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Technicien de maintenanceL'indispensable Monsieur Zéro PanneS'il reste un homme de terrain, il est de plus en plus un concepteur de méthodes pour prévenir les pannes.

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Technicien de maintenance

L'indispensable Monsieur Zéro Panne

S'il reste un homme de terrain, il est de plus en plus un concepteur de méthodes pour prévenir les pannes.



L'espèce est quasi injoignable. Si vous ne connaissez pas leur numéro de bip, ou si vous n'avez su convaincre l'une des secrétaires de l'entreprise du bien-fondé de votre requête, vous n'aurez aucun technicien de maintenance en ligne. Car celui-là n'a guère d'horaires. Pas plus qu'il ne connaît par avance son emploi du temps, ou sa position géographique. Dans l'atelier, au magasin de stockage, au bureau d'études, chez un fournisseur ou en formation. C'est lui qui dégrippe les machines, décoince les outils, décortique le process, traque les anomalies, relève les défaillances et en établit le meilleur des diagnostics avant toute intervention. Bref, comme hier, il dépanne, mais surtout, de plus en plus, il cherche à éviter d'avoir à le faire! Car, aujourd'hui, le métier a bien changé. Il suffit de jeter un oeil sur les annonces destinées à des bac+2 et publiées dans la presse ces temps-ci: "Directement impliqué dans la réalisation des travaux de maintenance préventive et corrective, vous aurez la responsabilité de leur planification et de leur suivi... et vous participerez à l'étude de projets d'investissements." Ou bien, "Il fera de son service un réel partenaire de production"... Manifestement, la fonction s'enrichit. Et l'homme qui l'assume doit savoir prendre du recul. L'ère du maçon, du menuisier ou du peintre d'entreprise est révolue. Et la maintenance ne fait plus figure de petite société au sein même de l'entreprise. Et le fort mouvement d'automatisation lancé dans les années80 a pleinement justifié la création des DUT et des BTS de maintenance industrielle.

Partout, les services maintenance se réorganisent

Même si, pendant longtemps, "on a galvaudé le métier, en associant volontiers la maintenance de l'ascenseur, qui relève du service après vente, avec le maintien en bon état de marche de l'outil industriel. On a alors beaucoup parlé de robotisation, le fer de lance de l'industrie. Maintenant, le phénomène s'achève, et l'on associe davantage la maintenance à la qualité et à l'environnement", observe le chef du département maintenance industrielle de l'IUT de Saint-Nazaire. D'où l'idée des enseignants de rendre aujourd'hui leur formation à la maintenance industrielle plus lisible et de la tirer davantage vers le génie industriel afin d'élargir le spectre d'intervention des candidats au dépannage dans l'entreprise. Il s'agit, bien sûr, de séduire davantage de lycéens, mais aussi de répondre à un vrai besoin des entreprises, les PMI notamment. Partout les services maintenance éclatent et se réorganisent. Que ce soit chez les fondeurs, les constructeurs d'avions, les équipementiers de l'automobile ou les fabricants de conserves. Créant un appel d'air pour les bac+2 de maintenance et, de manière plus surprenante, pour les généralistes, imprégnés tout de même de solides connaissances en automatisme, en électronique ou en informatique, ou les techniciens électroniciens dont semblent rêver les hommes de maintenance de grandes entreprises, comme GEC-Alsthom à Lyon ou Hutchinson à Montargis. Car la réorganisation de la maintenance, dans ces entreprises comme dans d'autres, a fait passer le terme dans le langage courant des opérateurs. Autrement dit, la maintenance de premier niveau, qui consiste à "graisser quelques rouages ou à vérifier le niveau d'huile" est largement diffusée sur les chaînes de production. Alors que la maintenance de deuxième niveau, comme le réglage des machines, échappe à son tour aux spécialistes pour devenir peu à peu le domaine des professionnels. Les effectifs de techniciens de maintenance pure tendent donc à baisser. En huit ans, Citroèn Aulnay les a divisés par deux. En revanche, la tâche des techniciens supérieurs "maintenanciers" se diversifie en même temps qu'elle s'approfondit. Ne constate-t-on pas à l'intérieur de l'entreprise l'émergence de fonctions comme celle de "technicien projets d'amélioration"? C'est le poste qu'occupe Marc Pollet, 28ans, technicien de maintenance à la Smae (Société mécanique automobile de l'Est), près de Metz, fabricant de moteurs et filiale commune de Peugeot et de Citroèn. A ce titre, il réalise des audits de ligne de production, analyse tous les flux, comptabilise les arrêts de machines et le nombre des retouches qui ont été nécessaires. "Afin d'avoir un retour très clair de ce qui se passe réellement sur les lignes. Et de proposer des plans d'action pour améliorer l'outil de production", expose-t-il. C'est de la maintenance dite préventive, qui exige moins de "terrain" mais plus de matière grise. En cela, elle s'intègre au processus de qualité totale voulue par l'entreprise. Les dépannages plus simples sont alors redistribués à des techniciens de niveau CAP ou bac. Aux Fonderies du Poitou, à Châtellerault, on fait maintenant la distinction entre les techniciens professionnels, sans cesse sur le terrain - et que les chefs d'atelier appellent joliment les "permanents de chantier" - et les "agents techniques", attachés à un service de maintenance centrale. Aux premiers la responsabilité du bon fonctionnement quotidien des machines, qu'ils dépannent dans la chaleur et la silice. "Et il faut que cela marche, quitte à bricoler pour que le process tienne le temps de la production. Car l'objectif, c'est de sortir des pièces", s'enflamme Jean-Paul Troubat, qui participe à la gestion de l'atelier de production des blocs carters en fonte (120 personnes). Aux seconds, en revanche, d'orchestrer toutes ces interventions, de superviser l'installation de nouvelles machines, de prévenir les pannes sur le long terme. Ailleurs, d'autres sociétés installent des correspondants de maintenance dans les îlots de production qui se mettent en place. Mais le bac+2 ou plus s'achemine doucement, lui, vers des postes polyvalents de haute volée. Il ne lui suffit plus maintenant d'avoir le coup d'oeil ou le doigté du médecin ou du clinicien. Désormais, il lui faut apprendre à gérer un budget, à planifier les travaux de rénovation, à anticiper le renouvellement de l'outil en relation étroite avec le service des méthodes, à gérer le stock de pièces détachées, à assurer l'approvisonnement régulier de ses magasins. Et à gérer la maintenance hyperspécialisée que l'entreprise sous-traite à l'extérieur. Il fait de l'ingénierie, gère, forme, alors qu'on lui demande d'autre part d'affiner une politique de prévention des pannes et d'intervenir dans la conception de nouveaux outils. C'est cette diversité des tâches qui plaît tant à Philippe Guihard, technicien de maintenance à la Famat, fabricant de moteurs pour réacteurs d'avions. En outre, à Saint-Nazaire, il n'intervient que sur des machines complexes, pour en rechercher l'amélioration, effectuer du développement. Et il travaille sur des machines tellement sophistiquées - des fours à traitement thermique sous vide, ou des machines à souder par faisceau d'électrons - qu'il ne cesse d'étendre ses compétences techniques. Sentiment que partage Cécile Quessada, embauchée depuis peu à l'usine de chaussures de Myris, à Limoux (Aude). "J'ai été recrutée pour apporter une vision plus large de l'organisation du service maintenance. Ce qui ne m'a pas dispensée d'apprendre à faire des interventions sur des découpes de cuir au jet d'eau, les encolleuses ou les machines à coudre." L'ouverture d'esprit, la capacité de déduction et le goût de l'investigation qu'elle a repérés comme qualités indispensables dans sa fonction permettent donc aussi à des femmes d'accéder à un métier encore très masculin.





En Ile-de-France

La part du lion pour les techniciens

Près de 70% du personnel affecté à la maintenance en Ile-de-France relève de la catégorie des techniciens. Et 23% sont de niveau bac+2. Voilà deux conclusions de l'étude sur les métiers de la maintenance publiée en décembre dernier par l'Observatoire de la formation, de l'emploi et des métiers de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris. Et si l'on a en tête que la région francilienne pèse environ pour 25% dans l'économie nationale, les résultats de cette étude reflètent quelques tendances dans les mêmes proportions. Notamment dans le simple domaine de la maintenance industrielle. Par exemple, les entreprises soulignent le caractère trop généraliste des formations initiales, excepté pour celles de niveauIII, qui suscitent l'approbation de 63% d'entre elles. Quant au profil idéal du technicien, si la capacité à intervenir sur le matériel est prioritaire, viennent juste derrière les capacités à gérer des imprévus, à rédiger, à organiser méthodiquement, à posséder des connaissances polyvalentes et à utiliser des instruments de mesure. Et, l'an passé, 41% des entreprises déclaraient éprouver des difficultés à recruter des techniciens supérieurs.



D'OU VIENNENT-ILS?

Des IUT qui préparent au diplôme de maintenance industrielle. Parmi les plus cités, on peut retenir ceux de Saint-Nazaire, de Valenciennes, de Saint-Denis, de Châtellerault, de Strasbourg, de Perpignan, de Toulouse et du Tremblay.

Des 90 établissements qui proposent le BTS maintenance industrielle.

Des universités avec option maintenance, comme le Deust d'Aix-Marseille III pour la maintenance industrielle des systèmes automatisés, ou le Deust gestion et maintenance des outils deproduction à Amiens.

Des lycées professionnels et IUT qui forment en électrotechnique, mécanique, génieélectrique et informatique industrielle, spécialités de plus en plus prisées dans la profession.

De l'Afpa, qui étoffe ses offres de formation de niveau IV dans ce domaine. Notamment à Maubeuge et à Mantes, dans les Yvelines, pour la maintenance des automatismes industriels.

Des lycées professionnels de la Ferté-Alais et de Vitrolles, et de l'Institut aéronautique d'Hazebrouck pour la maintenance aéronautique qui possède ses diplômes spécifiques avec option CME (cellule, moteur, électricité) et EIR (électricité, instruments de bord, radiovionique).



OU VONT-ILS?

Vers des responsabilités en production ou en bureau d'études.



COMBIEN GAGNENT-ILS

Pour démarrer, de 8000 francs à 10000 francs brut par mois.



le témoin

Bernard Oulié

Chef du service fabrication à l'unité pièces tournantes et mécaniques de Snecma à Corbeil

"Partager ses compétences"

"Chez Snecma, l'organisation actuelle rend la disponibilité des machines et des équipements indispensable.Le technicien de maintenance doit s'adapter à ces nouveaux besoins. Il transmet donc une partie de ses connaissances aux "compagnons" afin de déceler au plus tôt les symptômes d'une panne. Et il les responsabilise aussi par la délégation d'actions de maintenance. Il doit également devenir un véritable partenaire de l'atelier et s'intégrer dans des équipes pluridisciplinaires (qualité, gestion de production, méthodes...). Ce qui lui permet de prendre des décisions rapides et adaptées.Il est donc capable d'animer, d'écouter , d'expliquer les enjeux et de commenter les indicateurs de maintenance. En parallèle, les techniciens de maintenance qui préparent l'avenir doivent savoir réaliser des études d'investissement ou de maintenance préventive exploitables très vite."





USINE NOUVELLE - N°2458 -

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