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STX France, un futur européen

Olivier Cognasse

Publié le

STX France, un futur européen
L’État privilégiera une reprise à vocation industrielle du fleuron naval français.

Les entreprises citées

Qui remportera la mise ? Le gouvernement a promis qu’il serait vigilant sur le choix du repreneur des chantiers navals de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). La vente de la participation majoritaire du coréen STX Offshore & Shipbuilding, lourdement endetté, doit avoir lieu avant la fin de l’année. Sous la pression des banques, STX a décidé de vendre ses deux grands actifs européens : les chantiers de Turku, en Finlande, cédés à l’allemand Meyer Werft, et ceux de Saint-Nazaire, qu’il avait repris en 2008. Cette vente séparée des chantiers européens était la seule chance pour les créanciers de STX de récupérer un peu de liquidités. La filiale française, bénéficiaire, affiche un carnet de commandes rempli pour les dix ans à venir. En Corée du Sud, STX tente de se « donner un visage avenant. Un accord avec le personnel pour une modération salariale et une réduction des avantages sociaux a été signé il y a quelques jours », explique Boris Fedorovsky, conseiller technique et économique au Groupement des industries de construction et activités navales (Gican). Mais, pour convaincre un repreneur, « l’État coréen sera sans doute obligé de faire un chèque », prévient un consultant.

À Saint-Nazaire, l’inquiétude persiste parmi les 6 000 employés des chantiers et de leurs sous-traitants. « La France souhaite que soit privilégié un repreneur avec une vocation industrielle », a assuré Christophe Sirugue, le secrétaire d’État chargé de l’Industrie, devant la commission des Affaires économiques du Sénat. « À ma connaissance, il y a quatre offres, dont deux avec une vocation industrielle », a-t-il précisé. Selon plusieurs sources, ces deux offres sont celles de ­l’italien Fincantieri et du néerlandais Damen [lire l’encadré ­ci-dessous]. L’idée d’une solution franco-­française associant un industriel à l’État, qui détient 33 % du capital, soit la minorité de blocage, semble désormais abandonnée. « Le gouvernement ne souhaite pas nationaliser STX France et la montée au capital de DCNS reviendrait à acter cette ­solution, dans la mesure où l’État en est l’actionnaire principal », prévient une source proche du dossier. DCNS, le spécialiste du naval militaire, connaît bien les chantiers nazairiens qui travaillent pour lui sur certaines commandes, comme ce fut le cas pour les fameux BPC russes, devenus égyptiens.

Damen et Fincantieri en position de favoris

« Il nous manque deux atouts : la connaissance du marché de la croisière et la capacité à financer les énormes variations de cash liées à ce marché », avait expliqué, le 12 octobre, Hervé Guillou, le PDG de DCNS. Il semble donc plus que vraisemblable que DCNS participe au tour de table avec une participation mineure au côté du futur repreneur majoritaire. Le gouvernement surveille l’évolution du dossier. Le dispositif Montebourg sur les investissements étrangers en France lui assure un droit de regard sur le futur acquéreur. « La prise de contrôle de deux tiers du capital de STX tombe sous le coup de ce décret au titre des investissements étrangers. Mais c’était déjà le cas dans le passé, car ce secteur est considéré comme stratégique pour la France, d’autant plus qu’il intègre des activités militaires, confie une source proche du dossier. C’était déjà le cas en 2008, quand STX a racheté les chantiers de Saint-Nazaire à Aker Yards. » Cette réglementation s’applique pour tous les investisseurs, qu’ils soient ou non originaires de l’Union européenne. Le futur acquéreur devra obtenir le feu vert du ministère de l’Économie.

Le repreneur devra vraisemblablement présenter des garanties sur le maintien de la R & D et de la construction en France et sur l’absence de transferts technologiques. « Des obligations qui n’ont pas empêché General Electric de supprimer 700 emplois depuis le rachat des activités énergie d’Alstom, malgré les promesses de l’époque », prévient Nathalie Durand-Prinborgne, la secrétaire de la section Force ouvrière (FO) de STX France. Outre les deux candidats européens à la reprise, plusieurs industriels asiatiques regardent le dossier. La piste la plus sérieuse mène à Genting Hong Kong, un groupe spécialisé dans le tourisme (croisières, hôtels…) qui possède déjà quatre chantiers navals en Allemagne. FO ne se montre pas plus favorable aux uns qu’aux autres. « Fincantieri est détenu à 70 % par l’État italien et a déjà commencé des transferts technologiques en Chine. Quant à Damen, il n’est pas en situation financière extrêmement favorable », juge Nathalie Durand-Prinborgne. « Damen est un assemblage de petits et moyens chantiers acquis au fil des ans depuis quarante ans », rappelle Boris Fedorovsky.

Les dossiers de Damen et Fincantieri semblent les mieux placés du côté du gouvernement et de DCNS. Hervé Guillou rappelait récemment qu’il existe des « synergies naturelles » entre DCNS et l’italien Fincantieri, avec lequel son groupe a déjà travaillé, notamment sur les programmes des frégates Horizon et Fremm. Et il a ajouté qu’il pensait pouvoir travailler avec Damen sur certains autres segments de son marché. Selon certaines sources proches du dossier, il semble que l’État et DCNS ont décidé de privilégier la solution ­Fincantieri. 

Trois européens et un asiatique sur les rangs

Damen (Pays-Bas) L’entreprise familiale créée en 1927 a réalisé un chiffre d’affaires de 2,1 milliards d’euros en 2015 avec 32 chantiers dans le monde. Il a déjà racheté deux petits chantiers français en 2012, Sobrena à Brest et Arno à Dunkerque. Damen emploie 9 000 personnes. STX lui offrira son savoir-faire dans les paquebots.

Fincantieri (Italie) Majoritairement détenu par l’État italien via la Caisse des dépôts, le constructeur naval civil et militaire a réalisé un chiffre d’affaires de 4,183 milliards d’euros en 2015, dont la moitié pour les paquebots. Il emploie plus de 20 000 personnes sur une vingtaine de chantiers. Mais il n’a pas les capacités industrielles pour fabriquer les plus grands navires. D’où son intérêt pour STX France.

DCNS (France) L’industriel français détenu majoritairement par l’État n’a pas vocation à prendre une part importante du capital de STX France, mais il pourrait s’allier à l’un des deux candidats européens. DCNS réalise 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires avec un effectif de 13 000 personnes. Il est déjà habitué à travailler avec STX.

Genting Hong Kong (Chine) Parmi les candidatures asiatiques, celle de Genting Hong Kong est sans aucun doute la plus sérieuse. En 2015, ce groupe spécialisé dans le tourisme (croisières, hôtels) a repris le chantier allemand Lloyd Werft Bremerhaven GmbH, avant de racheter Wismar, Warnemünde et Stralsund. 

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