Steelcase s'adonne sans frein à l'écoconception

- Le fabricant de mobilier de bureau prend en compte l'environnement dès la conception de ses produits.
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Au bureau d'études de Steelcase à Sarrebourg (Moselle), on ne jure plus que par l'écoconception, l'art de concevoir un produit en diminuant son impact sur l'environnement à toutes les étapes de son cycle de vie. Du design au recyclage en fin de vie, en passant par le choix des matériaux, la production, le transport ou l'utilisation, rien n'est négligé. Le réflexe écologique s'étend en amont jusqu'aux achats et aux fournisseurs.

Le fabricant de mobilier de bureau va si loin dans cette démarche qu'il est présenté aujourd'hui par l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) comme un modèle. Pourtant, « Steelcase ne fait pas de l'environnement pour l'environnement », martèle André Malsch, responsable du développement durable de la société. « Grâce à cette démarche, nous avons acquis un avantage compétitif sur nos concurrents, ce qui nous a permis d'emporter certains marchés que nous n'aurions peut-être pas gagnés autrement. »

Le poids, élément majeur d'action

Les prémices de l'écoconception chez l'ancien Strafor remontent à 1997, sous la responsabilité d'André Malsch, ingénieur autodidacte, auparavant responsable de la qualité et de la R&D. Le défi posé est de taille : minimiser l'impact des nouveaux produits sur l'environnement tout au long de leur cycle de vie, tout en répondant aux besoins des utilisateurs. Et sans que cela coûte un centime de plus. D'ailleurs, son équipe (trois personnes aujourd'hui) est rattachée à la direction marketing. Tout un symbole.

« Auparavant, nous nous posions surtout des questions de pollution par rapport à nos procédés industriels. Dans l'écoconception, nous devons réagir le plus en amont possible dans le processus de genèse du produit, pour en réduire l'impact environnemental pendant sa production, son transport et son utilisation et en faciliter le recyclage en fin de vie. Se poser ces questions au stade de la fabrication serait trop tard. »

Tous les acteurs de l'entreprise, qui participent à la naissance des produits, sont mis à contribution : la R&D, bien sûr, mais aussi le marketing qui fixe les fonctions du produit, le designer qui influence le choix des matériaux, le service méthodes qui définit les procédés industriels et même le service achats.

Le siège Please, l'un des produits phares, lancé en 1997, a servi de banc de test à la démarche. En coopération avec l'université technique de Vienne, en Autriche, deux logiciels ont été développés afin d'aider les concepteurs à évaluer l'impact de leurs choix sur l'environnement. L'analyse a mis en évidence le poids comme un élément majeur d'action. La réponse au problème n'est toutefois pas évidente. Remplacer simplement l'acier par l'aluminium allège le produit. Mais les performances mécaniques s'en trouvent affectées. Il a donc fallu restreindre aussi le nombre de matériaux et de composants. L'emballage, qui pesait 4 kg et représentait près de 15 % du prix du siège, devait également être réduit. Le PVC, le Zamak (matériau à base de zinc) et la colle ont été exclus. Ainsi, le nombre de pièces est ramené de sept à quatre, le poids de 25 à 20 kg et la durée de vie étendue de dix à quinze ans. L'emballage a perdu 33 % de son volume. Et les housses en tissu sont devenues démontables et changeables.

La démarche atteint sa maturité avec Think, le dernier-né des sièges de Steelcase. Le développement a été mené en 2004 dans le cadre d'un projet européen. Le designer voulait un siège léger, fin et sans mousse. Il a fallu le sensibiliser aux contraintes de l'écoconception et former trois spécialistes du bureau d'études. La structure du siège s'adapte à une variation de poids de 40 à 50 kg. Un concept protégé par deux brevets. Le réglage est simplifié. Les accotoirs se mettent en arrière. L'ingénieur, qui s'est penché sur la mécanique, a fait passer le nombre de pièces d'une cinquantaine au départ à seulement dix. Le dossier est réduit au strict minimum. Résultat : le siège ne pèse que 15 kg. Il fait appel à des éléments recyclés pour 44 % de son poids (contre 32 % pour le nouveau Please). La housse du dossier est, par exemple, fabriquée à partir de bouteilles plastique. Le produit se déballe en un quart d'heure (au lieu de trois quarts d'heure avant) et se démonte facilement en cinq minutes. Il est recyclable à 99 %. Pour réduire les transports, il a été décidé de le fabriquer sur trois sites desservant chacun une partie du marché mondial, et non plus sur le seul site américain.

Steelcase a choisi de s'attaquer à ses quatre gammes de produits phares : Please, Think, Forward et Happening. Les résultats seront ensuite répercutés sur les autres produits. Une cinquantaine de projets sont actuellement à l'étude.

Un cahier des charges pour les fournisseurs

Un gros travail de sensibilisation en interne a été mené par l'équipe d'André Malsch sur des problèmes tels les transports, la consommation d'eau, les émissions de CO2, les économies d'énergie ou la démontabilité des produits en vue de leur recyclage. Les équipes de conception - 140 personnes dans le monde - sont toutes en train d'être formées à l'écoconception. La formation s'étend aux acheteurs, concessionnaires et vendeurs internes. Une politique d'achats "verts" est mise en place avec la rédaction d'un cahier des charges pour les fournisseurs.

Dans un souci de transparence envers la collectivité, chaque nouveau produit s'accompagne d'une déclaration environnementale (Ecoprofil) à destination des clients et des partenaires. Ce document de 4 pages détaille l'impact du produit sur l'environnement à chaque étape de son cycle de vie, conformément à la norme ISO 14040-43. Il résulte d'un travail d'analyse réalisé avec l'aide d'experts indépendants de l'École nationale supérieur d'arts et métiers (Ensam) à Chambéry, de l'université technique de Vienne (TUW) en Autriche et de l'Institut de développement des produits (IPU) au Danemark.

Désormais, Steelcase estime n'avoir plus rien à cacher. Du moins en matière d'environnement.

L'ENTREPRISE

Steelcase-France - Anciennes Forges de Strasbourg, connues par la marque Strafor - Siège à Strasbourg (Bas-Rhin) et bureau d'études à Sarrebourg (Moselle) - 5 usines, 1 850 employés et 120 millions d'euros de chiffre d'affaires

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