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Télécoms : Alcatel-Lucent cherche son poids de forme

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Publié le , mis à jour le 30/10/2012 À 10H16

Enquête Face au tout-puissant Huawei et à des clients opérateurs télécoms en difficulté, l'équipementier va sacrifier 5 500 postes dans le monde. Et miser sur sa R et D historique pour sortir de la tourmente.

Aux grands maux les grands remèdes. Avec des pertes de 254 millions d'euros au second trimestre, ruinant tout espoir de rentabilité pour cette année, Alcatel-Lucent vient d'annoncer la suppression de près de 5 500 postes, dont 1 430 en France, soit plus de 7% de son effectif mondial et près de 15% de ceux de l'Hexagone. La partie émergée du plan de réduction des coûts baptisé "Performance", officialisé en juillet.

"Nous mettons en place un système simple et solide afin de nous assurer qu'Alcatel-Lucent remplisse ses objectifs de réduction des coûts de 1,25 milliard d'euros d'ici à la fin de l'an prochain", a laconiquement expliqué Ben Verwaayen, le directeur général du groupe. La méthode, qualifiée de "massacre" par certains syndicats, s'avère douloureuse. Mais la direction espère ainsi permettre au groupe, troisième acteur mondial, de se défendre dans un contexte difficile.

Encore troisième mondial
Chiffre d'affaires 2011 15 milliards d'euros
16% du chiffre d'affaires en R et D Effectif
76 000 personnes Présence à l'international 136 pays
Et les bons chiffres de 2011 (1 milliard d'euros de résultats nets) font figure d'exception après cinq ans de pertes. Sa clientèle, les opérateurs télécoms, est particulièrement malmenée. Surtout, la concurrence chinoise a pris de l'assurance. Huawei n'est plus considéré comme un simple "me too", un copieur. Ses innovations l'ont hissé sur la deuxième marche du podium mondial des équipementiers.

Résolument technophile

Indéniablement dans la tourmente, Alcatel-Lucent a néanmoins les moyens de résister. Il dispose d'une grande puissance d'innovation, d'une bonne position aux États-Unis ou en Chine et d'une organisation bientôt allégée et concentrée sur ses produits. D'ailleurs, les coupes franches dans son effectif ciblent essentiellement des fonctions commerciales et de support, le marketing, la finance, les ressources humaines et certaines activités de service. Mais pas la R et D. L'équipementier veut réduire ses coûts de structure, selon lui bien supérieurs à ceux de ses concurrents, sans toucher à ses bell labs, fleuron historique de l'innovation.

"Nous nous donnons comme objectif de préserver la force de frappe en matière de R et D, rappelle Yohann Bénard, le secrétaire général d'Alcatel-Lucent. Nous aurons des hubs de taille mondiale, pour nous adresser à un marché mondial. Et le centre de recherche majeur qu'est la France en fera partie. Ici, sur les technologies mobiles, en plein essor, nous sommes passés de 1 300 à 1 650 ingénieurs ces trois dernières années. En revanche, sur des technologies en déclin, nous allons forcément nous réajuster." Alcatel-Lucent veut même faire de Villarceaux (Essonne), où siège une grande partie des bell labs de France, une "cité de l'innovation" regroupant la majorité de sa R et D francilienne.

Résolument technophile, l'entreprise va se concentrer sur trois catégories de produits sur lesquels ses chercheurs font la différence : le coeur du réseau, les réseaux fixes et les réseaux mobiles. Son avance technologique - alliée à ses origines américaines via Lucent - lui a permis de participer aux débuts de la 4 G (LTE) mobile.

C'était à la fin de 2010, aux États-Unis. L'opérateur Verizon choisit alors de déployer massivement son réseau sur les régions les plus denses du pays. Il retient Alcatel-Lucent et Ericsson, le numéro un mondial, entièrement centré sur le mobile. "Pour un opérateur, la majeure partie de l'innovation technique est chez l'équipementier", juge Hervé Collignon, associé chez AT Kearney. Il lui faut donc une relation forte et de long terme avec ce partenaire. C'est le cas d'Alcatel-Lucent avec les opérateurs américains.

Mais les laboratoires du franco-américain ont aussi concocté des produits qui permettent aux opérateurs d'investir dans les indispensables évolutions technologiques de leurs réseaux, sans pour autant engager des sommes considérables. L'enjeu est de taille face à Huawei et à son compatriote ZTE qui font pression sur les prix. Alcatel-Lucent dispose ainsi d'équipements qui autorisent une montée en débit jusqu'à 100 Gbps des réseaux fixes sans que l'opérateur soit forcé d'installer de nouveaux câbles, une opération lourde et coûteuse.

De même, son antenne Light Radio permet de déployer des réseaux mobiles de plusieurs générations différentes. Ce petit cube de quelques centimètres d'arête rivalise avec la concurrence par son design modulaire qui permet d'empiler les antennes et d'augmenter la capacité locale du réseau mobile par simple ajout de modules. Il fait partie des travaux qui valent à l'équipementier d'être le seul français parmi les 50 entreprises les plus innovantes du monde, selon le classement du Massachusetts Institute of technology (MIT).

Alcatel bénéficie également d'ancrages régionaux forts. Aux États-Unis, il a l'avantage de ne pas être chinois... Pour des raisons officielles de sécurité nationale, le pays de Barack Obama met en effet tout en oeuvre afin d'empêcher Huawei et ZTE d'entrer dans ses réseaux.

Les Bell Labs, une R et D à valoriser
2,4 milliards d'euros d'investissement annuel, plus de 29 000 brevets et 7 prix Nobel de physique ! « La France est le deuxième bell labs après les États-Unis », insiste Jean-Luc Beylat, le président d'Alcatel-Lucent Bell Labs France. On y pratique la recherche fondamentale, la recherche appliquée et la préparation à la mise sur le marché des innovations à haut potentiel. Reste pour le groupe à valoriser son portefeuille de brevets. Il a commencé à le faire, en se protégeant des trolls avec la société RPX, et compte bien augmenter le chiffre d'affaires en multipliant les licences.
En Chine, son joint-venture Alcatel-Lucent Shanghai Bell lui assure une présence et l'autorise à concourir auprès des acteurs nationaux dans de nombreux réseaux. Il vient ainsi d'accéder à un déploiement pilote en 4 G mobile pour le premier opérateur mondial, China Mobile.

Certes, six de ses concurrents figurent à ses côtés dans ce marché, mais le français revendique néanmoins la majorité des stations de base vendues (3 000 sur un total de 20 000). En Inde, en revanche, ce sont les services qui connaissent un échec. Un millier de postes devraient être supprimés dans la région.

L'épine européenne

L'Europe, pour sa part, est devenue un marché beaucoup plus compliqué où la concurrence fait rage entre les quelque 150 opérateurs locaux. De quoi favoriser le low cost chinois. Toutefois, Alcatel-Lucent se défend pour l'instant de vouloir délaisser cette région où il dispose d'une crédibilité de longue date. Mais les employés s'inquiètent. "L'Europe paie le prix fort du plan de réduction d'effectif ", estimaient les représentants du personnel du groupe à l'issue du Comité d'entreprise européen du 18 octobre, suivant l'annonce des coupes drastiques dans les sites français.

Réduire les coûts, et l'effectif, ne suffira pas à faire la différence. Selon Sylvain Fabre, le directeur de recherche pour le cabinet Gartner Group, « plus on avance, plus le marché va vers de très gros acteurs généralistes d'un côté et de petits spécialisés dans une technologie ou une région du monde. Alcatel-Lucent devra choisir. Devenir un très gros acteur comme Huawei et se frotter aux contrats, quelle que soit leur taille. Ou rester plus petit, ciblé sur des technologies ou des zones géographiques, mais avec des compétences rares, innovantes, chères, intéressantes pour les opérateurs... ou pour les plus gros acteurs ! » Le plan Très haut débit proposé par le gouvernement, seul remède au plan social annoncé, ne pèsera pas lourd.

Un contexte concurrentiel agressif
- Huawai, le géant à abattre
Chiffre d'affaires 2011 32,4 milliards de dollars Huawei, le numéro deux mondial, est désormais un géant. Son offre lui permet de couvrir l'ensemble des besoins des opérateurs télécoms dans le fixe, le mobile, les services et même les smartphones et les tablettes. Mais il veut conquérir toute la planète. Pour Alcatel-Lucent, qui ne peut baisser ses prix, la bataille se joue sur l'avance technologique.

- Ericsson, le numéro un du mobile
Chiffre d'affaires 2011 30 milliards de dollars Le suédois, numéro un mondial, se concentre sur les réseaux mobiles. En février, il a renoncé à sa part dans le joint-venture de téléphones avec Sony. Il domine de très loin le marché. C'est sur la 4 G mobile qu'Alcatel-Lucent l'affronte, en particulier sur les gros contrats américains. Mais aussi sur de nouveaux marchés comme les smart grids, où le scandinave sait mieux mettre en avant ses compétences.

- Nokia Siemens Networks,  le survivant
Chiffre d'affaires 2011 18,2 milliards de dollars Le joint-venture germano-finlandais est en permanence suspendu aux décisions de ses propriétaires de continuer ou non avec lui. Fin 2011, il a entrepris une réorganisation bien plus drastique que celle d'Alcatel-Lucent et a déjà supprimé 14 300 emplois sur les 17 000 prévus pour la fin 2013. Soit 23% de sa force de travail ! Résultat, un retour aux bénéfices au troisième trimestre 2012, avec 5,2% de marge opérationnelle.

- ZTE, le moins dangereux
Chiffre d'affaires 2011 13,7 milliards de dollars Contrairement à son compatriote Huawei, ZTE reste davantage dans le modèle classique du low cost. Et pour la première fois de son histoire, l'autre chinois du secteur prévoit une perte, qu'il estime entre 203 et 215 millions d'euros, sur ses résultats des trois premiers trimestres 2012. Malgré quelques contrats gagnés en France, il représente de moins en moins un danger pour Alcatel-Lucent.

- CISCO, le concurrent masqué
Chiffre d'affaires 2012 (clos en août) 46,1 milliards de dollars Au printemps, Alcatel-Lucent annonçait l'arrivée d'un équipement de routage réseau susceptible de concurrencer Cisco sur un marché où le français ne s'était pas encore aventuré sérieusement. Mais l'américain, spécialiste des équipements pour la technologie internet, compte, lui aussi, s'attaquer au secteur des télécoms.

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