Suicide d'un salarié à Renault Cléon, la direction accusée de "chantage" et de "pressions"

Un salarié de Renault s'est suicidé dans la nuit de dimanche à lundi sur son lieu de travail à l'usine de Cléon (Seine-Maritime). Dans une lettre adressée à la direction, il dénonce les mauvaises pratiques du groupe. D'après un syndicaliste, ce salarié avait fait "l'objet de pressions" pour avoir "pris activement part aux grèves contre le projet d'accord compétitivité-emploi cet hiver".

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Suicide d'un salarié à Renault Cléon, la direction accusée de

Renault a-t-il voulu passer en force son accord compétitivité ? C'est la question que soulève la disparition tragique d'un salarié du site de Cléon (Seine-Maritime), qui s'est suicidé dans la nuit de dimanche à lundi sur son lieu de travail. Dans un courrier adressé à la direction, il dénonce en effet les menaces dont il a fait l'objet suite à son opposition au projet d'accord-compétitivité emploi

Père de deux enfants, ce mécanicien de 35 ans embauché en 2000 à Cléon et qui travaillait de nuit a été retrouvé pendu lundi 22 avril au petit matin sur le site, a indiqué à l'AFP Pascal Le Manach, délégué syndical CGT. "Il a laissé sur place deux lettres, une pour sa famille et l'autre à l'attention de la direction, dans laquelle il dénonce les pressions", a t-il précisé.

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"Ne pas protester sinon gare"

Dans le deuxième courrier, l'ouvrier a écrit toujours selon cette source : "merci Renault. Merci ces années de pression, chantage au nuit. Où le droit de grève n'existe pas. Ne pas protester sinon gare. La peur, l'incertitude de l'avenir sont de bonne guerre, paraît-il ? Tu expliqueras ça à mes filles, Carlos", en référence à Carlos Ghosn, le PDG du groupe Renault-Nissan.

D'après Pascal Le Manach, le salarié, "non syndiqué", faisait en effet "l'objet de pressions de la direction depuis qu'il avait pris activement part aux grèves contre le projet d'accord compétitivité-emploi cet hiver". Il explique que la direction avait été jusqu'à le menacer "de le faire redescendre en équipe (de jour), avec une perte financière très importante à la clé". La différence peut être de l'ordre de 700 euros par mois, explique un autre syndicaliste CGT interrogé par le journal Le Monde.

Enquête en cours sur les causes de ce suicide

Le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) du site de Cléon, qui a mis en place une cellule psychologique, va chercher à identifier les facteurs ayant conduit à ce passage à l'acte. De son côté, le parquet de Rouen, qui a confirmé la découverte de deux lettres, a précisé à l'AFP avoir ouvert une enquête en "recherche des causes de la mort" à la suite de ce suicide survenu "sur le lieu de travail et pendant les heures de travail".

Le site de Renault-Cléon, spécialisé dans la fabrication de moteurs et de boîtes de vitesse, emploie quelque 4000 salariés. L'ambiance qualifiée par la CGT de "plus en plus difficile", notamment depuis la mise en place de l'accord compétitivité-emploi.

Un programme de prévention depuis les suicides au Technocentre

Cet épisode relance les questions sur la souffrance au travail et les risques psycho-sociaux en entreprise. Il n'est pas non plus sans rappeler les événements survenus fin 2006 et début 2007 chez Renault. Trois salariés du Technocentre de Guyancourt (Yvelines) s'étaient suicidés sur le lieu de travail. Le groupe avait été condamné pour "faute inexcusable" pour deux de ces suicides, la justice estimant que Renault n'avait pas pris les mesures nécessaires pour protéger ses employés.

Plus récemment, au centre technique de Lardy (Essonne), un salarié avait fait une tentative de suicide sur son lieu de travail. Si cet événement, survenu le 26 mars dernier, ne pouvait pas - dans l'attente des résultats de l'enquête du CHSCT - être relié directement à des mauvaises pratiques du groupe, la CGT reproche à la direction l'insuffisance de prévention de la part de la direction, malgré la mise en place depuis les événements du Technocentre d'un programme de "détection et d’accompagnement des personnes en difficulté".

Julien Bonnet

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