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Technologies : Plongée dans les centres de R&D français en Chine

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Enquête L'enjeu pour les industriels faisant de la recherche à la sauce chinoise : réinventer leurs produits ou process pour tenir le choc sur le marché. Reportage.

Technologies : Plongée dans les centres de R&D français en Chine © D.R.

Orange fait figure d'exception. Il est le seul groupe français en Chine à mener de la R et D sans y faire du business. Et pour cause, les opérateurs télécoms ou internet étrangers y sont interdits d'activité. Les 200 personnes de l'Orange lab de Beijing travaillent donc sur des projets avec les fabricants de mobiles chinois sur les smartphones dernière génération ou sur des services et applications mobiles. Pour le reste, les poids lourds du CAC 40 et les quelques ETI qui ont mis en place des centres de R et D en Chine le font à partir d'une solide base industrielle. À l'exemple de Schneider Electric China qui « compte près de 30 usines et a lancé ses activités de R et D voilà dix ans déjà », comme le rappelle Fabien Faure, le directeur R et D du groupe. Immersion dans l'aventure de la R et D française en Chine avec quelques-uns de ces pionniers.

 

L'ORÉAL SE MET DANS LA PEAU DES CHINOISES

Devenir expert de la peau et du cheveu chinois... ici comme partout, rien de plus naturel pour L'Oréal que de vouloir saisir au plus près les besoins de ses consommatrices. C'était le but de la création de son centre de recherche et d'innovation de Shanghai, qui réalise 1,2 milliard d'euros de chiffre d'affaires en Chine. Mission initiale ? L'adaptation des formules des shampoings, rouges à lèvre et autres crèmes de jour aux particularités et codes du cru, comme la blancheur et l'éclat de la peau, ou la nature cassante du cheveu chinois. « Notre ambition va au-delà. Shanghai s'inscrit dans notre réseau global de R et D et comptera parmi les trois ou quatre premiers au monde, assure Jean-François Nadaud, le directeur du centre. Celui-ci a déjà à son actif le lancement de centaines de référence, souvent des adaptations (texture, parfum...), mais contribue désormais à formuler plusieurs dizaines de produits originaux par an. « Nous bouleversons le marché du maquillage », affirme d'un air patelin Jean-François Nadaud. Créé sur la base du laboratoire de Yue-Sai, une petite société acquise en 2004, le centre de Shanghai emploie 260 personnes, 350 à terme. Il s'étendra bientôt sur 20 000 m2 après l'extension en cours de 8 000 m2 et comprend même un « demi-grand » (unité de production pilote) et, bien sûr, un salon de coiffure. Ses domaines d'expertise englobent les baumes pour les lèvres, les soins capillaires ou le « whitening », particulièrement populaire en Chine. Ainsi, une part des BB crèmes, un concept de soin blanchissant né en Corée et qui fait fureur, est développée ici pour le groupe. L'Oréal travaille également sur des concepts innovants avec de nouveaux ingrédients y compris naturels, certains issus de la TCM, comprenez Traditionnal chinese medecine : « C'est un univers que nous explorons, explique Jean-François Nadaud. En recherche avancée, Shanghai sera, à terme, notre base la plus importante hors de France. » C'est dans cette optique qu'a été créée une unité spécialisée dans la production de peau reconstituée pour les tests : un effort de plusieurs années qui ne trouve d'équivalent que chez Gerland. Le groupe a par ailleurs engagé depuis 2011 un partenariat scientifique avec le Sioc, un institut de chimie organique de l'Académie des sciences sur la synthèse. Une dizaine de chercheurs de cet institut travaillent dans une unité managée par un responsable L'Oréal. Des molécules innovantes devraient sortir d'ici à deux à trois ans.

 

FAURECIA SUIT LE BOOM AUTOMOBILE

Dans une salle du centre de R et D de Faurecia à Shanghai, dédié au contrôle des émissions, on trouve une succession de moteurs cachés sous des bâches. Destinés à de futurs véhicules, ces moteurs sont ceux de clients pour qui Faureciadéveloppe des échappements sur mesure, allant du respectdes dernières normes (Euro 5 en 2014) jusqu'à leur note sonore. « Les moyens de développement deviennent progressivement comparables à nos centres européens, à l'instar des outils de simulation par exemple. Nos centres sont d'ailleurs intégrés à notre réseau mondial de R et D », indique Jean-Michel Vallin, le président de Faurecia Chine. Avec 31 usines, 8 000 salariés et 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires, le groupe opère sur ses quatre métiers : sièges, intérieurs, extérieurs et échappements. Pour chacun, il dispose de centres de développement, une nécessité au vu de la croissance du marché (19,3 millions de véhicules prévus en 2015, contre 11,7 en 2011) et pour des raisons de coût et de proximité. Faurecia réalise 90% de ses ventes auprès de joint-ventures associant un constructeur international à un partenaire chinois, comme FAW-VW, son premier client, ou DongFeng-PSA. Mais ces entreprises veulent avoir pour interlocuteurs des équipes chinoises. « Nos usines sont dirigées par des managers locaux et nous visons le même objectif pour nos centres de R et D. Cela instaure une perspective positive pour nos salariés et montre l'engagement à long terme de Faurecia en Chine », poursuit Jean-Michel Vallin.

À côté du hub de Shanghai, le groupe vient d'inaugurer mi-septembre un centre plus modeste dédié aux sièges et intérieurs avec l'université de Jilin à Changchun, la ville du constructeur FAW, pour qui ce centre travaillera. Dans cette ville du Nord-Est, Faurecia est associé à la municipalité, qui a insisté pour que le groupe investisse en R et D en sus de ses usines. Car l'objectif des autorités dans le 12e plan, outre la priorité donnée aux constructeurs nationaux, est la montée en gamme sur des sujets comme le contrôle des émissions, le véhicule électrique ou la réduction de poids. Des orientations gourmandes en technologies. Prochaine étape ? L'ouverture d'un centre de 30 000 m2 sur les sièges, les intérieurs et extérieurs en mars 2013 à Shanghai Minhang, un district doté d'un bon environnement universitaire (ParisTech y a ouvert une école avec l'université Jiao Tong). « D'ici à 2016, nous compterons 1 200 ingénieurs en R et D et programmes, soit 15% de notre force de notre force de développement mondiale. Un chiffre en ligne avec notre but : doubler de taille ici », conclut Jean-Michel Vallin.

 

ALSTOM S'OFFRE UN CENTRE DE TESTS HORS NORMES

Sur Jiangyue Road, au sud de Shanghai, impossible de rater cette cathédrale de tôle blanche flanquée d'un immeuble sur pilotis à l'allure design. Ce monument de 54 000 m2, c'est le China technical center (CTC) d'Alstom Grid China. L'intérieur est encore plus impressionnant avec une cage de Faraday de 50 mètres de largeur, une chambre climatique et des équipements de tests haute tension capables de performances hors normes ! L'investissement est à la hauteur : 47 millions d'euros. « Nous testons des équipements jusqu'à 1 200 kV en courant alternatif et 1 000 kV en continu. Il y a peu d'équivalent dans le monde », lance fièrement Naihu Li, le directeur du CTC qui, son diplôme chinois en poche, est passé par une université allemande, puis par Rockwell durant dix ans avant d'intégrer Alstom en 2008. Le CTC, ouvert en mars 2011, compte 130 ingénieurs et bénéficie du statut juridique des centres de R et D. Parmi ses missions : la qualification des produits d'ici ou ailleurs. Il y a quelques mois une gigantesque valve à thyristors de 600 kV et 20 tonnes, fabriquée en Angleterre, a été testée au CTC avant d'équiper la liaison en courant continu haute tension de Rio Madeira au Brésil. Mais le CTC n'effectue pas que des essais.

Sont également réalisés des développements de produits dédiés au marché chinois, en support des six usines d'Alstom Grid China, et la qualification de constituants du type huiles ou gaz isolants. Autre compétence : les logiciels de management de réseaux, le calcul scientifique ou la simulation. « Dans les métiers d'infrastructures en Chine, 90% de nos clients et concurrents sont des sociétés d'État. Pour réussir sur le marché, il faut montrer un engagement local sur les technologies. C'est le pourquoi de notre centre consacré à l'hydroélectricité ouvert cet été à Tianjin. La R et D est un facteur de différenciation », précise Dominique Pouliquen, le président d'Alstom China. En la matière, le groupe ne ménage pas ses efforts. Depuis son ouverture, le CTC a déposé 15 brevets et collabore avec huit universités, dont un projet joint avec Tsinghua. « Cela permet d'attirer les talents, notre défi permanent », conclut Naihu Li.

 

BIOMÉRIEUX S'INSÈRE DANS LA RECHERCHE PUBLIQUE

« L'armée doit se fondre dans le peuple comme un poisson dans l'eau », disait Mao Zedong. Le spécialiste du diagnostic in vitro bioMérieux décline cette maxime en se fondant dans le milieu scientifique. Son centre de R et D emploie 20 personnes et développe des tests rapides (maladies infectieuses, sécurité alimentaire...). Il est situé à Shanghai Pudong sur le site du groupe, une plate-forme de 9 000 m2 et 400 personnes. Fondé par Alain Mérieux, un familier de la Chine, bioMérieux multiplie les coopérations académiques. Exemple avec le Fudan university shanghai cancer center (FUSCC), un pôle oncologique avec qui il a créé un laboratoire joint en 2007 sur l'identification de biomarqueurs tumoraux via des biopuces. Il conduit aussi des collaborations sur les maladies nosocomiales avec le milieu hospitalier, des tests alimentaires avec les Shanghai institutes for biological sciences et mène, via sa filiale Transgene, le projet Immunocan sur la détection de biomarqueurs tumoraux. Ce programme, soutenu par l'Europe (FP7) à hauteur de 2 millions d'euros, est conduit avec le FUSCC et des partenaires danois, italiens et britanniques. À cela s'ajoute l'action de la Fondation Mérieux, l'une des rares fondations étrangères agréées en Chine. « Ces partenariats montrent notre engagement à long terme, ce qui est apprécié des autorités », explique Amparo Sanjuan, la directrice R et D Chine. Après l'acquisition en 2010 de Meikang Biotech, une société de tests rapides, bioMérieux a doublé de taille en Chine, désormais son troisième pôle mondial. « Ici s'est développé un important savoir-faire en test rapide. Il correspond bien aux besoins de la population en matière de santé ou de sécurité alimentaire. D'où l'importance d'être associé à la recherche publique », ajoute Amparo Sanjuan. Quant aux risques de « fuites » au sein de ces coopérations : « Le milieu académique respecte la propriété intellectuelle », assure Meng Xia, la directrice scientifique Asie-Pacifique. Cette quadra a passé son doctorat à Paris et a travaillé dix ans à l'Inserm et à l'Institut Curie. Elle illustre le mouvement des « Haigui », ces diplômés de haut niveau passés par l'étranger avant de rentrer en Chine.

 

SAINT-GOBAIN AU PLUS PRÈS DES USINES

Installé au sud de Shanghai, le centre R et D de Saint-Gobain est ceinturé par les usines du groupe. Il est accolé à un site Sekurit et près d'une dizaine d'autres se trouvent à moins de trois heures de route. « Le support au manufacturing a été l'une des raisons de la création de ce centre en 2007. Cela représente une part importante de notre activité », expose Dieter Linnhofer, le directeur du centre, dessiné par l'architecte Jean-Marie Charpentier, concepteur de l'opéra de Shanghai. Saint-Gobain, au chiffre d'affaires de plus de 1 milliard d'euros en Chine, exploite 50 usines dans le verre, les plastiques de performance, les abrasifs, les céramiques ou les produits de construction. Il s'agit d'adapter process et produits aux contraintes chinoises, comme la qualification des matières premières. « Nous menons de plus en plus d'activités de développement. Il faut trouver des solutions originales pour élaborer des produits au contenu technologique Saint-Gobain, mais conformes aux attentes du marché, en termes de prix notamment. », poursuit Dieter Linhoffer en montrant un disque abrasif, entièrement réalisé ici. Le centre, qui emploie 240 personnes, détient le statut légal de centre de R et D pour une meilleure protection de la propriété intellectuelle. Une équipe de six personnes travaille sur ce sujet, à la fois pour étendre les brevets du groupe, suivre les dépôts des concurrents et protéger les innovations réalisées dans le pays. « Nos ingénieurs ont contribué au dépôt de 80 brevets depuis la création du centre. Cette année nous en déposerons une douzaine de plus. » En matière de coopération, Saint-Gobain travaille avec l'Institut de céramique de l'Académie des sciences. Témoin d'une activité soutenue, le centre, qui s'étend sur 4 000 m2, va s'agrandir de 6 000 m2 l'an prochain, un investissement de 6 millions d'euros. Avec 30 embauches prévues.

PSA ADAPTE SES PLATES-FORMES ET MISE SUR LE DESIGN

Associé à DongFeng et à Changan, PSA a une priorité en Chine : grossir. Ses joint-ventures assurent l'industrialisation des véhicules, mais le Tech Center de Shanghai mène un travail clé d'adaptation des plates-formes aux spécificités techniques, marketing ou réglementaires locales. Autre mission : le style, avec un studio de 50 designers chinois et français travaillant sur les marques Peugeot, Citroën et DS. Le défi ? Faire des véhicules chinois sans dénaturer la griffe maison. Ils ont déjà à leur actif les concept cars Metropolis et SXC. Objectif : développer un véhicule par an et par marque. La Chine sert aussi de base de recherche avancée pour les nouvelles énergies et « l'infotainement ».

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