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Ce qu'il faut retenir de la conférence de presse de Carlos Ghosn

Simon Chodorge , , , ,

Publié le , mis à jour le 08/01/2020 À 17H04

Carlos Ghosn a donné une conférence de presse très attendue mercredi 8 janvier, quelques jours après sa fuite du Japon. L'ex-patron de Renault-Nissan a défendu son bilan face aux accusations de malversations financières et d'abus de confiance.

Ce qu'il faut retenir de la conférence de presse de Carlos Ghosn
Carlos Ghosn parle pour la première fois librement depuis son arrestation en novembre 2018.

Comment se justifie-t-il ? Mercredi 8 janvier, Carlos Ghosn a parlé pour la première fois depuis sa fuite du Japon. L’ex-patron de l’alliance Renault-Nissan a répondu aux accusations de malversations financières des procureurs japonais. L’homme d’affaires est également soupçonné d’être relié à plusieurs millions d’euros de dépenses indues chez le constructeur automobile français.

Première intervention en “vraie liberté” de Carlos Ghosn

La conférence de presse en anglais de Carlos Ghosn a débuté à 14 heures (heure de Paris) à Beyrouth (Liban). Une centaine de journalistes ont écouté le magnat de l’automobile avant une séance de question-réponse. Ce n’est pas tout à fait la première intervention du dirigeant depuis son arrestation en novembre 2018. En janvier 2019, il s’était exprimé devant les juges japonais. Placé en liberté surveillée, il avait également dénoncé un complot de certains dirigeants de Nissan en avril 2019.

Cette fois, Carlos Ghosn s’est exprimé sans redouter de conséquences pour sa liberté surveillée. "Aujourd'hui il y a une vraie liberté, je pense qu'il va l'utiliser cette liberté”, a déclaré son avocat français, Jean-Yves Le Borgne, sur BFM Business le 8 janvier. Le fugitif a notamment donné pour la première fois le nom des cadres dirigeants de Nissan qu'il tient pour responsables d'un éventuel complot organisé contre lui.

"Le 19 novembre 2018, c'est comme si j'étais décédé"

Carlos Ghosn a débuté son intervention en rappelant ses conditions de détention au Japon. "Le 19 novembre 2018, c'est comme si j'étais décédé, a-t-il confié. Je ne savais pas si j'allais revoir les gens que j'aime. J'étais dans un système que je ne connais pas. C'est comme si j'étais mort. Vous vous anesthésiez, c'est votre façon de survivre. Quand j'ai vu que j'étais sorti, c'est comme si quelque part, je revenais à la vie."

“Grâce à la fuite systématique d’informations fausses et transformées, et en étouffant des informations de nature à me disculper, j’ai été détenu et présumé coupable aux yeux du monde”, a dénoncé le dirigeant en pointant du doigt le complot de "directeurs de Nissan, de nombreux complices et des procureurs japonais”. "Je faisais face à un système où le taux d’inculpation est de 99,4 %", a-t-il ajouté, en écho aux critiques sur le système judiciaire japonais.

Carlos Ghosn accuse l'ancien patron de Nissan

“Qui a participé à ce complot ? [Hiroto] Saikawa”, a accusé Carlos Ghosn. Soit l’ancien directeur général de Nissan. Ce dernier a été contraint de démissionner en septembre 2019 après la révélation d’une rétribution indue. Carlos Ghosn a également nommé Hari Nada, ancien vice-président chez Nissan qui a contribué à la chute de l’homme d’affaires. Carlos Ghosn estime que le complot orienté contre lui a pu bénéficier de soutiens au sein du gouvernement japonais. Le dirigeant n’a pas voulu les noms de personnalités politiques japonaises, "pour ne pas nuire au Liban".

Soupçonné de malversations financières et d'abus de confiance par Nissan, Carlos Ghosn a une nouvelle fois argumenté que toutes ses dépenses étaient validées par l'entreprise. "C'est une ligne dans le budget", a assuré le dirigeant en projetant des documents signés de sa main et de plusieurs cadres dirigeants de Nissan.

Carlos Ghosn fustige les mauvaises performances de Renault

Carlos Ghosn s’est aussi penché sur le volet français de l’affaire. En juin, Renault avait épinglé 11 millions d’euros de dépenses suspectes attribuées à l’ancien PDG. “J’ai une explication”, a assuré Carlos Ghosn tout en fustigeant les mauvaises performances de la marque. “Je vous Renault s'effondrer alors que le marché automobile est en croissance de 12 %. Les seuls entreprises automobiles qui ont baissé en capitalisation boursière sont Renault, Nissan et Mitsubishi. [...] Où est l’avenir de la marque ?”, s’est interrogé l’ancien patron du groupe français.

"La valorisation de Renault a baissé, depuis mon arrestation, de plus de 5 milliards d'euros, ce qui signifie 20 millions d'euros par jour", a regretté Carlos Ghosn. Côté Nissan, la valorisation aurait diminué de 10 milliards de dollars depuis novembre 2018 selon lui, soit 40 millions de dollars par jour. 

Carlos Ghosn a ajouté qu’il n’avait pas démissionné de Renault mais qu’il s’était “retiré”, et qu’il comptait bien faire valoir ses droits. En avril 2019, le conseil d’administration de l’entreprise avait effectivement décidé de supprimer la retraite chapeau du dirigeant. Ce dernier n’a toutefois pas indiqué s’il souhaitait porter plainte.  

"Il n'y a plus d'alliance Renault-Nissan"

L’ancien homme fort de l’alliance Renault-Nissan a aussi défendu son bilan, dressant un portrait peu flatteur du partenariat actuel : “En 2017, l’alliance était le premier groupe automobile au monde, [...] avec une vision claire pour l’avenir et une stratégie audacieuse. [...] Aujourd’hui, quand on regarde la situation, il n’y a plus d’alliance.” Carlos Ghosn a rappelé le projet qu'il souhaitait mener avant son arrestation : renforcer l'intégration de Renault et Nissan sans fusion mais avec des comités exécutifs différents mais un seul conseil d'administration et un seul président.

Carlos Ghosn a aussi appuyé sur un point sensible à la fin de son intervention : l'échec du projet de rapprochement entre Renault et Fiat-Chrysler Automobiles (FCA). “Je négociais pour que Fiat-Chrysler nous rejoigne”, révèle-t-il alors que le plan de rapprochement avait été officialisé au printemps 2019, lors de sa liberté surveillée et après sa démission de Renault. Le chantier était mené alors par Jean-Dominique Senard, président de Renault. “Ils ont raté un objectif qu’ils ne pouvaient pas rater. [...] Comment ont-ils pu échouer sur ce front là ?”, s'est exclamé Carlos Ghosn. FCA s'est rapproché depuis de PSA, rival de Renault, et les deux groupes ont signé un accord engageant de rapprochement en décembre 2019.

L'ancien patron a également critiqué les méthodes de ses successeurs, sans nommer clairement le nouveau président de Renault. "Il semble que toutes les décisions soient prises par consensus, a-t-il jugé. J'ai géré ces entités pendant 17 ans, je peux vous dire que le consensus ne fonctionne pas, il faut forcer les gens pour avoir des synergies". Une référence à la gouvernance de Jean-Dominique Senard, qui veut redoubler de diplomatie avec le camp japonais pour restaurer l'alliance Renault-Nissan ?

L'ex-PDG va-t-il rester au Liban ?

Carlos Ghosn envisage-t-il de retourner en France ? "Je serais prêt à me présenter à un procès n’importe où, pour autant qu’il soit équitable", a-t-il assuré lors du moment question-réponse. L’ex-PDG a toutefois rappelé l’existence d’une notice rouge émise par Interpol à son égard.“Les juristes me disent qu’on peut combattre cela, a-t-il déclaré. “Je ne me considère pas comme un prisonnier au Liban. [...] Je suis prêt à y séjourner longtemps”, a-t-il ajouté en restant discret sur son avenir professionnel.

Le dirigeant s’est gardé de faire des reproches au gouvernement français et n’a pas souhaité dire s’il se sentait abandonné. "Je ne me prononce pas pour l’instant. J’espère que ce n’est pas le cas, a-t-il simplement déclaré. Je suis un citoyen français comme les autres. Je ne demande pas à être au-dessus de qui que ce soit mais je ne demande pas à être en-dessous.”

Carlos Ghosn a toutefois semblé critiquer le président français Emmanuel Macron pour son rôle en tant que ministre de l'Économie en 2015, lorsque l'État français a augmenté sa participation dans Renault, détrônant Nissan à la place de premier actionnaire. "Cela a laissé une grande amertume au sein du management de Nissan et du gouvernement japonais, a déploré Carlos Ghosn. C'est là que les problèmes ont commencé."

 

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2 commentaires

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15/01/2020 - 07h50 -

A la lecture du livre de Matthieu SUC , Renault nid d'espions, il y a lieu de penser que Goshn n'était pas celui que l'on croyait ...un peu comme Kermitt et les 40 voleurs .
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09/01/2020 - 09h05 -

C'est quand même cocasse que ce type qui se prétendait citoyen du monde puisse venir se plaindre à qui veut l'entendre de la justice d'un pays dont jusqu'alors il savait parfaitement tirer des richesses ? On comprend mieux aussi les raisons l'ayant poussé a refuser le poste de directeur de Général Moteurs, qui aurait pu mettre en lumière les petits arrangements à la Française de ce Capitaine de Flibuste ? La mondialisation montre une fois de plus ses limites avec ses forbans multi-passeports pouvant en toute impunité bafouer les lois de tous les pays !....Et en plus bénéficier d' une tribune internationale, lui permettant de détourner la vérité des accusations pour sa vérité qu'on qualifierait pour d'autres de fake new ! Voilà ce qu'on récolte après autant d'inconséquences politiques, qui rappelle les débuts du plus jeune Premier Ministre, de l'époque Mitterrand ! Autant de présomptions, autant de catastrophes actuelles et à venir ? Pauvre France !
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14/01/2020 - 11h05 -

Désolé commentaire nul...Quel bénéfice a tiré la fameuse "Tribune international" qui est venu à lui et pas le contraire ? Ou est le principe de réalité...et pas les parlottes moralisantes du genre "pauvre France" ? Es-t’il faux que selon ce principe, que les deux entreprises vont mal? Si M.Carlos Goshn peut tomber sous le coup dans dans la loi française d'éventuels "abus de biens sociaux", les deux entreprises tirent-elles un bénéfice quelconque de ce fait divers ? C'est tout le contraire...et c'est encore le factuel qui nous réveil,à savoir, chez Nissan à peine arrivé un nouveau PDG est déjà démissionnaire ! Le supposé "nouveau" PDG de Renault n'a rien ait, il a juste démissionné de son ancien poste. Une page se tourne et M.Gosh est désormais un retraité (justiciable ou non) à l’étranger...et son influence est désormais nulle une fois cette page tournée !!
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