STRESS : ANTIDOTE

L'anxiété est le " mal de l'époque ", nous dit " Le Nouvel Observateur ". La faute à une société " de plus en plus cruelle ? ", s'interroge le magazine. Le monde du travail n'est pas à l'abri. Puisque positions acquises et certitudes n'existent pratiqueme

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Il est prof au lycée, adoré par ses élèves, apprécié de sa direction. Le proviseur, croyant lui faire plaisir, a de son propre chef concentré ses cours sur trois jours. Lui laissant ainsi tous ses lundis et mercredis libres ! De quoi faire rêver des millions de salariés, non ?
" Je hais mon emploi du temps ! ", rétorque l'enseignant. Ces trois journées hyperchargées sont stressantes à un point qu'il n'avait pas connu en vingt ans de carrière. Habitué à se donner à fond pour chacun de ses cours, le voilà vidé à l'attaque de la septième heure du vendredi. Il ne voit pas sa journée passer. A l'impression de ne plus pouvoir souffler. N'est plus " disponible " pour répondre au besoin d'attention de tel ou tel élève, comme lorsqu'il avait des temps morts coincés entre deux heures. Alors, il a choisi de venir au lycée le lundi. Pour préparer un cours, corriger des copies, rencontrer et discuter avec un collègue ou... s'entretenir avec un élève (que dirait l'inspecteur du travail s'il avait voix au chapitre ?)
Les 35 heures ont changé la vie des cadres. Les dix, douze voire quinze jours de RTT obtenus ont modifié l'équilibre vie professionnelle/vie privée au profit de la seconde. Merci Lionel ! Et louée soit Martine. Le prix à payer - les cadres s'en plaignent - c'est la chasse aux temps morts, avec à la clé des journées de travail où il faut bien souvent faire en " 35 heures " ce que l'on faisait avant en " 39 heures ". Pression des clients, concurrence internationale exacerbée, commandes en baisse depuis plus d'un an : la pression s'est faite plus forte qu'avant. Tout comme notre professeur de lycée, nos entreprises n'ont ni pu ni voulu réduire leurs exigences.
" Les conditions de travail se dégradent (...) La violence intrinsèque à l'organisation reste un tabou (...) Les effets pervers de l'organisation du travail... (1) ", les articles dénonciateurs font florès, sensés venir au secours d'individus fragilisés. Alors bien sûr, avec le temps, on peut espérer que les " chefs " réduiront la surcharge de travail, reverront leurs attentes à la baisse, fixeront des échéances plus réalistes. Ou, au moins, adopteront des stratégies et des buts plus clairs. Dans certaines entreprises, on y arrive. Dans d'autres, le " réalisme " consiste à délocaliser, ce que d'aucuns n'hésitent pas condamner sans se poser la question de fond : " à qui la faute ? "
Quant à nous, nous avons cette semaine tenté, avec nos 16 pages d'enquête, de vous donner les moyens de mieux vous armer pour faire face à la pression. Bref, de vous aider à vous prendre en charge encore mieux. Les territoires sont en général connus : sommeil, alimentation, moral, récupération, sport... Déjà en 1760, dans son livre " La Santé des gens de lettres ", l'abbé Tissot conseillait " de faire un peu plus de sport et des pauses dans son travail ". Il serait néanmoins osé de prétendre que depuis 250 ans, les milliers d'experts, psys et coachs qui travaillent le sujet n'ont rien à nous apprendre... Mais, comme toujours, tout est affaire de mise en oeuvre.
Par Jean-Léon Vandoorne, directeur de la rédaction
(1) " Le Monde " du 11 février

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