le supplément de L'Usine Nouvelle du 26 juin consacré à l'économie marocaine. 

Télécoms au Maroc : en attendant la 4G…
Dominé par Maroc Telecom (ici son PDG Abdessalam Aizoune) le marché marocain des télécoms pèse 3,6 milliards d’euros et continue à croître

La question n'est pas de savoir si le Maroc va s'engager dans la 4G mais quand il va le faire. Tour à tour, le patron de l'ANRT, le régulateur marocain et même le chef du gouvernement y sont allés de leur date sans pour autant qu'elle soit précise. Les enjeux montrent que les choses ne sont pas si simples à commencer par les investissements. 

En effet, un marché de 3,6 milliards d’euros et de 33 millions d’habitants, c’est ce que se partagent les opérateurs Maroc Telecom (Itissalat Al-Maghrib ou IAM), Méditel et Inwi (Wana). Pourtant, "ensemble, ils pèsent tout juste 80 % des revenus de Bouygues Telecom, le troisième opérateur français", souligne Nicolas Kachaner, responsable Europe du centre d’expertise stratégie du BCG. Depuis trois ans, ce trio se livre une impitoyable guerre des prix sous l’impulsion du "petit dernier", arrivé en 2010 : Inwi, une filiale de la SNI (holding de la famille royale) associée à l’opérateur koweitien Zain (31 % du capital).

De là, l’implacable logique des télécoms s’applique. Qui dit baisse des revenus, dit difficultés à investir à un moment où doivent être déployées les coûteuses infrastructures haut débit. D’autant que les opérateurs veulent plonger dans la 4 G après que l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT) a lancé, en avril, son appel d’offres.

La pression est forte, car les consommateurs sont demandeurs. Alors que l’on ne recense que 3 millions d’abonnés au fixe, le nombre de lignes mobiles atteint 130 % de la population. Les marocains sont des adeptes du prépayé et possèdent plusieurs cartes SIM afin d’opter à tout instant pour l’opérateur offrant le meilleur tarif. En 2013, l’usage moyen mobile a crû de 11 % pour atteindre 83 minutes par client et par mois.

Comme tout pays émergent, le royaume a sauté l’étape de l’internet fixe pour passer à l’internet mobile. Et le parc de mobiles migre vers les smartphones : 4,4 des 5,2 millions d’internautes sont des mobinautes ! Cette progression des usages n’a pas compensé la plongée de 23 % du revenu moyen mobile à 4 centimes d’euro la minute.

Une progression des usages

De fait, les trois dernières années n’ont pas été de tout repos pour les opérateurs. L’historique Maroc Telecom, bousculé par l’arrivée de Méditel et d’Inwi, a tenu bon. Il reste le leader du mobile avec 43 % de parts de marché. Et conserve un quasi-monopole sur le fixe grand public. Pour lui, 2013 a été marquée par une chute de ses bénéfices domestiques et par l’annonce de la cession de son contrôle majoritaire.


En mai, Vivendi a finalisé cette opération en cédant ses 53 % d’IAM à Etisalat, l’opérateur des Émirats, déjà présent en Arabie Saoudite et en Égypte. Un changement d’actionnariat qui pourrait influer positivement sur la stratégie du numéro un, toujours coté à la bourse de Casablanca. L’opérateur d’Abu Dhabi vient justement de céder ses filiales africaines francophones à Maroc Telecom. Déjà bien implanté en Afrique (Gabon, Burkina Faso, Mali…), ce dernier "peut ainsi devenir la plate-forme de croissance d’Etisalat en Afrique, en particulier occidentale", estime Nicolas Kachaner.

Dirigé par Frédéric Debord (photo ci dessous), un ancien d'Orange, Inwi, reconnaissable à sa couleur magenta, est celui par qui la baisse des prix est arrivée. Mais pas seulement. Il a innové avec des modèles de facturation à la seconde, par exemple, et non plus à la minute entamée. De quoi capter des consommateurs, mais aussi faire chuter les revenus du secteur. Pour autant, Inwi n’est pas le Free mobile marocain, prévient Nicolas Kachaner : "Ils sont arrivés en dernier et jouent sur le marketing, concède l’analyste. Mais ils n’ont ni un modèle low-cost ni l’effet de levier dont Free a bénéficié avec sa base d’abonnés au fixe."

L’opérateur numéro deux, la plus mauvaise place, c’est Méditel. Il reste loin du numéro un avec 29 % de parts de marché, et a vu son influence mise en danger par Inwi. Méditel a évité le pire en redressant la barre au dernier trimestre. Reste qu’Inwi frôle aujourd’hui 28 % de parts de marché mobile. La catastrophe n’étant pas passée loin pour le numéro deux, son actionnaire principal, le français Orange (40 % à côté du groupe financier marocain FinanceCom), a dépêché un nouveau patron.

Venu de Neuf Cegetel, Michel Paulin est arrivé il y a près d’un an et a déjà réorienté la stratégie. Il nuance la vision dichotomique qui ne perçoit dans le marché marocain qu’une téléphonie fixe en chute libre face à un mobile florissant. "Dans le fixe, il faut décorréler le secteur résidentiel en décroissance, et presque entièrement aux mains d’IAM, de celui du fixe en entreprise qui croît. Nous sommes numéro deux sur ce segment, avec des services mobiles, fixes, voix et données. Aujourd’hui, nous voyons le trafic augmenter et des services comme le cloud émerger."

Un investissement colossal

Méditel continue de déployer son réseau de fibre, là encore plutôt pour cibler le marché professionnel et assurer un réseau de collecte à la hauteur du réseau mobile haut débit. il veut aussi influencer les usages. "L’essentiel du trafic internet part chez les géants américains comme Facebook ou Google, regrette Michel Paulin. Nous voulons donc favoriser le développement de contenu local. Nous avons lancé le Méditel apps challenge, un concours pour lequel nous accompagnons de jeunes développeurs."

C’est sur ce marché au revenu décroissant et aux acteurs fragiles que l’ANRT a préparé son appel d’offres pour l’accès aux fréquences de la 4 G. Comme ailleurs, les questions restent nombreuses. Le prix des licences sera-t-il supportable ? Le rôle du régulateur sera-t-il redéfini avant ou après les enchères ? Quand les fréquences 800 MHz qui favorisent un déploiement rapide seront-elles proposées ? Ce spectre de la 4 G et les réseaux correspondants représenteront un investissement de plusieurs centaines de millions d’euros. 

Pas sûr que les opérateurs aient envie d’accélérer. D’autant que tous s’attellent à l’extension de leur réseau 3 G. Méditel va investir 350 millions d’euros sur trois ans. Début 2013, Maroc Telecom annonçait un budget de 900 millions d’euros sur trois ans, notamment pour la fibre optique. Quant à Inwi, face à la demande pressante de ses clients, il déploie la 3 G depuis l’an passé au seul profit de l’équipementier Huawei. Le chinois et ses concurrents Ericsson, Alcatel-Lucent et NSN sont présents au Maroc depuis plusieurs décennies. Mais pour les observateurs, pas sûr que ce "petit" marché marocain soit prioritaire pour ces équipementiers. Peut-être à l’exception de Huawei, parti à la conquête de l’Afrique.

Emmanuelle Delsol

Maroc Numeric Cluster, un royaume pour le digital
Promouvoir la société de l’information et initier un écosystème numérique, telle est l’ambition du royaume depuis 2009 via le plan Maroc numeric 2013. En voie de réévaluation d’ici à 2020, celui-ci a lancé la numérisation de l’administration et de l’éducation, promu le pays comme base d’offshoring (50 000 emplois) ou poussé à l’éclosion Maroc numeric cluster. Implanté à Casablanca, ce pôle de compétitivité rassemble 42 acteurs du numérique, dont les trois opérateurs télécoms. Objectif : des échanges croisés, la promotion de l’innovation et son ouverture à l’international. Le cluster a ainsi noué des contacts avec les pôles de compétitivité français Systematic et Images & Réseaux. Avec pour ambition une porte d’entrée vers Horizon 2020, le programme européen de R & D. Autre initiative : le Soft centre. Présidé par le régulateur télécoms ANRT, ce centre vise à produire du logiciel innovant à moindre coût en exploitant des compétences universitaires. Nasser Djama

Media Mobility, une start-up marocaine très mobile
Les Marocains sont accros à leur mobile. De là à susciter des vocations, il n’y a qu’un pas franchi par Mehdi Alaoui, 34 ans, diplômé de la Sorbonne et de l’Essec. En 2007, il crée Media Mobility, incubé par Télécom ParisTech. Cette société à cheval entre le Maroc et la France a lancé ScreenDy, un outil de création d’apps simplifié, dont l’architecture intègre les plates-formes courantes (iOS, Android…). Lancé en 2013, commercialisé en mode SaaS, ScreenDy permet d’interfacer les flux entrants, de déployer sur les "stores" type iTunes l’application créée et d’en permettre l’analyse, la gestion et la monétisation. L’entreprise de dix personnes, qui a des clients dans les médias et la banque au Maroc ou à Dubai (DMI, S2M, BCP…), a été récompensée par le premier prix des Trophées de l’innovation IT 2013, organisé par Maroc numeric cluster. Aujourd'hui, elle lorgne vers la Silicon Valley pour y lever des fonds. N.D.

 

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle