"STMicroelectronics se repositionne sur l’automobile et l’industrie", annonce son patron Jean-Marc Chéry

Ridha Loukil ,

Publié le

Entretien STMicroelectronics a publié le 24 janvier des résultats 2018 presque en ligne avec les prévisions. Mais le premier trimestre 2019 s’annonce compliqué en raison notamment de la baisse des ventes de son plus gros client, Apple. Avec son plan de développement visant à repositionner l’entreprise sur l’automobile et l’industrie, deux marchés plus stables et plus rémunérateurs que celui des mobiles, Jean-Marc Chéry, président du directoire et directeur général, semble avoir convaincu les investisseurs comme en témoigne le gain en Bourse de 9% le même jour. Il répond aux questions de L’Usine Nouvelle.

STMicroelectronics se repositionne sur l’automobile et l’industrie, annonce son patron Jean-Marc Chéry
Jean-Marc Chéry, président du directoire et directeur général de STMicroelectronics
© Guittet Pascal

L’Usine Nouvelle - Après de bonnes années 2017 et 2018, vous prévoyez un décrochage au premier trimestre 2019. Faut-il craindre un nouveau cycle de difficultés comme lors de l’effondrement du client Nokia ?

Jean-Marc Chéry - Non. Nous sommes aujourd’hui dans une situation différente, bien plus robuste. Dans nos prévisions pour le premier trimestre 2019, nous tenons compte d’un réajustement sévère dans les smartphones et d’une dynamique défavorable dans la chaine de distribution en Chine et sur le marché des disques durs, dont une partie est passée aux mémoires flash en raison de la baisse des prix de ces composants.

Après le Nouvel an chinois et l’ajustement des inventaires, la situation en Chine devrait se normaliser. Nous espérons un accord au premier trimestre entre Chine et les Etats-Unis mettant fin à leur guerre commerciale. Ni la Chine ni les Etats-Unis ne peuvent se

permettre de mettre en péril l’économie mondiale, surtout pas les Américains qui ont des élections en 2020. Voilà pour les paramètres que nous ne contrôlons pas. Nous devrions en voir les effets négatifs s’atténuer. Pour la partie sous notre contrôle, nous comptons sur les nouveaux produits que nous allons lancer notamment dans les microcontrôleurs, le carbure de silicium et les autres circuits pour l’automobile ainsi que sur le démarrage de nouveaux projets et programmes. Nous espérons revenir à la croissance au deuxième trimestre et accélérer dans la deuxième moitié de l’année. Nous maintenons un objectif de marge brute de 39% au premier semestre, qui devrait tendre vers 40% au deuxième semestre.

Vous dépendez d’un gros client dans les mobiles, dont les ventes déclinent depuis le dernier trimestre. Cette dépendance devient un problème, non ?

Le niveau de dépendance envers ce client est différent de celui que nous avions envers Nokia dans le passé. Ce client devient en effet important. Son poids relatif est d’un peu plus de 10% mais pas beaucoup plus. Il est bien en dessous des 15% (estimés par Stéphane Houri, analyste financier chez Oddo BHF) et des 20% (attribués à Nokia au temps de sa gloire dans les mobiles). Cela ne change pas la tendance de ST à se positionner sur les marchés de l’automobile et de l’industrie. Ce repositionnement est au cœur de notre plan.

Depuis mi-2018, ST est sanctionné en Bourse plus durement que ses pairs. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Le climat de tensions géopolitiques crée un sentiment de peur et d’anxiété. Quand des investisseurs commencent à avoir un comportement anxieux, ils prennent leurs bénéfices et vont ailleurs. Quand Infineon a annoncé un investissement pour la construction d’une usine de 300 mm, ST a fortement baissé en Bourse. C’est le paroxysme de l’anxiété. Avec notre plan de développement, nous essayons de cadrer les peurs et les doutes pour corriger cette injustice en Bourse.

Les imageurs 3D ont été un grand moteur pour STMicroelectronics ces dernières années. Comment appréhendez-vous l’arrivée de Sony sur ce marché ?

Nous l’appréhendons avec une feuille de route technologique agressive. Nous continuons à améliorer nos produits et à étoffer notre offre. Nous avons commencé avec les détecteurs à temps de vol pour la mesure de la distance et les capteurs de proximité avant de nous étendre aux caméras 3D. Au début, nous avons concentré notre développement dans les caméras 3D sur un client majeur dans les mobiles, car cela nous demandait des ressources importantes. Aujourd’hui, nous avons des projets avec six clients.

Vous avez annoncé une usine de 300 mm à Agrate, en Italie. Pour quoi faire ?

Nous voulons faire converger les technologies d’intelligence et de puissance, et gagner aussi en productivité. L’usine devrait avoir une capacité de 5 000 à 6 000 plaquettes par semaine, comparable à celle de notre usine actuelle de 300 mm à Crolles, près de Grenoble. Le montant de l’investissement se situe entre 1,8 et 2 milliards de dollars.

Quelle aide publique espérez-vous pour ce projet dans le cadre du plan européen IPCEI sur la nanoélectronique ?

Il faut saluer la coopération entre la France et l’Italie dans le cadre de ce plan européen. L’intérêt de ce programme est de soutenir non seulement le développement R&D mais aussi la production pilote. Les équipements, que nous commencerons à installer en 2020, serviront d’ailleurs aux deux activités. Le niveau du soutien public à ce projet n’est pas encore finalisé. Il devrait rester inférieur à 30% du montant total d’investissement.

Vos salariés en France réclament une "prime Macron". Quelle réponse allez-vous leur donner ?

Dans notre entreprise, les mécanismes de rémunération suivent des variables locales ou nationales. En France, il y a une politique d’intéressement et de prime liée aux résultats. Durant les années de bons résultats, il est normal que les salariés en bénéficient. La direction de STMicroelectronics France prend acte des soucis exprimés par les employés notamment sur les bas salaires, sachant que les plus bas salaires chez ST sont loin du Smic. Elle a décidé de booster l’intéressement. Les usines en France se sont comportées de façon adéquate au quatrième trimestre 2018. Il est normal que les salariés soient récompensés. Mais, pour cela, il faudra attendre un accord d’intéressement entre la direction et les représentants du personnel.

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