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Stratégique, vraiment

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L’affaire Areva est sensible. Elle dépasse les intérêts de la filière atomique : l’accès à une électricité à prix compétitif compte autant pour l’industrie que l’accès au crédit.

Stratégique, vraiment © B. Martinez

Jusqu’ici, les critiques à l’endroit d’Areva – souvent excessives – étaient concentrées sur trois sujets : son EPR, trop cher et compliqué ; son endettement, trop élevé malgré la vente en juin dernier de la branche T & D ; enfin, son attitude, trop « perso » lors des compétitions internationales. C’était déjà pas mal pour un groupe qui n’est autre que le champion du monde du nucléaire. Autrement dit l’une des fiertés nationales. Depuis la prise d’otages, la semaine dernière au Niger, de cinq Français, d’un Togolais et d’un Malgache, salariés d’Areva et d’un de ses sous-traitants, l’inquiétude a changé d’échelle.

Inquiétude, évidemment, pour les otages. à l’heure où nous écrivons ces lignes, ils sont aux mains de ravisseurs inconnus et n’ont toujours pas été localisés. Inquiétude, plus prosaïque, pour l’approvisionnement de l’ex- Cogema. L’affaire est sensible, elle dépasse très largement les intérêts de la filière atomique : pour notre industrie, pour notre économie en général, l’accès à une électricité à prix compétitif compte autant, sinon plus, que l’accès au crédit. L’électricité d’origine nucléaire représente près de 80 % de notre consommation. Et Areva fournit à EDF 40 % de son uranium.

C’est dire l’importance, pour la France, de la sécurité des approvisionnements en combustible nucléaire. La prise d’otages d’Arlit, dans le nord du pays, nous rappelle que le Niger représente 30 à 35 % de l’uranium extrait par Areva… Un tiers, c’est beaucoup ! D’autant que deux autres pays, le Canada et le Kazakhstan, pèsent chacun environ un autre tiers de la fourniture. Le groupe d’Anne Lauvergeon se fournit ainsi, pour l’essentiel, dans trois pays. S’agissant d’une activité littéralement « stratégique », on peut s’interroger sur le dispositif de sécurité arrêté par Areva, l’état français et les pouvoirs publics nigériens. Quelques jours avant le kidnapping, le patron du contre-espionnage n’avait-il pas affirmé que la France était devenue « une cible » pour Al-Qaida au Maghreb islamique ?

 

L’enquête dira qui est responsable. Ou ne le dira jamais. Chez Areva, en tout cas, malgré les événements, on continue d’affirmer que le système de sécurité était « le bon » : 350 militaires et gendarmes nigériens pour surveiller le site, des milices privées (mais non-armées) pour protéger les domiciles des expatriés. En tout, 500 hommes. Les militaires auraient-ils pu faire plus ? « Nous n’avons pas autorité sur l’état nigérien », glisse un responsable du groupe français. « Qu’Areva ne rejette pas la responsabilité sur le gouvernement », prévient un porte-parole du Premier ministre nigérien. Cela n’a pas empêché un ancien responsable de la sécurité du groupe nucléaire, aujourd’hui à la retraite, d’estimer, lundi, que l’enlèvement aurait été impossible sans la complicité de certains soldats. Si vous êtes présents dans des pays aussi riches en ressources qu’exposés au terrorisme, cet épisode doit vous inciter à réfléchir.

 

Laurent Guez
Directeur de la rédaction

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1 commentaire

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22/09/2010 - 17h34 -

Même si l'article n'en fait pas état, il ne faudrait pas que ce soit une raison pour "jeter" Areva dans les bras d'EDF; Proglio rumine toujours sa stratégie pour mettre des bâtons dans les jambes de Lauvergeon et ce n'est pas pour ça qu'il deviendra "ingénieur ex-machina".
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