Syndicats : Quelle représentativité ?

Dans une entreprise ou dans un établissement, la prise en considération des réalités économiques et de l'intérêt général de la communauté concernée oblige à un minimum de réalisme. C'est moins vrai au niveau national.

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Les trois syndicats (CFDT, CFTC et CFE-CGC) qui ont signé avec le Medef le projet de réforme du régime d'indemnisation du chômage des intermittents du spectacle sont ultra minoritaires dans cette catégorie de salariés, comme l'a souligné la CGT. Leur signature est-elle légitime ? Après la réforme des retraites déjà signée par des syndicats minoritaires, la question mérite d'autant plus d'attention qu'elle sera bientôt encore d'actualité. Le gouvernement a, en effet, promis d'ouvrir dans quelques mois le débat sur la représentativité syndicale. A l'avenir, un accord pourrait nécessiter la signature de syndicats représentant au moins 50% des salariés. Cet objectif est légitime. Il éviterait de voir certains syndicats se cantonner dans le confortable rôle d'opposant, laissant à d'autres le soin de signer des accords nécessaires mais pas toujours populaires. Est-il réaliste ? Dans une entreprise, voire dans une fédération professionnelle, oui. La prise en considération des réalités économiques et de l'intérêt commun bien compris de la collectivité concernée oblige aujourd'hui à un minimum de responsabilité. C'est ainsi que sur le terrain, dans les établissements ou au niveau des entreprises, de nombreux accords sont signés par une " majorité syndicale ", y compris par la CGT, encore plus réticente à " signer " dans des négociations nationales. On l'a vu lors des négociations sur la réduction du temps de travail avant que les lois Aubry n'imposent des solutions uniformes et souvent inadaptées. Dans le secteur public où les fins de mois sont au bout du compte assurées par l'argent de l'Etat ou dans des catégories soutenues par la solidarité nationale, comme c'est le cas des intermittents, les réalités économiques sont moins prises en compte. Plutôt que de faire preuve de responsabilité, il est plus facile d'exiger l'aide de l'Etat. La représentativité des syndicats catégoriels y apparaît alors moins légitime.
Face au déficit du régime spécial des intermittents du spectacle (8 euros d'allocations pour 1 euro de cotisation !) et confrontée au refus du syndicat majoritaire (CGT) d'assumer la responsabilité d'une réforme, la CFDT a eu raison d'assumer les siennes en tant que gestionnaire de l'Unedic. Avec la CFTC et la CGC, cette minorité représente plus de 40 % des salariés qui ont, eux, intérêt à ce que le régime de ces artistes cesse de creuser le déficit du régime général. C'est pourquoi on ne voit pas au nom de quoi le gouvernement pourrait désavouer ces trois syndicats et le Medef. D'autant que le mouvement de contestation des intermittents affiche tous les travers de ces contestations catégorielles qui usent et abusent en France de la solidarité nationale. Au nom de quels privilèges, 40% de leurs revenus devraient-ils être assurés par la solidarité forcée des autres salariés cotisants à l'Unedic ? La culture a bon dos... Le débat de la représentativité syndicale est un vrai débat. Pour qu'il ne tourne pas court ou ne débouche pas sur des réformes néfastes, il faudrait que la majorité des syndicats (et notamment la CGT) acceptent de prendre plus souvent leurs responsabilités au niveau national.
Jean-Léon Vandoorne, directeur de la rédaction

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