Telecom Italia dos au mur après son échec sur GVT

par Leila Abboud et Pamela Barbaglia et Stephen Jewkes

PARIS/LONDRES/MILAN (Reuters) - Telecom Italia a raté une occasion en or en laissant échapper le brésilien GVT, que Vivendi va vendre à Telefonica, et le groupe italien pourrait bien passer du statut de prédateur à celui de proie dans un secteur dont la consolidation se poursuit.

Le groupe italien ne pouvait pas se permettre financièrement de surenchérir sur Telefonica, qui offre 7,45 milliards d'euros pour la filiale brésilienne de Vivendi.

Sa dette atteint en effet déjà 32 milliards d'euros selon Moody's et le groupe est noté depuis l'an dernier en catégorie spéculative ("junk").

Un rachat de GVT lui aurait pourtant permis de compenser sa principale faiblesse au Brésil, à savoir le fait que sa filiale mobile ne dispose pas d'un réseau à haut débit, contrairement à ses principaux concurrents.

Marco Patuano, l'administrateur délégué de Telecom Italia, pourrait désormais devoir étudier sérieusement l'hypothèse d'une sortie du marché brésilien, duquel le groupe tire un tiers de son chiffre d'affaires, ce qui lui permettrait de réduire sa dette mais accroîtrait sa dépendance au marché italien, mal au point actuellement.

Sept banquiers et investisseurs interrogés vendredi par Reuters ont estimé que Telecom Italia manquait d'une stratégie claire et qu'il aurait du mal à convaincre ses actionnaires de lui apporter des capitaux frais pour financer des investissements dans la modernisation de ses réseaux.

Marco Patuano "a vendu avec force (le dossier GVT) comme la réponse aux problèmes de Telecom Italia et maintenant, il doit revenir devant la communauté financière pour expliquer ce qui va se passer ensuite", explique un banquier milanais.

"Il n'y aura pas d'augmentation de capital, tout simplement parce qu'il faudra du temps à la société pour se remettre de ce revers et élaborer une nouvelle stratégie; on ne peut pas réclamer des capitaux frais sans stratégie claire."

UN "CONSOLIDATEUR" CHANGÉ EN PROIE

La composition du capital de Telecom Italia ne fait que compliquer la situation: Telefonica, son rival sur le dossier GVT, est aujourd'hui indirectement son premier actionnaire avec 14,8% des parts, mais il doit en céder une partie à Vivendi en paiement de GVT. En outre, des actionnaires financiers italiens cherchent à se désengager.

Certains observateurs estiment que Telecom Italia est désormais une cible potentielle pour de grands noms du secteur comme Deutsche Telekom ou Vodafone.

Niall Dineen, gérant d'AGF International Advisors et actionnaire de Telecom Italia comme de Telefonica, estime que l'italien n'est "plus un consolidateur" mais au contraire "une proie dans le secteur".

La stratégie présentée l'an dernier par Marco Patuano prévoyait des cessions, en Argentine entre autres, pour financer des investissements en Italie dans le haut débit et la "4G", mais elle affirmait le caractère stratégique de la filiale mobile brésilienne, TIM Brasil.

Aujourd'hui, Telecom Italia pourrait devoir changer son fusil d'épaule, estiment analystes et banquiers en rappelant qu'un autre brésilien, Grupo Oi, le numéro un local, a dit étudier un partage de TIM Brasil avec le mexicain America Movil et Telefonica.

"PAS DE PLAN B POUR L'INSTANT"

"La récente annonce d'Oi (...) pourrait constituer pour Telecom Italia une opportunité de sortir du Brésil, où il pourrait obtenir une prime importante pour sa filiale", estiment les analystes d'Espirito Santo.

TIM Brasil affiche pour l'instant une capitalisation d'un peu plus de 10 milliards d'euros.

Reste à savoir si Oi, lui-même déjà très endetté, pourra boucler une offre sur TIM Brasil, soulignent plusieurs banquiers, ajoutant que le projet risque aussi se heurter à des problèmes de concurrence.

Un banquier qui travaille pour Telecom Italia a expliqué que Patuano "ne veut pas vendre le Brésil mais n'a pas de plan B pour l'instant".

Il a évoqué trois options pour l'italien: se vendre à un autre européen, chercher un allié au Brésil ou tenter de former un groupe réunissant télécoms et médias en Italie en s'alliant à Mediaset, l'empire médiatique de Silvio Berlusconi.

Pour lui, un rapprochement avec Oi au Brésil serait la meilleure solution car elle reviendrait à allier le numéro un du fixe avec le numéro deux du mobile.

Un autre banquier a jugé peu probable un rachat de Telecom Italia par un étranger, expliquant que la faiblesse du marché italien jouerait le rôle de "pilule empoisonnée".

Pour Carlos Winzer, analyste crédit de Moody's, la défaite de Telecom Italia dans le dossier GVT peut avoir un avantage: celui d'ouvrir la voie à un divorce entre l'italien et Telefonica.

Ce dernier a déjà vu la valeur de sa participation fondre de 70% depuis son entrée au tour de table en 2007.

"Au moins, Telecom Italia va être vraiment indépendant de Telefonica maintenant en mettant fin à la relation compliquée entre les deux groupes", a-t-il dit.

(avec Nishant Kumar et Anjuli Davies à Londres, Robert Hertz à Madrid; Marc Angrand pour le service français)

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