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Sûreté nucléaire en France : le casse-tête des déchets

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L'Autorité de sûreté nucléaire a présenté à l'assemblée nationale mardi 7 avril le bilan 2008 de la sécurité des centrales françaises. L'occasion de poser les questions qui fâchent.

Sûreté nucléaire en France : le casse-tête des déchets

« L'année 2008 a été globablement satisfaisante même si elle a été marquée par des événements à fort retentissement médiatique », a déclaré le directeur général de l'ASN Jean-Christophe Niel lors de la présentation du rapport annuel de l'Autorité devant l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques du parlement.

Il a rappelé la fuite en juillet d'une cuve contenant des effluents chargés d'uranium à la Socatri, une filiale d'Areva sur le site de la centrale du Tricastin dans la Drôme, ainsi qu'une mise en demeure à EDF sur un problème de canalisations transportant des fluides explosifs sur le site nucléaire du Cruas en Ardèche.

« Je me demande si EDF n'a pas oublié le rapport de 1997, où nous établissions que pour tous les publics, tout est un incident nucléaire. Que l'information soit tronquée, non remise à temps, ou fausse : tout cela est assimilé à un incident nucléaire. La vigilance ne s'est-elle pas émoussée ? Ce qui indiquerait des piqures de rappel nécessaires ? » a pointé Claude Birraux, député de la Haute-Savoie, Premier Vice-Président de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, et ingénieur chimiste de formation.
« Sur l'incident Socatri, nous n'avons pas communiqué de façon aussi proactive qu'il le faudrait », a reconnu l'ASN. « On dirait que nos cimentiers ne savent plus faire de béton », a ajouté Claude Birraux, une référence, entre autres, aux soucis rencontrés sur le chantier de Flamanville.


5 centrales montrées du doigt. Cinq centrales nucléaires françaises ont affiché de moins bonnes performances en matière de sûreté nucléaire que le reste du parc français en 2008, selon l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Les centrales concernées sont Belleville (Cher), Paluel (Seine-Maritime), Cruas-Meysse (Ardèche), Fessenheim (Haut-Rhin) et Flamanville (Cotentin), a précisé l'ASN. Les centrales de Flamanville et de Fessenheim arrivent en queue du "peloton" pour la deuxième année consécutive, a ajouté l'organisme de contrôle des activités nucléaires civiles.

Le parc de production nucléaire d'EDF en France
19 centrales - 58 réacteurs



La France compte 58 réacteurs répartis sur 19 centrales : sur l'ensemble du parc, l'ASN procède à des inspections planifiées mais aussi inopinées dans les centrales et donne son autorisation pour le redémarrage des unités lors des arrêts de tranche. Elle a aussi le pouvoir de retirer les licences d'exploitation en cas de manquement grave.

Cet automne, l'ASN réalisera la troisième visite décennale de la centrale de Fessenheim, afin de déterminer si elle peut continuer d'être exploitée dix années supplémentaires. Le mauvais classement de Fessenheim, la plus ancienne centrale du parc français, ne préjuge cependant pas de la décision de l'ASN sur la durée d'exploitation car la situation peut facilement être améliorée, a dit l'ASN. Pour preuve, la centrale de Gravelines (Nord), la plus importante du pays avec six réacteurs en fonctionnement, avait enregistré la plus mauvaise performance l'an dernier et n'est plus pointée du doigt cette année. 
Les sites de Bugey (Ain) et de Dampierre (Loiret) se détachent favorablement du reste du parc en ce qui concerne la sûreté et ceux de Civaux (Vienne) et de Chooz (Ardennes) pour la radioprotection des salariés.

Les déchets sans point de chute fixe.
La question du destin des déchets issus des centrales, les grafites de première génération d'EDF à vie longue en particulier, a été abordée. "Il faut trouver une filière pour le traitement des déchets. Nous souhaitons que Jean-Louis Borloo prenne rapidement une décision là-dessus" a fait savoir l'ASN. Depuis la loi du 26 juin 2006, débattue à l'assemblée nationale, des plans de stockage dédiés sont en cours d'étude pour traiter particulièrement des déchets HA (haute activité, voir encadré) et des déchets à vie longue (MA-VL), jusque là entreposés en surface.

Pour les déchets HA et à vie longue, il est prévu de construire des centres de stockage à 500m de profondeur sous une couche d'argile datant de 150 millions d'années de 130 mètres d'épaisseur. Les autorisations pour construire ce type de sites seront délivrées dans le courant de l'année 2015 pour une mise en service en 2025. A l'heure actuelle, seuls les États-Unis possèdent un tel lieu de stockage dans le Nouveau Mexique.
Mais avant la décision, sensible, du point de chute de stockage en 2025, les procédés mêmes de traitement des déchets HA et à vie longue ne sont pas maîtrisés. "Pour les effluents de boues de types STO 2, l'ASN est opposé à l'utlisation du bitume. Il existe des procédés de séchage par laser, nous regrettons qu'Areva ne s'engage pas dans ces projets", a déploré l'ASN. "Et du côté des polymères avec de la pierre?" lance Claude Birraux. "Areva a proposé des choses mais ces solutions risquent de ne pas être acceptées par l'ASN", a répondu l'autorité.

Ana Lutzky

Classement des déchets selon leur radioactivité

Selon l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique (AIEA), les déchets qui ont un très faible impact sanitaire potentiel (inférieur à 0,01 mSv/an) ne sont pas soumis à la réglementation nucléaire. Pour les autres déchets nucléaires, ils sont classés selon deux critères :
Le niveau d'activité, mesuré en Becquerel. Aussi appelée activité, on en distingue quatre : la haute activité (HA), la moyenne activité (MA), la faible activité (FA) et la très faible activité (TFA).
La période radioactive. Également appelée demi-vie, la période radioactive indique le temps qu'il faudra au déchet pour perdre la moitié de son activité. La plupart sont classés en deux catégories : ceux à vie courte (inférieure à 30 ans) et ceux à vie longue (supérieure à 30 ans). On considère pour les déchets à vie courte que leur activité est fortement réduite au bout de 10 périodes, soit 300 ans. Il existe aussi des déchets, utilisé notamment en médicine, à vie très courte (inférieure à 100 jours). Leur activité devient très faible au bout d'un temps réduit.

En tenant compte de ces deux critères, les déchets sont classés en cinq catégories :
1. Haute activité HA
2. Moyenne activité à vie longue MA-VL
3. Faible et moyenne activité à vie courte FMA-VC
4. Faible activité à vie longue FA-VL
5. Très faible activité TFA

Lire aussi :
« EPR : l'industrie nucléaire ne sait pas quoi faire de ses déchets », le 02/02/2009

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