Sûreté, coût, avenir, fermeture… Quatre questions pour comprendre la fermeture de Fessenheim

La centrale de Fessenheim aura traversé le quinquennat comme un fil rouge. A quelques semaines de la fin de son mandat, François Hollande n’a jamais été aussi prêt de parvenir à la fermer, alors que le conseil d’administration d’EDF vient d'accepter l’indemnisation proposé par le gouvernement ouvrant la porte à une mise à l'arrêt. Quatre questions pour comprendre les enjeux autour de la fermeture de Fessenheim

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Sûreté, coût, avenir, fermeture… Quatre questions pour comprendre la fermeture de Fessenheim

La centrale de Fessenheim est-elle dangereuse ?

En mars 2011, la centrale de Fukushima connaissait un accident catastrophique. C’est dans la foulée de cet événement que le parti socialiste via Martine Aubry et EELV via Cécile Duflot signeront un accord électoral visant à s’attaquer au nucléaire en France. Un des objectifs est de fermer les deux réacteurs de Fessenheim (Haut-Rhin), la centrale la plus ancienne de France mise en service en 1977. François Hollande en fera une promesse de campagne arguant que la centrale est vétuste et dangereuse.

La centrale de Fessenheim présente en effet un environnement particulier. Elle est située en zone sismique. Ce n’est pas un risque en soi mais cela pourrait l’être si un séisme affaiblissait les digues autour du site et permettait à l’eau du Rhin de noyer la centrale. En 2014, EDF a mené une étude concluant à l’impossibilité de ce scénario même avec un séisme d’une magnitude de 8,2, soit largement supérieur au séisme le plus puissant enregistré de 6,5 en 1352. Mais cet argument n’a jamais convaincu ni le gouvernement, ni les antinucléaires.

Pour ce qui est des installations en tant que telles, le juge de paix en la matière est l’Autorité de Sureté Nucléaire (ASN) qui publie chaque année un état du lieu du parc français. Dans son rapport de mai 2016, l’autorité a établi que trois centrales se démarquent en France par un haut niveau de sûreté nucléaire : Penly (Seine-Maritime), Saint-Laurent-des-eaux (Loir-et-Cher) et… Fessenheim (Haut-Rhin). Mais à l’été 2016, la centrale alsacienne a été touchée par le défaut générique découvert sur les générateurs de vapeurs d’une partie d’une partie du parc nucléaire. Des taux trop élevés de carbone ont été trouvés dans l’acier. Cela a conduit à la mise à l’arrêt de 12 réacteurs dont 9 ont redémarré. Le cas le plus grave porte sur le réacteur numéro 2 de Fessenheim qui est à l'arrêt depuis juin 2016 ,et l'ASN va demander d’EDF de lourdes démonstrations de sûreté pour redémarrer.

Combien coûte la fermeture de Fessenheim ?

Les réacteurs de Fessenheim sont des outils très rentables pour EDF. La centrale rapporte environ 300 millions d’euros par an, en prenant en compte ses coûts de fonctionnement. EDF doit actuellement investir plusieurs dizaines de millions d’euros dans l’amélioration de la sûreté en vue d’une éventuelle prolongation de la durée de vie au-delà de 40 ans et pour mettre en place les mesures post-Fukushima, imposées par l’ASN. Une mise à l’arrêt de la centrale pour des raisons qui ne tiennent pas à la sûreté a ouvert le droit pour EDF d’obtenir une indemnisation du gouvernement. Des négociations longues et difficiles ont été ouvertes entre le ministère de l’Environnement et EDF. Selon Ségolène Royal, une indemnisation de 80 à 100 millions d’euros suffit. Un rapport parlementaire réalisé par les députés Marc Goua (PS) et Hervé Mariton (LR) en septembre 2014 concluait à une indemnisation de 4 milliards d’euros.

Un compromis a finalement été atteint en août 2016. L’indemnisation doit couvrir le manque à gagner d’EDF sur les années d’exploitation perdues, sur les coûts de reconversion du personnel (2000 emplois directs et indirects), le remboursement des partenaires allemands et suisses d’EDF (EnBW et CNP), etc. Concrètement, l’indemnisation validée par le conseil d’administration d’EDF porte sur une part fixe de 490 millions d’euros versée en 2019 et 2021 et une part variable à calculer sur la période 2021-2041. Selon Ségolène Royal, "La décision prise (d’accepter cette indemnisation) permettra à EDF d’économiser les investissements qui auraient été nécessaires à la prolongation de la centrale et ainsi d’allouer prioritairement ses investissements sur ses grands projets industriels (hydroélectricité, autres énergies renouvelables, chantier de l’EPR de Flamanville 3, grand carénage, projets à l’export)".

Quand fermera Fessenheim ?

François Hollande avait promis la fermeture de la centrale de Fessenheim à la fin de l’année 2016. Mais il est apparu très tôt dans le quinquennat que cette promesse ne serait pas tenable. Elle est désormais attendue pour la fin de l’année 2018 lorsque l’EPR de Flamanville (Manche) démarrera. Ceci permet de se conformer à la loi de transition énergétique qui prévoit un plafonnement de la puissance nucléaire installée à sa puissance actuelle, soit 63,1 GW.

Pour cela, EDF doit déposer une demande d'abrogation de l'autorisation d'exploiter Fessenheim. Cette opération devra à nouveau faire l’objet d’un vote à une date qui reste à définir. Ensuite, le gouvernement pourra publier le décret d’abrogation de l’autorisation d’exploiter de la centrale alsacienne. Le ministère de l’Environnement veut que cette opération soit réalisée avant l’élection présidentielle en avril et mai prochain. Cependant, en cas d’alternance politique, François Fillon (candidat Les Républicains) a déjà annoncé qu’il reviendrait sur cette fermeture.

Que va devenir le site de la centrale ?

Si la centrale est effectivement mise à l’arrêt, les opérations de démantèlement vont durer plusieurs décennies. Ce chantier pourrait devenir exemplaire pour le démantèlement à venir du parc français et mondial. Le démantèlement d'une centrale demande moins de main d’œuvre que son exploitation, mais cette nouvelle activité permettrait "la mise en place d’une filière industrielle de démantèlement, sachant que 400 centrales dans le monde devront être démantelées dans les prochaines années, en liaison avec l’Université de Strasbourg", précise Ségolène Royal.

Son autre ambition est de faire de Fessenheim un bassin industriel pour la voiture électrique. Elle évoque deux pistes : la création d’une usine franco-allemande de batteries de nouvelle génération et la candidature du territoire pour l’implantation d’une usine Tesla de véhicules électriques. Ces idées remontent à avril, date à laquelle la ministre assure s’être entretenue avec le ministre allemand de l’énergie et avec les équipes d’Elon Musk, le fondateur de Tesla.

1 Commentaire

Sûreté, coût, avenir, fermeture… Quatre questions pour comprendre la fermeture de Fessenheim

Lucien Jenny
28/01/2017 10h:33

Rentabilité de Fessenheim, j'en doute fort ! Comment, avec entre 1,5 et 2 % de la production d'électricité en France peut-on générer 1/4 du bénéfice d'EDF ? Production de FSH 1 et 2 en moyenne sur 15 ans : 10,5 TWH sur environ 540 TWH produits. Bénéfice comptable 2016 d'EDF: 1187 millions d'€ La question a été mainte fois posée, sans réponse à ce jour.

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