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"Taiwan veut un accord de libre-échange avec l'Europe le plus tôt possible"

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Entretien Le pays qui a vu naitre Asus, HTC ou Foxconn veut commercer davantage avec l'Europe. En exclusivité pour L'Usine Nouvelle, Sheng-chung Lin, vice-ministre de l'économie de Taiwan de passage à Paris où il a rencontré des représentants du Medef, du secteur automobile ou des Chambres de commerce, nous explique pourquoi.

Taiwan veut un accord de libre-échange avec l'Europe le plus tôt possible © D.R.

L'Usine Nouvelle - Vous voulez convaincre en France notamment de l'intérêt d'un accord de libre-échange entre Taiwan et l'Union européenne, quel est-il ?
Sheng-chung Lin - L'Europe est notre quatrième partenaire commercial et une de nos premières sources d'investissements directs avec la présence d'entreprises comme Philipps ou Carrefour. Pour nous, c'est une région du monde très importante. L'Union européenne a conclu récemment un accord de libre-échange avec la Corée du Sud et elle travaille sur des accords de ce genre avec l'Inde, la Malaisie, Singapour ou le Mercosur. Au vu de nos fortes et anciennes relations, nous souhaitons vivement qu'elle avance en ce sens avec Taiwan, c'est dans votre intérêt car notre économie est dynamique !

Nous avons très clairement proposé à l'Union européenne un accord de commerce et nous souhaitons que cela puisse se faire le plus tôt possible. Pourquoi pas d'ici à 3 ans. C'est le sens de ma tournée au cours de laquelle je rencontre des représentants du patronat en France ou en Allemagne, ainsi que la direction générale du commerce à Bruxelles. Mais je sais que nous devons aussi convaincre dans chacun des 27 pays de l'Union.

Mais l'Europe et ses entreprises ont surtout les yeux tournés vers la Chine
C'est vrai mais écoutez… Taiwan a conclu en 2010 un accord commercial très important avec la Chine : l'ECFA, l'Economic Cooperation Framework Agreement. Cet accord est entré en vigueur ce mois de janvier et il doit être une incitation supplémentaire pour l'Europe à s'intéresser à Taïwan.

Jusque-là il y a avait encore des restrictions aux échanges économiques entre la Chine et Taiwan. Ces restrictions vont diminuer et donc faciliter le commerce et l'investissement entre nos deux pays y compris pour les entreprises européennes implantées à Taiwan ou en Chine. De plus, comme vous le savez, notre président Ma Ying-jeou a été réélu pour 4 ans ce 14 janvier, il est en faveur d'un accroissement des relations économiques entre Taiwan et la Chine.

C'est un facteur positif y compris pour les investisseurs étrangers. Ceux-ci doivent d'avantage considérer le fait de se servir de Taiwan, de nos entreprises et leurs très importants réseaux en Chine pour conquérir le marché chinois.

Avant même l'ECFA, les relations économiques entre votre pays et la Chine étaient très importantes. N'y a-t-il pas un risque que l'économie taïwanaise ne soit absorbée par la Chine, un pays avec qui les relations politiques restent toujours très problématiques ?
La Chine compte certes pour 40% de nos exportations, mais nous représentons aussi une part importante de l'économie chinoise. Il y a 70 à 80 000 sociétés taïwanaises en Chine, nous y employons plus de 23 millions de salariés (l'équivalent de notre propre population) et au moins 1 million de taïwanais sont installés en Chine.

Paradoxalement, l'ECFA va selon moi réduire notre dépendance à la Chine. Les autres nations asiatiques, le Japon ou les Etats-Unis pourront conclure plus facilement des accords de commerce avec notre pays maintenant que le cadre de notre relation avec la Chine est clairement établi. Ceci étant, nous avons déjà de très fortes relations avec d'autres pays proches comme le Japon dont beaucoup d'entreprises sont installées à Taiwan.

J'observe qu'après le drame du tsunami l'an dernier, nombre d'entreprises japonaises se sont interrogées sur leur "supply chain" et beaucoup d'entre elles, y compris des PME, cherchent à s'implanter à Taiwan. D'ailleurs en septembre 2011, nous avons conclu un accord de protection des investissements avec le Japon.

Taïwan, la deuxième vie du Dragon
Les industriels taïwanais, comme Foxconn, se déploient depuis dix ans en Chine. A lire dans le numéro du 23 février 2012 de L'Usine Nouvelle notre enquête au coeur d'un modèle qui donne le vertige.
Taiwan a bâti son succès sur l'industrie, qui représente encore 27% du PIB  et les exportations: dans quelle mesure le "Made in Taiwan" reste important pour votre économie ?
Une part de la production, c'est vrai,  tend à migrer en Chine notamment mais nous voulons gardons une base manufacturière forte et sophistiqué. C'est vrai notamment dans les produits et composants électroniques ou informatiques, le point fort de notre pays.

Dans le futur, ce secteur productif doit rester important mais en parallèle nous cherchons de plus en plus à nous renforcer en matière de R&D, d'innovation de design, et à faire du marketing autour des produits conçus à Taiwan autrement dit "Made by Taiwan",. C'est en misant sur la valeur ajoutée que l'on pourra maintenir une industrie forte. Mais bien sûr avec le temps la part des services va sans doute augmenter encore dans notre économie.

De façon plus conjoncturelle, quelle sont les perspectives de croissance à Taiwan en 2012 ?
Notre économie est extrêmement tournée vers l'extérieur donc nous dépendons beaucoup de la conjoncture mondiale. Il y a deux semaines le gouvernement a revu légèrement à la baisse notre prévision de croissance pour 2012. Celle-ci est passée de 4,5% à 3,9%. Nous espérons beaucoup que la crise de la dette puisse se résoudre en Europe, néanmoins on perçoit bien en ce moment que l'économie américaine redevient plus dynamique.

A Taiwan, sur le marché intérieur, la consommation et l'investissement restent très bien orientés. Nous bénéficions aussi notamment d'un flux croissant de touristes chinois ce qui soutient notre économie. En 2010, nous avions réduit le taux d'impôts sur les sociétés qui est passé de 20% à 17% pour stimuler la croissance et nous avons des dispositifs de subventions à l'innovation attractifs.

Le premier groupe taïwanais Foxconn, principal sous-traitant d'Apple vient d'être mis une nouvelle fois en cause pour les conditions de travail dans ses usines en Chine. Qu'en pensez-vous, et cela affecte-t-il l'image des entreprises taïwanaises ?
Foxconn est devenue une compagnie énorme présente dans de nombreux pays, à commencer bien sûr par la Chine. Terry Gou, son président est un homme intelligent et il prend ces sujets de conditions de travail très au sérieux. Vous savez sans doute que le groupe a augmenté de manière significative les salaires de ses ouvriers chinois ou amélioré les conditions de vie dans ces usines. C'est une question controversée. Je ne perçois pas de conséquence sur l'image globale des sociétés taïwanaises, d'ailleurs la présidente brésilienne a invité Foxconn à investir dans son pays.

Certaines entreprises étrangères se plaignent du manque d'ouverture des marchés publics à Taiwan. Que leur répondez-vous ?
Que je ne suis pas d'accord. Nos marchés sont largement ouverts. Notre pays a d'ailleurs acheté des hélicoptères d'Eurocopter EC225 ! Nous sommes membre de l'OMC depuis 2002 et Taiwan adhère aussi dans ce cadre à l'accord GPA, le Government Procurement Agreement, sur les marchés publics depuis 2009.

Certaines entreprises étrangères regrettent que tous nos appels d'offre pour les marchés publics ne soient pas traduits en anglais mais nous n'y sommes pas contraints. Et de toute façon, nous le faisons pour tous les gros marchés. Nos procédures sont transparentes et disponible en temps réel sur internet.

Propos recueillis par Pierre-Olivier Rouaud

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