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L'Usine Santé

Stratégie : Le diabète chinois fait saliver les français

Gaëlle Fleitour

Publié le

Enquête Avec 25 % de croissance annuelle, le diabète en Chine est un marché où les Français ont une carte à jouer. Enquête sur les tribulations de ces industriels qui tentent d'y implanter leurs technologies.

Dans les rues de Shanghai et de Pékin, les fast-foods criards se fondent désormais dans le paysage. Changements alimentaires, allongement de l'espérance de vie, sédentarisation... Les Chinois se sont brutalement rapprochés du mode de vie occidental. Et de nos maux. Car dans ce pays au taux d'urbanisation en hausse, où près de 10% de la population est âgée de plus de 65 ans, où 100 millions de personnes sont obèses ou en surpoids, le diabète explose. Avec une croissance annuelle de 25% depuis cinq ans, il touche désormais près d'un Chinois sur dix. Un taux quasi identique à celui des États-Unis...

Traditionnellement portés aux nues, les bienfaits des plantes ne suffisent pas à enrayer une telle épidémie. Dans son programme national contre le diabète lancé en 2004, le gouvernement chinois a donc dû se résoudre à recourir à des médicaments occidentaux brevetés, comme les insulines récentes ou les analogues du GLP-1. Du pain bénit pour les big pharmas, qui se partagent à trois - Novo Nordisk, Sanofi et Lilly - 90 % du marché chinois de l'insuline et y multiplient investissements et partenariats public-privé. « Cette intervention thérapeutique est aujourd'hui trop centrée sur l'insuline. On gère encore l'urgence », regrette pourtant Jean-François Mouney, le patron de la biotech française Genfit. Selon lui, et selon de nombreux acteurs de l'Hexagone intervenant dans le secteur du diabète, il y a de la place en Chine pour des technologies complémentaires : imagerie médicale, biotechnologie, dispositifs médicaux, services d'ingénierie... Et même si investir le marché chinois est une véritable aventure, ceux qui se lancent ne le regrettent pas. Portrait de ces Français engagés à faire reculer le diabète en Chine.

 

CRÉER SA PROPRE INFRASTRUCTURE SUR PLACE

La Chine, il s'y rendait jusqu'alors pour rencontrer les fabricants des composants électroniques de ses produits servant au transport des médicaments fragiles. Mais Uwe Diegel, le dynamique patron de la start-up française MedActiv, lui-même diabétique, compte désormais s'adresser aux patients de l'empire du Milieu. Même si cela signifie diminuer le prix de ses trousses EasyBag, qui maintiennent l'insuline au frais pendant une semaine, juste avec l'eau froide du robinet. « D'ici à deux ans, nous serons en Chine et en Inde, les deux grands marchés du diabète, promet-il. Généralement, nous travaillons avec des distributeurs avant de nous implanter au bout d'un an ou deux, mais je commencerai directement par établir une filiale en Chine. C'est un pays que je connais très bien : mon épouse est chinoise ! » Un atout non négligeable... Ce n'est pas le seul. Son entreprise travaille déjà avec les grands de l'insuline. En Algérie, par exemple, à chaque fois qu'un diabétique achète l'insuline Lantus de Sanofi, il reçoit un sac de MedActiv. Uwe Diegel a déjà pris ses billets d'avion : cet été, il passera trois mois en Chine pour rencontrer ses sous-traitants et étudier le marché.

Chez Novasep, on voit aussi les choses en grand. Sur son site de Shanghai, les 50 employés de l'entreprise ne parvenaient plus à répondre à la demande d'industriels asiatiques de la santé, intéressés par ses procédés de purification moléculaire. Mais aussi par ses solutions - comme la chromatographie - permettant de réduire les coûts de production de l'insuline et de ses analogues. Le français a donc créé, toujours à Shanghai, une structure de 2 000 mètres carrés, dont 800 sont dédiés à l'innovation et au développement de procédés, grâce à des laboratoires, des zones de pilotage de procédés et de tests d'équipements.

 

TRAVAILLER AVEC DES DISTRIBUTEURS LOCAUX

Comme Novasep, Sebia est, pour le grand public, un acteur « invisible » du diabète. Ce francilien, spécialiste des tests d'électrophorèse capillaire - qui séparent et quantifient les protéines afin de diagnostiquer des pathologies - ne dispose que d'un bureau scientifique et technique en Chine. Un choix historique. « Durant très longtemps, la loi chinoise ne permettait pas aux étrangers d'exercer une activité directement », raconte Benoit Adelus, le PDG de Sebia. Depuis, les choses ont bien changé. La production de traitements innovants contre le diabète fait même partie des investissements étrangers « encouragés » par le gouvernement chinois ! Pourtant, Sebia n'envisage pas encore de changer de stratégie, même s'il réalise 6% de son chiffre d'affaires de 140 millions d'euros sur place. Pas encore... Car l'entreprise attend beaucoup de l'accueil que réservera la Chine à sa dernière innovation : une technique de séparation pour le dosage de l'HbA1c, le taux de glucose cible utilisé dans le suivi des diabétiques et le diagnostic de patients prédiabétiques. Elle est actuellement testée dans de prestigieux laboratoires de Shanghai afin d'obtenir le sésame de l'autorité sanitaire chinoise, la SFDA. Ensuite, Sebia pourra s'appuyer sur ses distributeurs locaux, bien implantés dans les provinces.

Dans les hôpitaux chinois, peu de chance de croiser un responsable commercial de Guerbet, autre acteur français clé du diagnostic. Depuis 2002, ce spécialiste des produits de contraste pour l'imagerie médicale a, lui aussi, chargé un distributeur chinois de convaincre les radiologues d'utiliser ses produits. L'approche culturelle a primé. « C'est important d'avoir un partenaire qui connaît très bien la culture et les habitudes de consommation du pays, capable de mettre en place des coopérations durables », justifie-t-on chez Guerbet. Le diabète pourrait d'ailleurs tirer la vente de ses produits en Chine. Dans les années à venir, l'utilisation de Xenetix (en rayons X) et de Dotarem (en IRM) pourrait concerner, dans 5 à 10% des cas, des examens d'imagerie liés aux conséquences cérébrales, cardiaques, vasculaires et rénales du diabète.

 

NOUER DES ALLIANCES AVEC DES ASIATIQUES

Si la big pharma française Sanofi a su se déployer toute seule en Chine, pour des acteurs en devenir du médicament, comme les biotechs, un coup de pouce est indispensable. Il peut parfois venir de laboratoires... asiatiques. Bien que le secteur pharmaceutique chinois soit encore très éclaté, la biotech lilloise Genfit a déjà eu des contacts avec certains d'entre eux, comme le numéro un local de l'insuline, Wanbang. « Les discussions reprendront sans doute quand notre produit, qui est encore en phase II d'étude clinique, aura été davantage évalué », confie Jean-François Mouney. Son traitement contre de graves complications liées au diabète devrait aussi permettre de cibler les facteurs de risque pour lutter contre son développement. Alors que l'industrie pharmaceutique estime à 148 millions le nombre de Chinois souffrant de syndromes prédiabétiques, on comprend qu'il fasse des envieux... Et pas seulement du côté des industriels chinois. Car le potentiel de ce marché fait aussi rêver leurs voisins, coréens ou japonais, prêts à commercialiser des traitements repris sous licence.

Dans l'Hexagone, d'autres sociétés, encore plus précoces, n'ont pas encore approché la Grande Muraille de Chine. Mais un aller-retour vers Pékin ne saurait tarder. C'est ainsi ce qui pourrait arriver à Lixoft, une start-up issue de l'Inria, qui a lancé en 2011 Monolix, un logiciel capable de simuler le devenir et l'effet d'un médicament dans l'organisme. Développé à partir de puissants algorithmes combinés à des statistiques complexes, il serait capable de produire des résultats fiables, comme des modèles de glucose insuline. En France, il a déjà été sollicité par plusieurs big pharmas, notamment dans des applications associées au diabète. « Monolix peut et va intéresser des clients en Chine. Il est déjà utilisé par certains chercheurs là-bas », précise Jérôme Khalifa, le PDG de Lixoft. Il ne s'agissait pas d'un projet lié au diabète ? Ce n'est sans doute qu'une question de temps...

UNE PATHOLOGIE LOURDE

90 millions de Chinois diabétiques en 2011, 130 millions en 2030 Un marché de 1,51 milliard de dollars en 2010 13% du budget chinois de la santé est consacré au diabète

 

Des médicaments sur mesure pour les Chinois

On ne traite pas un diabétique chinois comme un diabétique américain ! Un diagnostic étonnant, dû au fait que les différences génétiques des patients chinois, et plus généralement asiatiques, peuvent jouer un rôle dans le développement et la progression du diabète. Malheureusement pour eux, les Chinois auraient une plus haute prévalence d'obésité abdominale, de stéatose hépatique et de résistance à l'insuline que les diabétiques non-asiatiques. Ainsi qu'un indice de masse corporelle largement inférieur à celui des diabétiques américains. Plus résistants aux traitements occidentaux et généralement plus jeunes, les diabétiques chinois ont donc besoin de médicaments aux mécanismes d'action conçus pour eux. Dans le centre de R et D qu'il a inauguré fin mai à Shanghai, le laboratoire Lilly va travailler en partenariat avec les universités du pays pour étudier les traits spécifiques du diabète sur cette population.

TROIS BIG PHARMAS À LA CONQUÊTE DES DIABÉTIQUES CHINOIS

  • NOVO NORDISK

LE LEADER

Laboratoire danois spécialiste du diabète

Part de marché dans l'insuline en Chine : 60%

Usines en Chine : 2 C'est le premier à s'être implanté en Chine, dès 1994, et à avoir établi un centre de R et D à Pékin. Il a transféré du Danemark à Tianjin la production mondiale de son stylo à insuline. Cette année, il devrait ouvrir son site de production d'insuline destinée au marché chinois, avec un investissement de 400 millions de dollars. Mais Novo propose également des dispositifs médicaux et un analogue du GLP-1 humain.

  • LILLY

LE SPÉCIALISTE HISTORIQUE

Laboratoire américain dont le diabète représente 27 % de l'activité

Part de marché : NC

Usines : 2 S'il a été le premier laboratoire à produire industriellement de l'insuline, Lilly n'a pas été précurseur en Chine. Mais il multiplie les investissements. Outre son site de Suzhou, il devrait ouvrir cette année un centre de production, de conditionnement et d'entreposage d'insuline. Il a aussi inauguré en mai, à Shanghai, son centre de R et D sur le diabète, qui emploie près de 150 scientifiques et techniciens locaux.

  • SANOFI

LE CHALLENGER

Numéro un mondial de la pharmacie

Part de marché : NC

Usines : 1 Le diabète fait partie des cinq axes stratégiques du français Sanofi. Dans son usine de Pékin, il a investi 90 millions de dollars dans une ligne d'assemblage et de conditionnement de son stylo à insuline, inaugurée en mai, et dans une future ligne de production stérile de cartouches d'insuline (48 millions d'unités par an). Son projet ? Proposer bientôt aux Chinois des « solutions personnalisées », avec des lecteurs de glycémie, des services...

 

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