Electronique

STMicroelectronics recule encore dans les Mems mais pour mieux sauter

Ridha Loukil , , , ,

Publié le

Pour la quatrième année consécutive, STMicroelectronics recule en 2016 dans les Mems avec une baisse de son chiffre d’affaires dans cette activité de 14,3 %. Mais selon Yole Développement, le fabricant franco-italien de semiconducteurs bénéficie d’une dynamique favorable qui devrait le mener au rebond en 2017.

STMicroelectronics recule encore dans les Mems mais pour mieux sauter
Mems de STMicroelectronic faisant office d'accélérormètre dédié aux mobiles et objets connectés
© STMicroelectronics

Encore une année compliquée pour STMicroelectronics dans les Mems. Alors que le marché mondial a augmenté de 7% en 2016 à 12,7 milliards de dollars, le fabricant franco-italien de semiconducteurs déplore une chute de son chiffre d’affaires dans ce domaine de 14,3% à 630 millions de dollars, selon les chiffres provisoires de Yole Développement dévoilés en avant-première à L’Usine Nouvelle. C’est sa quatrième baisse consécutive depuis 2013. Du coup, le groupe, dirigé par Carlo Bozotti, rétrograde de la deuxième à la quatrième place dans le classement de Yole Développement des fournisseurs de Mems derrière Robert Bosch (-4,5% à 1160 millions de dollars), Broadcom (+40% à 910 millions de dollars) et Texas Instruments (+7% à 787 millions de dollars).

Guerre des prix dans les Mems pour mobiles

Alors pourquoi ce nouveau déclin ? "Il s’explique par la guerre des prix qui fait rage dans les Mems pour mobiles, répond à L'Usine Nouvelle Jean-Christophe Eloy, PDG de Yole Développement. La baisse des prix atteint 10% en 2016. Sur ce marché, ST est confronté principalement à deux concurrents : l’allemand Bosch et l’américain InvenSense, qui vient d’être racheté par le groupe japonais TDK."

STMicroelectronics souffre de sa dépendance vis-à-vis des mobiles qui représentent 80% de son chiffre d’affaires dans les Mems. Or le groupe a perdu en 2013 le marché des détecteurs de mouvement de l’iPhone qu’il détenait depuis son lancement en 2017. Un déboire qui résulterait, paradoxalement, d’une stratégie assumée, selon Yole Développement. "Confronté à des difficultés et des pertes financières, liées à ses activités dans les circuits pour mobiles, décodeurs et box internet, ST a probablement choisi de prendre moins de risque que ses concurrents en termes de prix, analyse Jean-Christophe Eloy. Il a préféré sacrifier son chiffre d'affaires plutôt que de sacrifier ses marges et détériorer ses résultats financiers. C’est une stratégie défendable. Regardez InvenSense. Il est entré dans l’iPhone et gonflé son chiffre d'affaires mais a, en contrepartie, creusé ses pertes."

2016, une année de transition

Autre facteur défavorable : la poursuite de dégradation de l’activité de fonderie. Le groupe franco-italien fabrique en sous-traitance des Mems de têtes d’impression à jet d’encre, essentiellement pour HP Inc. Un marché en régression depuis des années, selon Yole Développement. Résultat : son revenu dans cette activité a dévissé de 5% en 2016  à 145 millions de dollars. "Mais il reste le leader mondial sur ce marché de 500 millions de dollars devant TSMC, Sony et Teledyne Dalsa", assure Jean-Christophe Eloy.

Les signaux positifs se multiplient toutefois. "ST a baissé au début de 2016 mais la tendance s’est inversée au troisième trimestre, constate le patron de Yole Développement. Avec tous les marchés gagnés, il bénéficie maintenant d’une dynamique favorable. Nous voyons 2016 comme une année de transition vers un rebond en 2017." STMicroelectronics fournit en effet trois Mems (le détecteur de mouvement à 6 axes, le gyroscope de stabilisation d’image et le baromètre) du Galaxy S7. Un succès reconduit dans le Galaxy S8, le dernier smartphone vedette de Samsung lancé en avril 2017, même s'il partage ce marché avec Sensortec, filiale de Robert Bosch, et InvenSense. Il est également présent dans la Switch, la nouvelle console de jeux de Nintendo, dans l’iPad, dans l’Apple Watch et dans les mobiles de plusieurs constructeurs chinois. Même tendance positive en fonderie où il a emporté plusieurs contrats, dont la fabrication de haut-parleurs piézoélectriques pour l’autrichien Usand.

Progression significative dans l'automobile

L’effort de diversification des marchés et des clients commence par ailleurs à porter timidement ses fruits. L’automobile apparait comme une grande priorité. Selon Yole Développement, elle représente 5% du chiffre d’affaires de STMicroelectronics dans les Mems en 2016, contre 3% en 2015. "Cela reste encore faible en valeur, note Jean-Christophe Eloy. Mais la progression est significative. Ce marché est intéressant car les prix y sont plus élevés, les marges plus confortables et l’activité est plus stable sur le long terme que dans le grand public. Cela permettra à ST de mieux tenir dans les mobiles où les prix sont en baisse et les marchés très volatiles." Mais ce secteur d'application est difficile à pénétrer par des fournisseurs du monde des semiconducteurs. Il reste solidement tenu par des équipementiers automobiles, Robert Bosch en tête.

Carlo Bozotti se montre à moitié satisfait. "Nous avons beaucoup progressé dans les Mems pour l’automobile, commente-t-il lors de la présentation des résultats trimestriels le 27 avril 2017. Mais nous en sommes encore loin de là où nous voulons être."  Et le marché des objets connectés, annoncé comme un Eldorado, tarde à tenir ses promesses. "Il est extrêmement fragmenté avec de faibles volumes qui n’ont rien à avoir avec ceux dans mobiles, explique Jean-Christophe Eloy. Il réclame un effort commercial considérable pour, au final, peu de résultats en chiffre d'affaires."

Révision de la feuille de route des produits

STMicroelectronics a pâti de la volatilité des marchés des mobiles sur lesquels il a bâti son succès dans les Mems jusqu’à en devenir en 2012 le leader mondial avec environ 1 milliard de dollars de chiffre d'affaires, selon Yole Développement. C’est cette même volatilité qui semble le remettre maintenant en selle pour au moins un certain temps. «ST a profité du creux pour revoir la feuille de route de ses produits et diversifier ses marchés, estime Jean-Christophe Eloy. Benedetto Vigna, le patron de cette activité, a fait vraiment du bon boulot. Ce travail commence maintenant à porter ses fruits. »

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte