Technicolor prêt à se tirer une balle dans le pied en sacrifiant son activité R&D

Après avoir vendu à Interdigital son activité de licences et brevets, Technicolor envisage de lui céder aussi son activité de recherche et innovation. Une mesure extrême qui risque d’hypothéquer l’avenir du groupe français de technologies de loisirs.

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Technicolor prêt à se tirer une balle dans le pied en sacrifiant son activité R&D
Technicolor en passe de se dégarnir de sa R&D.

Encore une activité de Technicolor en vente, et pas n’importe laquelle : celle en matière de recherche et innovation. Le groupe français de technologies de loisirs, qui compte environ 12 000 personnes dont environ 1 000 en France et s’attend à un chiffre d’affaires de 3,9 milliards d’euros en 2018, est en discussion avec l’américain Interdigital pour lui céder cette activité ô combien stratégique.

Pas de surprise des salariés

"Je suis choqué mais pas du tout surpris, confie à L’Usine Nouvelle un ancien collaborateur de l’entreprise à la retraite depuis six mois. Nous nous y attendions depuis la vente de l’activité de licences et brevets. Depuis des années, toutes les activités baissent. L’entreprise n’a plus les moyens d’investir assez en recherche et développement pour entretenir son portefeuille de brevets et tenir la course technologique. »

En juillet 2018, Technicolor a en effet vendu à Interdigital son activité de licences et brevets, qui constituait jusqu’alors sa vache-à-lait. Les termes de la transaction sont complexes. Le groupe français est censé recevoir 42,5% de revenus de valorisation en contrepartie de l’alimentation du portefeuille par de nouveaux brevets. La cession de l’activité Recherche et Innovation va modifier cet accord et se traduire par une réduction de près de la moitié des revenus récupérés. "Technicolor n’a pas su faire pour bien fructifier son portefeuille de brevets", regrette l’ancien collaborateur.

L’activité Recherche & Innovation de Technicolor représente environ 200 personnes, dont environ 150 à Cesson-Sévigné, près de Rennes, et une cinquantaine à Los Angeles, en Californie. Elle bénéficie d’un budget annuel d’environ 170 millions d’euros, soit environ 4% du chiffre d’affaires. " Ce projet de cession permet de poursuivre la simplification de la structure du groupe tout en veillant à ce que les équipes de Recherche & Innovation rejoignent une organisation technologique bénéficiant d'une réputation internationale bien établie, estime le directeur général de l'entreprise Frédéric Rose. Technicolor sera désormais en mesure de concentrer ses ressources exclusivement sur ses activités opérationnelles. »

Risque de fermeture du centre R&D à Rennes

En sacrifiant sa R&D, Technicolor n’hypothèque-t-il pas son avenir ? " L’activité cinéma et effets spéciaux peut tenir la route, estime notre interlocuteur. Mais Technicolor devra acheter les technologies de compression d’image ou de gestion de colorimétrie nécessaires. Cette opération est un coup dur pour Rennes. L’expérience montre que quand une société américaine rachète une entreprise française, c’est d’abord pour pomper ses technologies et brevets puis tout fermer. C'est-ce qui risque d'arriver."

Naguère présent dans la télévision, l’électronique grand public ou encore de l’électroménager, l’ex-Thomson n’est plus que l’ombre de lui-même. Il se réduit aujourd’hui à deux activités : l’une dans les services pour le cinéma, l’autre dans les décodeurs et box internet. Depuis 2016, sa valorisation en bourse a été divisée par huit, tombant aujourd’hui à environ 400 millions d’euros. Ses difficultés chroniques ont conduit Frédéric Rose, en poste depuis 2008, à envisager récemment différentes options, allant de la cession de l’activité décodeurs jusqu’à la vente de toute la société.

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