Sursis en trompe-l’œil pour le nucléaire français

Le bilan prévisionnel de RTE fournit l’argument manquant au gouvernement pour repousser l’échéance de 2025 pour la transition nucléaire. Mais la programmation pluriannuelle de l’énergie devra quand même fixer les moyens de l'engager, malgré le report à 2021 de l’avis de l’ASN sur la prolongation des centrales nucléaires au-delà de 40 ans.

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Sursis en trompe-l’œil pour le nucléaire français
Les réacteurs nucléaires 1 et 2 de la centrale de de Dampierre-en-Burly (Loiret) atteindront les 40 ans en 2020 et les réacteur 3 et 4 en 2021.

Le bilan prévisionnel Perspective 2017-2035 sur le mix électrique français de RTE tombe à pic. Alors que le très attendu avis générique de l’Autorité de sureté nucléaire (ASN) sur la prolongation des centrales nucléaires de plus de 40 ans ne sera pas publié fin 2018 comme prévu, mais au mieux en 2021. Il fournit au gouvernement un bon argument pour se sortir de l'échéance de 2025, date butoir pour atteindre 50 % de nucléaire dans le mix électrique français. Et ce en respectant la nécessaire fermeture des centrales à charbon d’ici à 2022 pour être en ligne avec l'Accord de Paris. Une échéance fixée par la loi pour la transition énergétique et la croissance verte (LTECV) de Ségolène Royale votée de 2015.

Un des scénarios de RTE montre en effet que le gouvernement doit choisir entre transition nucléaire et Accord de Paris. Chiffres à l’appui, il indique que réduire le nucléaire à 50% dans le mix électrique français en 2025 se ferait au prix d’un quasi doublement des émissions de CO2 de la production nationale d’électricité. Hors de question pour le gouvernement Macron, qui se veut chef de file de la lutte contre le réchauffement climatique. Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, a donc annoncé qu’il allait "travailler" sur "l'échéance de 2030 ou 2035".

Une échéance arbitraire

Il est vrai que l’échéance de 2025 avait été établie de manière arbitraire par le candidat François Hollande lors de la primaire socialiste de l’élection présidentielle de 2012 dans un contexte post-Fukushima où il fallait introduire dans le champ politique français l’idée d’une sortie ou au moins d’une réduction du nucléaire. "La date de 2025 est une position médiane prise par Français Hollande, à notre connaissance sans analyse technique permettant de l’inscrire de manière objective dans une trajectoire", rappelle Yves Marignac, directeur de l’agence Wise-paris, porte-parole de l’association Negawatt et membre du groupe permanent d’expert pour les réacteurs nucléaires de l’ASN.

Or la promesse de campagne s’est transformée en loi. Une loi qui prévoit aussi un instrument permettant de l’appliquer, la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Mais la première PPE, ne fixait que des objectifs de production à 2023. C’est celle de 2019-2023, prévue pour début 2018 et repoussée à la fin de l’année, qui devait fixer les moyens de la tenir au-delà. "C’est la PPE qui va déterminer les appels offre que l’on va devoir lancer pour tenir les objectifs de production, en actant que l’on prolonge ou non les réacteurs. Elle est élaborée sur la base d’ateliers. Or ceux du nucléaire ne sont même pas lancés", observer Nicolas Goldberg, spécialiste énergie du cabinet Colombus Consulting.

Le bilan de RTE suffit

Le bilan prévisionnel de RTE peut-il remplacer les ateliers. Certains pensent que oui. "L’exercice de RTE montrer que la transiton est réaliste, explique Yves Martignac, pour Negawatt. Il y a tous les éléments dans ce bilan pour accélérer l’action sans regret." Selon lui, les scénarios de RTE doivent "donner confiance aux politiques pour s’engager dans cette transition et accélérer sur la maitrise de la consommation d'électricité, qui est la première marge de manœuvre, et sur les renouvelables, qui sont indispensables pour ouvrir les options de diversification". Même si les hypothèses de RTE sont parfois très conservatrices et que "la manière dont les conclusions du scénario 2025 sont mises en avant sont réductrices voire manipulatrices," observe le porte-parole de Negawatt. "Avec plus de volontarisme un scénario 50% à 2025 reste possible", ajoute-t-il, et "il n’y a aucune raison d’attendre l’ASN, le bilan de RTE montre que dans tous les cas, réduire le nucléaire est bénéfique".

EDF, l’exploitant de l’intégralité du parc nucléaire français, ne commente pas. Lui, qui réaffirme en permanence se plier aux exigences du gouvernement tout en jouant la montre, sait que le report de l’échéance de 2025 n’est qu’un sursis.

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