STOCKAGE-MANUTENTION : BNFUNE TRÈS GRANDE BIBLIOTHÈQUE... TRÈS TECHNOLOGIQUEInaugurée le 30 mars, mais ouverte au public fin 1996 au plus tôt, la Bibliothèque nationale de France a adopté des technologies de pointe.

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STOCKAGE-MANUTENTION : BNF

UNE TRÈS GRANDE BIBLIOTHÈQUE... TRÈS TECHNOLOGIQUE

Inaugurée le 30 mars, mais ouverte au public fin 1996 au plus tôt, la Bibliothèque nationale de France a adopté des technologies de pointe.



François Mitterrand devait inaugurer jeudi la Bibliothèque nationale de France, qui abritera, dans un premier temps, près de 12 millions de livres. Le bâtiment est vide d'ouvrages, mais déjà équipé de son système sophistiqué de manutention des documents et de son dispositif de conservation. Le système d'information est, lui, bien loin d'être achevé. "La partie mécanique du réseau d'acheminement des livres est terminée, ou peu s'en faut", indique Jacques Fajeau, directeur technique et commercial de Thyssen S2AG, chef de file de l'étude et de la réalisation du système de manutention. Les premiers tests commencent. Vers la fin de l'année, lorsque les stations seront aménagées, les tests en grandeur nature seront effectués. Le système sera utilisé au départ pour archiver les livres. Une moitié de la collection sera stockée dans le socle, l'autre dans les tours, qui conserveront un espace vide comblé progressivement. La bibliothèque pourra en effet accueillir jusqu'à 20millions d'ouvrages. Avec 8kilomètres de voies, le système de transport automatique des documents (TAD) ne cède en rien au gigantisme des lieux. Le réseau en double boucle relie les quatre tours, les stations d'archives et les salles de lecture. "Il a fallu insérer sa trajectoire dans le bâtiment en tenant compte des contraintes de cantonnement au feu, rappelle Michel Prinzie, de la direction des travaux d'équipement de la bibliothèque. Un exercice de conception pour lequel nous avons fait appel à Serete, société d'ingénierie." 450aiguillages permettent de desservir 151destinations, dont 120 magasins ou banques de salle. 400chariots feront la navette entre ces points, à la vitesse de 0,5kilomètre-heure, leurs livres enserrés dans une balancelle. Du jamais vu à cette échelle! Pour acheminer "physiquement" les ouvrages, il aurait fallu près de 200personnes, calcule Jacques Fajeau, directeur technique et commercial de Thyssen S2AG, chef de file de l'étude et de la réalisation du système de manutention. C'est dire si un système automatisé de transitique était indispensable! Pour obtenir un livre, deux types de demandes seront possibles. En différé par Minitel - la demande est alors traitée en temps masqué - ou sur place. Une demande est convertie en l'adresse informatique du livre recherché. En temps réel, le système informatique commence par vérifier si le livre est dans son rayon. Ensuite, une mission est créée qui précise l'ouvrage, la station à l'origine de la demande et celle chargée d'y répondre. Dans chaque poste de magasins, un opérateur, après vérification du code à barres du livre, le charge manuellement dans la balancelle d'un chariot qui, vérification faite de sa destination, va rejoindre son lecteur. La plus grande difficulté a été de concilier des systèmes aux temps de réaction très différents. En effet, le traitement des besoins, via le système informatique, est pratiquement instantané, alors que l'approvisionnement des chariots vides est lié au trafic et à un temps de cycle beaucoup plus long. La solution? "Anticiper en maintenant des stocks tampons près des stations d'archivage, qu'il faut réapprovisionner par un stockage commun. Et corriger, en jouant sur les stocks tampons en fonction des heures, des jours et des ouvertures de stations", explique Jacques Fajeau. C'est à partir de ces principes de base que la simulation a été réalisée, en collaboration avec Serete. Six mois de travail pour la saisie des données, le découpage des zones, la définition de tous les trajets et de leurs algorithmes... De quoi valider ou corriger les principes de gestion, le nombre de chariots nécessaires, et de vérifier les temps maximaux moyens de trajet et d'attente de conteneurs vides en station. Tous les calculs ont été faits en heures de pointe et dans le sens du trafic maximal des demandes, des magasins de stockage vers les salles de lecture. "L'installation a été prévue pour traiter 25000demandes par jour. Elle est largement dimensionnée, estime Jacques Fajeau, et le temps moyen d'acheminement des livres sera plus proche du quart d'heure que des vingt minutes prises comme base de départ." La solution retenue pour le transport des livres aura coûté 46millions de francs, dont 11millions pour la partie informatique. Autre marché important pour l'industrie de la manutention: le stockage. 420kilomètres de rayonnages devront être installés, un contrat de plus de 50millions de francs, qu'a remporté la société Albret Industries (avec Sima pour le rayonnage statique). "La Grande Bibliothèque sera une véritable ruche, explique Benoît Gros, directeur de la division rayonnages d'Albret Industries: 3900éléments de rayonnage mobile représentent plus de 500000alvéoles de 1mètre de long et de profondeur variable!" Trois salles de référence ont déjà été implantées, dans le socle pour le stockage fixe et dans l'une des tours pour les stockages mobiles, manuel et électrique. Albret Industries pense commencer l'installation début avril pour finir en novembre. Les rayonnages installés, la grande transhumance des ouvrages de Richelieu à Tolbiac pourra commencer. Un véritable défi pour les conservateurs. "Nous voulons limiter la fermeture du site de Richelieu à un mois en le combinant avec la fermeture annuelle", prévoit Daniel Renoult, directeur de la coordination et de la planification de la BNF. Pour accomplir cet exploit, la société Setec Organisation a réalisé une étude stratégique de planification du déménagement. Et les équipes internes de la BNF lanceront un appel d'offres pour la phase opérationnelle, qui démarrera en 1996. Six équipes de déménageurs transporteront 350colis sur dix camions chaque jour pendant quinze à dix-huit mois! Une fois installés, ces millions d'ouvrages devront être protégés de l'épreuve du temps grâce à des conditions climatiques très sévères, dans les magasins des tours et du socle. La température ne doit pas varier de plus de 1°C autour d'une consigne fixée à 18°C. L'humidité est maintenue à 55% dans les magasins de stockage et à seulement 40% pour l'audiovisuel et les pièces rares, avec une tolérance de ±5%. "Les changements brusques d'hygrométrie sont aussi dommageables que l'écart à la valeur de consigne, car ils provoquent des dilatations et rétractions du papier", précise Astride Brandt, conseiller scientifique au service conservation de la Bibliothèque nationale. L'entreprise lyonnaise Danto Rogeat, la filiale de Gaz de France responsable de la climatisation du projet, a donc dû mettre en place un système de déshumidification poussée. "La teneur en eau acceptable étant très faible, nous avons installé des machines frigorifiques à eau glacée pour décharger au maximum l'eau contenue dans l'air en se plaçant en dessous du point de rosée", explique Patrice Gaillot, ingénieur d'affaires chez Danto Rogeat. Ce procédé oblige donc de réchauffer l'air pour le ramener à 18°C avant de le réintroduire dans les locaux. Une centrale frigorifique a été prévue pour chaque département, de sorte qu'une éventuelle panne n'affecte qu'un secteur. "La régulation d'hygrométrie et de température des magasins a coûté pratiquement 20% de plus qu'une climatisation traditionnelle", constate Patrice Gaillot. Au total, la climatisation de la BNF représente un budget de 300millions de francs. La lumière constitue aussi un redoutable ennemi pour la conservation du papier. Dans les tours et le socle, les éclairages possèdent donc des filtres anti-ultraviolets, qui sont coupés automatiquement dès que le magasin est désert, pour réduire l'altération des ouvrages. Ces derniers ne craignent d'ailleurs plus la lumière extérieure, puisque les tours de verre ont été doublées avec des volets de bois d'okoumé mis en oeuvre par Cegelec. Mais les documents s'abîmeront fatalement. "Les ouvrages se fatiguent et s'usent bien plus vite du fait de leur manipulation", déplore Michel Prinzie. La maintenance légère, comme le dépoussiérage, et la protection dans des pochettes en papier permanent s'effectueront donc directement dans les ateliers de Tolbiac. "Une nouveauté dont ne bénéficiait pas Richelieu", précise Daniel Renoult. Les opérations longues et les réparations complexes s'opéreront à Marne-la-Vallée. D'autre part, ce dernier site réservera au moins deux magasins pour stocker les exemplaires non consultables du dépôt légal. Une ultime sauvegarde du patrimoine en cas de malheur! et Philippe DESFILHES



La transitique à l'abri des pannes de l'informatique

Dissociation des fonctions:

la transitique pilote le chariot, l'informatique gère son contenu.

En cas de panne, fonctionnement en mode dégradé: demandes de livres par téléphone ou fiches cartonnées; PC déconnectés du réseau pour l'adressage par code infrarouge des chariots.

Automatisme décentralisé du réseau transitique: à chaque carrefour, un automate local identifie la

destination du chariot par lecture de son étiquette électronique et l'oriente.

Quelles que soient les pannes du réseau informatique, le chariot est acheminé!



L'informatique, une histoire À rebondissement

L'informatique de la BNF est un sujet tabou. Les responsables refusent d'en parler. C'est que le marché du système informatique de la bibliothèque n'a été signé que le 3janvier dernier par son président, Jean Favier. Ce qui retarde l'ouverture au public de la BNF elle-même. Le calendrier prévoit la mise en service d'une première version du système informatique en mars 1997, et la livraison du système complet un an plus tard. La mise au point de ce système est une histoire à rebondissements. En mars 1994, deux consortiums avaient répondu à l'appel d'offres de décembre 1993: d'un côté, Cap-Sesa Tertiaire, Bull et Alcatel TITN Answare; de l'autre, IBM et CGI. Mais aucune des deux offres n'a été jugée satisfaisante. Finalement, la maîtrise d'oeuvre a été confiée à Cap-Sesa Tertiaire, en partenariat avec IBM.Le projet, revu à la baisse, reste très ambitieux. La première version, dont la livraison conditionne le démarrage effectif de la BNF, devra avant tout gérer les demandes des visiteurs et la communication des documents. Mais le nouveau système devra aussi prendre en compte le fonctionnement interne de la bibliothèque (entrées, catalogage, gestion des magasins, transport automatisé des documents...) et les gestions administrative et financière. Aujourd'hui, la priorité est à la mise au point d'un catalogue informatisé unique. Fin 1996, tous les documents (y compris sonores et audiovisuels) destinés à Tolbiac devront y figurer. L'autre aspect novateur sera le fonds électronique des documents: les originaux seront accessibles par des postes de "lecture assistée par ordinateur". Au total, le fonctionnement reposera sur une vingtaine d'applications informatiques. Thierry LUCAS

USINE NOUVELLE N°2496

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