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Quotidien des Usines

Stallergènes Anti-allergènes sur mesure

Publié le

Le spécialiste français de la désensibilisation livre, depuis Antony, ses doses individuelles à l'Europe entière. Avec un succès croissant, basé sur l'innovation.

Pollen de graminées, de cyprès, de bouleaux, venin d'abeille, acariens, poils de chat... La liste des matières premières de Stallergènes ressemble à un inventaire à la Prévert, pas toujours appétissant ! C'est pourtant avec ces ressources insolites que le laboratoire compose ses quelque 350 000 commandes annuelles de médicaments de désensibilisation aux allergies. Et bâtit son succès. Entre 2000 et 2004, ses ventes ont bondi de 72,5 %. Sur ce territoire de niche qu'est la désensibilisation (410 millions d'euros dans le monde, alors que le marché des antihistaminiques pèse 15 milliards d'euros), le petit groupe français a fait deux fois mieux que la croissance moyenne du marché (5% par an). En réussissant à marier pharmacie de préparation, innovation et industrialisation constante.

Illustration : chez Stallergènes, grâce notamment à l'automatisation, près de la moitié des commandes sont individuelles, c'est- à-dire composées d'allergènes préparés spécialement pour un individu (APSI), selon les prescriptions des médecins allergologues. Des préparations qui doivent guérir les patients en les mettant en contact avec des doses très faibles d'allergènes, un peu à la manière des vaccins.

Grâce à ce modèle, l'entreprise est devenue numéro 2 mondial derrière le danois ALK-Abelló, filiale du groupe Chr. Hansen, moitié plus gros. Et elle ne semble pas prête à s'arrêter. Au premier trimestre 2005, son chiffre d'affaires a encore bondi de 21 %. « Nous dépassons nettement les 100 millions d'euros de chiffre d'affaires cette année », affirme Albert Saporta, le P-DG du laboratoire.

La recherche du confort du patient a boosté le chiffre d'affaires

Pourtant à son lancement, en 1962, cette activité n'est qu'un nouvel axe de recherche de l'Institut Mérieux, à Lyon. Après un premier déménagement à Paris en 1974, l'équipe, devenue une PME à part entière, s'installe finalement à Antony en 1997, quatre ans après son rachat par Wendel Investissement. L'année suivante, c'est l'introduction en Bourse.

Albert Saporta a été quasiment de toutes les étapes. Venu de chez Mérieux, il a dirigé l'entreprise de 1989 à 1994, puis est reparti chez Pasteur-Mérieux après l'achat par Wendel Investissement. Pour un temps. « Nous l'avons rappelé début 1999, quand l'entreprise a connu des difficultés. Il avait fait ses preuves en misant sur des traitements plus confortables pour le patient, qui ont boosté le chiffre d'affaires entre 1989 et 1993 », rapporte-t-on chez Wendell investissement. A son retour, en avril 1999, le nouveau patron doit gérer une succession de déboires. L'achat de DHS, la filiale allergie de Bayer, se passe mal : un tiers de la force de vente est partie trois mois après l'acquisition. Le résultat net de Stallergènes chute alors de 30 %. Quant au site d'Epernon (Eure-et-Loir), hérité de DHS, qui devait être à l'origine conservé, il est fermé. « Les méthodes de production étaient trop différentes et les investissements nécessaires auraient été disproportionnés », souligne le P-DG.

Ces problèmes réglés, l'acquisition a permis de conquérir des positions importantes en Italie et en Espagne - pays où la compétition est la plus intense - et a fait de Stallergènes le numéro 2 mondial de la spécialité. Depuis, le laboratoire a su se maintenir à cette place, en misant d'abord sur l'innovation. En particulier sur la galénique. Après le succès de la voie sublinguale (des gouttes déposées sous la langue), qui remplace un traitement de 60 injections sous-cutanées sur trois ans, et représente, quinze ans après son lancement, 80 % des prescriptions vendus par Stallergènes, le laboratoire étudie maintenant la mise au point de comprimés. Une formulation en développement depuis plus de cinq ans : à Antony, une partie de l'équipe est plongée dans la constitution du dossier d'essais cliniques. Un test est actuellement mené sur plus de 600 patients.

Ce projet monopolise l'essentiel des dépenses de R & D, qui s'élèvent à 15 % du chiffre d'affaires. Il demandera sans doute, ensuite, un investissement industriel important, de l'ordre de 15 millions d'euros sur deux à trois ans, pour installer un nouvel outil de production. « Mais ça en vaut la peine. Les comprimés devraient représentés les trois quarts du marché en 2012 », estime Albert Saporta. L'actionnaire principal, Wendel Investissement, qui possède 47 % du capital, en est lui aussi convaincu : « le secteur était déjà très porteur, lorsque nous sommes entrés dans le groupe, en 1993. Selon nous, il l'est encore plus aujourd'hui, au vu de l'évolution de la technologie », souligne un porte-parole du groupe.

Pourtant la société risque, cette fois, de se faire coiffer au poteau : dans ce domaine prometteur que sont les comprimés, le danois ALK-Abelló prévoit de lancer en Europe son premier produit pour le traitement des allergies aux graminées fin 2006. Alors que Stallergènes, qui dépose l'an prochain son dossier d'enregistrement, pense obtenir la mise sur le marché de son premier comprimé en 2007.

Antony est devenu le plus gros site de production d'APSI au monde

Diffusion accrue des micro-polluants, changement des régimes alimentaires ou plus probablement conséquence d'un mode de vie hyperprotégé... les allergies gagnent du terrain, sans que l'on ne connaisse les causes réelles de leur croissance. Il n'empêche, Stallergènes, comme ALK, ne se contente pas de profiter de l'accroissement du marché et explore d'autres principes actifs, plus ciblés, plus efficaces. Ainsi, plutôt que d'utiliser des extraits d'allergènes, les spécialistes du domaine cherchent désormais à utiliser uniquement la portion de molécule active dans l'allergie, le matériel recombinant. Le laboratoire a lancé en 2003 une première étude clinique comparant l'efficacité d'un allergène recombinant au produit commercial actuel.

L'autre grand choix stratégique du laboratoire, c'est son organisation industrielle. A la différence d'ALK (7 sites de production dans le monde), Stallergènes a choisi il y a cinq ans de centraliser son outil industriel à Antony, devenu, de fait, le plus grand site de production d'APSI au monde. « Le but est de concentrer la production, à la fois parce que c'est une meilleure garantie de qualité - le site est certifié ISO 9001 depuis 1999. Et aussi parce que cette organisation nous permet l'optimisation d'investissements coûteux », souligne Albert Saporta.

Car, Antony reçoit la totalité des investissements industriels. Ce site de 3 200 mètres carrés, séparé en trois zones de classe d'air contrôlé, avec une zone complètement stérile pour la préparation des solutions mères, est en chantier permanent depuis 1988. Le but : développer l'automatisation et la robotisation des APSI. L'outil de production est devenu une machinerie impressionnante, en constante évolution. Et unique au monde. Ainsi, hormis le conditionnement, toutes les étapes de production sont automatisées. Cet été, le programme d'investissement en cours (2 millions d'euros) devrait atteindre son point d'orgue, avec l'installation d'un nouveau logiciel qui permettra au médecin d'entrer directement les ordonnances dans le système, et de repérer les éventuelles erreurs de saisie.

A Antony, 90 % de la production est déjà robotisée. Une garantie de sécurité et de qualité, et qui simplifie l'accès aux salles blanches. Sélection des allergènes, dosage, concentration... tout est contrôlé, mesuré, décidé par un automate. A quelques exceptions près : les compositions employant des allergènes trop rares pour être introduits dans une bibliothèque robotisée. Ainsi, sur 150 allergènes utilisés au total dans la composition des APSI, 80, intégrés dans la production robotisée, couvrent 90 % de la production totale.

Le laboratoire est le leader mondial de la production d'acariens

Hormis son automatisation extrême, le site abrite une autre curiosité : la production d'acariens, une spécialité dont Stallergènes est le numéro 1 mondial. Une étape stratégique. « Nous avons intégré cette matière première dès 1992. Parce que c'est l'un des plus importants allergènes, et l'un des plus chers », précise Albert Saporta. « Nous utilisons 300 kilos par an d'acariens. Une quantité dérisoire. Mais sur le marché, ces petits arachnides sont vendus parfois 100 dollars le gramme ! », renchérit-il. Et Stallergènes compte aller plus loin. En 2003, le laboratoire a signé, avec la société clermontoise Meristem Therapeutics, un accord sur la faisabilité industrielle et la production de deux allergènes majeurs d'acariens dans le tabac. Le laboratoire envisage également d'intégrer à Antony la production d'autres matières premières essentielles, comme certains pollens.

Amoins que l'achat surprise du numéro 2 français Allerbio par ALK-Abelló, le 27 mai, ne vienne changer la donne, et bouleverser la stratégie de Stallergènes. En effet, le leader mondial, en mettant la main sur Allerbio, ses 15, 7 millions de chiffre d'affaires, et ses deux sites de production, à Reims (Marne) et Varennes-en-Argonne (Meuse), prend pied en France, le deuxième marché européen derrière l'Allemagne. « Pour nous, Allerbio représente une formidable plate-forme de développement en France », confirmait Jens Bager, le P-DG d'ALK- Abello, lors de la reprise du laboratoire.

Une campagne d'acquisitions ciblées

Une future bataille se profile, alors que le laboratoire d'Antony a mené lui aussi, depuis dix ans, une campagne d'acquisitions ciblées pour s'installer sur les principaux marchés européens via l'achat de distributeurs. Ainsi, en 1995, Stallergènes reprenait son distributeur allemand, et les activités belges de désensibilisation de Bencard (Smithkline Beecham). En 1999, c'était celui de DHS. Et au début de l'année, celui de l'espagnol IPI. Au final, la part du chiffre d'affaires réalisée à l'étranger - y compris en Australie ou en Pologne - est de 50 %. Seuls les Etats-Unis, où les médecins allergologues réalisent encore eux-mêmes les préparations, sont exclus.

« L'évolution des APSI, les essais cliniques, le développement des recombinants... tout cela demande de lourds investissements, et donc une taille minimum. Sur ce marché, la consolidation sera donc inévitable », conclut le PDG. A charge pour lui de ne pas perdre son rang.

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