L'Usine Santé

Sunrise, le projet qui effraie les salariés de Sanofi

Gaëlle Fleitour , , ,

Publié le

Exclusif Selon le cabinet de conseil Syndex, qui représente les syndicats de Sanofi, le groupe pharmaceutique se prépare à lancer un vaste projet d’externalisation de sa recherche, qui inclut la création de start-up dédiées.

Sunrise, le projet qui effraie les salariés de Sanofi © D.R.

C’est un comité central d’entreprise mouvementé, qui s’est tenu le 9 janvier dernier, entre la direction et les représentants du personnel de Sanofi. Abordé lors de ces échanges, le projet au cœur de la réorganisation de la R&D entamée par Chris Viehbacher, le PDG, à son arrivée en  2009. Nom de code : Sunrise.  C’est le cabinet d’expertise Syndex, qui accompagne les représentants des salariés dans leurs négociations avec la direction suite à l’annonce d’un nouveau  plan de restructuration en France en juillet 2012, qui l’a révélé dans un rapport remis aux syndicats. L’Usine Nouvelle a pu en prendre connaissance.

Problème, le projet Sunrise, à  mi-chemin entre véhicule d’investissement scientifique et outil de recherche externalisé, "est totalement absent des informations transmises aux représentants du personnel en général et dans le présent projet de réorganisation en particulier", écrit Syndex.  De quoi inquiéter légitimement les syndicats.

Des partenaires académiques ou pharma, et des fonds d’investissements

Dans les grandes lignes, Sunrise vise à créer de petites structures de recherche (aux formes juridiques variables) dédiées à un projet donné, aux côtés de fonds d’investissements et de partenaires académiques ou pharmaceutiques, afin de collaborer avec une meilleure gouvernance. Il permettrait ainsi de concilier des intérêts divergents : le partenaire financier ne s’intéresserait au produit que pour le retour sur investissement, tandis que "Sanofi a comme enjeu fondamental d’avoir, à terme, des produits à développer et à commercialiser. Si Sanofi n’était pas intéressé par un projet qui émergerait de ce type de collaboration, les entités créées auraient la possibilité de créer de la valeur à l’extérieur", souligne le rapport.

Pourquoi pas. Mais d’après Syndex, Sunrise viserait surtout à réduire de façon significative les frais fixes de recherche en interne et réinvestir une partie de ces économies dans des collaborations de recherche très en amont et à l’extérieur, comme l’avait souhaité Elias Zehrouni, le patron R&D de Sanofi. Dans un groupe dont la recherche était réputée pour travailler en vase clos, il améliorerait ainsi la flexibilité et l’allocation de ressource, dans une logique de partage de risque et des coûts avec les partenaires. Et, in fine, améliorerait la rentabilité des capitaux investis en recherche, tout en offrant une approche entrepreneuriale en interne.

Sur le papier, cette démarche proactive semble intéressante surtout dans la période de mutation qui s’ouvre pour l’industrie pharmaceutique, et alors que Sanofi avait pris avec un train de retard sur plusieurs de ses concurrents sur la voie de "l’open innovation".

Les syndicats craignent pour la recherche interne

Mais les syndicats s’inquiètent. "Malgré l’ambition d’impulser une nouvelle manière de faire de la recherche pour le groupe, beaucoup de questions restent en suspens sur la forme et les moyens alloués à cette transformation", estime Syndex. Ainsi, quelle sera la gouvernance de ces structures juridiques, et comment Sanofi pourra-t-il influer sur leur développement ? Sunrise sera-t-il rattaché à la R&D ou à la direction générale ? Quelles ressources lui seront allouées, et cela se fera-t-il au détriment de la recherche interne ? "Ce projet consiste à créer des start-up à l'extérieur avec le budget de la recherche interne", résume un syndicaliste.

Tenu secret en 2012, aucun effectif humain n’avait été dédié au projet. Sur le plan financier, le projet ne disposait pas de budget en 2012, et n’a toujours pas de fonds spécifique alloué. En 2013, un salarié devrait se charger de la gestion et quatre autres de rechercher des opportunités pour Sunrise. "S’il y a des opportunités, c’est l’enveloppe de coûts externes qui fera l’objet de réallocations, avec un montant d’environ 100 millions d’euros au total (environ 70% committed et 30% non committed )", précise Syndex. Le cabinet se demande si Sunrise ne nécessitera pas de dégager des économies ultérieures au sein de la R&D. Et surtout,  a-t-il vocation à se développer sur les écosystèmes français, notamment à Toulouse et Montpellier ?

Si les représentants de salariés s’alarment, c’est parce que Syndex s’attend à un développement massif de Sunrise pour répondre aux ambitions de la direction de Sanofi. Car les molécules externes devront alimenter le portefeuille pour parvenir à délivrer un objectif de plus de 5% de croissance du chiffre d’affaires à l’horizon 2015. "Les nouveaux candidats externes sont censés provenir à 50/50 entre l’outil Sunrise et les autres collaborations de recherche, après trois ans de deals", selon Syndex. Des entreprises auraient déjà été contactées, et des premières discussions entamées pour concrétiser Sunrise…

Gaëlle Fleitour

Warp Drive bio, la première start-up de Sunrise
Selon le rapport de Syndex, la première application de Sunrise a été la création de la société Warp Drive bio il y a un an, à partir des travaux d’un chercheur sur la caractérisation des cibles sur les produits naturels et la bibliothèque de souches de produits naturels de Sanofi à Francfort. Son capital est détenu à parts égales entre Sanofi et un fonds d’investissement, Third Rock (43,5% chacun), le solde étant réservé au personnel. Et les décisions de la start-up prises à l’unanimité. Selon Sanofi, le financement total du programme pour les cinq premières années pourrait atteindre jusqu’à 125 millions de dollars, dont un investissement en capital pouvant atteindre jusqu’à 75 millions. Sanofi donnera à Warp Drive Bio accès à sa bibliothèque de souches et son expertise des produits naturels et aura certains droits d’accès à la technologie et aux produits de Warp Drive Bio, à l’échelle mondiale. Selon Syndex, les partenaires se seraient donné un an, et 10 millions d’euros pour valider le concept, puis deux ans pour faire émerger les premiers candidats médicaments. Ce qui offre une "visibilité forte pour Sanofi sur les budgets déterminés à l’avance sur la période du projet", écrit le cabinet.

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