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L'Usine de l'Energie

Statu quo pour EDF... ou pas

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Publié le , mis à jour le 12/11/2018 À 17H55

Enquête Tous les scénarios sont étudiés pour EDF, "y compris le statu quo", a confirmé François de Rugy, qui pensait encore "qu’il n’est pas dans l’intérêt de l’État et de l’entreprise" lors de sa nomination au ministère de la Transition écologique et solidaire. Le 12 novembre, la fédération Mines-Energie de la CGT a dénoncé pour sa part l'idée d'une scission d’EDF en plusieurs activités distinctes. Retour non exhaustif sur les scénarios envisagés.

Statu quo pour EDF... ou pas
Le gouvernement étudie tous les scénarios pour redresser les comptes de l’entreprise.

Une trajectoire financière compliquée… pour EDF. Plus de 30 milliards d’euros de dette, un cash-flow négatif récurrent de 1 à 2 milliards tous les ans et une incapacité à financer de nouvelles centrales. Sans parler de la volatilité des cours de l’électricité, d’une régulation défavorable, de l’obligation politique de fermer des unités de production à charbon et nucléaires et de la mise en concurrence de ses concessions hydroélectriques…

Malgré une recapitalisation par l’État de 4 milliards d’euros il y a dix-huit mois, EDF n’est pas taillé pour affronter la transition énergétique en cours. Après celle de la SNCF, la restructuration d’EDF est l’autre gros dossier du gouvernement. Tous les scénarios sont étudiés, "y compris le statu quo", a confirmé François de Rugy, qui pensait encore "qu’il n’est pas dans l’intérêt de l’État et de l’entreprise" lors de sa nomination au ministère de la Transition écologique et solidaire. Tour non exhaustif des scénarios.

Ne rien changer

"Avec la remontée des prix de l’électricité, le nucléaire redevient une machine à cash", observe Nicolas Goldberg, du cabinet Columbus Consulting. Selon lui, pendant la période de prix bas, EDF a su se réinventer, augmentant sa performance opérationnelle avec des diversifications. Avec un coût cash de 33 euros le mégawattheure (MWh), le nucléaire français reste compétitif vis-à-vis des énergies renouvelables. Il constitue l’un des atouts de la France pour respecter l’accord de Paris sur le climat et sa stratégie nationale bas carbone. "Avec le prix de marché actuel, le statu quo est tenable", analyse le spécialiste. À condition que l’État ne demande pas à EDF de fermer d’autres centrales nucléaires que Fessenheim avant 2029, comme l’électricien le souhaite. Jean-Bernard Lévy, le PDG du groupe, a l’air confiant depuis cet été. Mais si la réorganisation est moins urgente, "il va falloir préparer le long terme et la fin du cycle industriel", assure Nicolas Goldberg.

Sortir le groupe de la Bourse

Une vision de long terme pour EDF est difficilement compatible avec le court-termisme des marchés financiers. Afin de s’en affranchir, l’un des scénarios, proposé par la CFE Énergies, le deuxième syndicat du groupe, consisterait à "sortir EDF de la Bourse plutôt que le nucléaire d’EDF" et à le nationaliser, comme l’envisagent certains banquiers. En réalité, il ne s’agirait pas d’une nationalisation, mais d’une voie médiane, avec des actions non cotées. Pour mémoire, l’État détient 83,7 % du capital d’EDF. Cette option seule ne résoudrait pas le problème de la dette ni celui de l’incapacité de financer le nucléaire neuf. Les syndicats rêvent que le gouvernement signe, comme au Royaume-Uni, des contrats pour différence, qui garantissent à EDF un prix d’achat du nucléaire respectant les coûts de production. Cela entraînerait mécaniquement une augmentation du prix de l’électricité pour les Français. Impensable !

Réformer l’Arenh

Pour redonner de l’air à EDF, l’État pourrait aussi décider de réformer le dispositif d’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh) instauré en 2009, qui oblige jusqu’en 2025 EDF à vendre 25 % de sa production électrique nucléaire au prix de 42 euros par MWh, quels que soient les cours du marché. Un mécanisme qui n’oblige pas les fournisseurs alternatifs. Boudé lors des tarifs bas, l’Arenh a fait le plein cette année. Mais là encore, il n’y aurait pas urgence. Si les prix de l’électricité naviguent actuellement autour de 55 euros par MWh, l’agence de notation Standard & Poor’s se fixe un prix de 45 euros par MWh comme base de travail. "Tant que l’on est au-dessus de l’Arenh, il n’y a pas de souci", rappelle Nicolas Goldberg.

Partager Enedis

Pour sortir EDF de cette trajectoire, l’association écologique WWF France a proposé au gouvernement un véritable scénario. Il propose ainsi de réduire les dépenses du grand carénage – le programme destiné à augmenter la durée de vie des centrales nucléaires, chiffré à 55 milliards d’euros – en fermant 23 réacteurs d’ici à 2030. La réduction de la production ferait ainsi remonter les cours. Le plan du WWF France propose également de continuer les cessions d’actifs engagées par EDF à l’international (Pologne et Hongrie). La filiale de distribution du groupe Enedis, qui représente plus de 25 % du chiffre d’affaires du groupe, pourrait être partiellement cédée, sur le modèle du transporteur RTE, à des acteurs publics ou parapublics. WWF suggère, enfin, la cession partielle des activités nucléaires britanniques d’EDF Energy et la vente d’entités plus petites, telles que Dalkia et EDF Trading.

Nationaliser le nucléaire

Le scénario le moins probable, mais le plus médiatique, reste la création d’un nucléaire de France, par la nationalisation des activités nucléaires d’EDF dans une entité à part. En juin, le sujet a été évoqué auprès des représentants du personnel. Il leur a été demandé d’évaluer l’impact en interne d’un îlotage du nucléaire, sans plus de précision. Pour EDF, nationaliser cette activité apporterait la garantie de l’État qui lui manque pour financer le nouveau nucléaire. Le gouvernement reprendrait la main sur l’évolution du parc et l’agenda des fermetures de centrales. "Une privatisation n’empêchera pas la bascule d’un parc recettes à un parc dépenses", observe Yves Marignac, de Wise-Paris. Selon l’expert, les coûts vont exploser. Si le dernier rapport du Giec rappelle que le nucléaire fait partie de l’équation pour rester sous 1,5 °C de réchauffement, il est de moins en moins compétitif et attractif face aux énergies renouvelables sur les marchés mondiaux.

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