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Spirale va droit au tir de missile

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A l'état de démonstrateur pour l'instant, le satellite Spirale permettra à la France de détecter des tirs de missile en 5 minutes, à l'autre bout de la planète. Mise en service prévue pour 2020.

Spirale va droit au tir de missile

Son petit nom : Spirale, comme Système préparatoire infrarouge pour l'alerte. A l'espace Défense du salon du Bourget, vous pourrez encore voir ce week-end les toutes premières images de son démonstrateur.  

Objectif de ce satellite : détecter le tir d'un missile balistique, capable d'atteindre des cibles à 3000km, le plus tôt possible après son départ. Comment ? Par la chaleur pardi : pendant la phase de propulsion du missile, à l'image de la fusée Ariane, les moteurs dégagent 3000°C, puis s'éteignent. Une caméra infrarouge du satellite peut alors détecter la flamme du propulseur au moment du lancement via ses capteurs, et transmettre l'information en direct. Qu'il s'agisse d'un tir d'essai ou d'un tir stratégique, l'information est cruciale.

S'il s'agit d'une attaque, le système permet de définir le point d'arrivée du missile en 5 minutes, ce qui laisse 10 minutes aux autorités pour évacuer les populations. Dans le cadre de l'OTAN, des intercepteurs pour aller détruire le missile en plein vol sont par ailleurs à l'étude. Il faut pour cela être très précis : le missile et le contre-missile allant tous deux à une vitesse de 4-5 km/seconde, il s'agit de viser une pièce de monnaie à une vitesse relative de 10 km/seconde ! Sachant qu'il faut allumer le contre-missile, le faire partir à l'heure et suffisamment haut pour ne pas causer de dégâts en rase-motte, les ingénieurs des pays de l'OTAN ont du pain sur la planche. S'il ne s'agit pas d'une attaque mais seulement d'un tir d'essai, mieux vaut pour la France savoir quel pays "proliférant" se prépare à s'armer des ces missiles longue portée.

Radar à la rescousse. Pour définir nettement le point d'arrivée du missile, un radar prend rapidement le relais : la caméra infrarouge détermine une première trajectoire peu précise, tandis que le radar suit la parabole et détermine le point d'impact.

Mais les fausses alertes sont nombreuses : un reflet du soleil sur les nuages, ou les montagnes enneigées, et la température peut vite monter très haut, laissant croire à un tir de missile. Le démonstrateur Spirale va donc collecter pendant une année une grande variété d'images infrarouges de la Terre, en défilant au-dessus de chaque partie du globe, pour évaluer les situations possibles de fausses alertes. Il en a déjà collecté 400.000.

« Vu du ciel, le missile se détache sur fond de Terre », explique le spécialiste du traitement de l'image du démonstrateur militaire. « En cas de réflexion du soleil sur des nuages ou des montagnes, on ne voit plus le missile. On prend donc beaucoup d'images pour répertorier toutes ces situations, puis on génère dessus des tirs de missile en virtuel, et l'on affine le traitement du signal pour éliminer les parasites qui brouillent la visibilité ».  Il s'agit d'un savant dosage : si l'on réduit trop la sensibilité des capteurs, il n'y a pas de fausse alarme, mais pas de vraie alarme non plus ! L'expert technique donne l'image suivante pour rendre l'enjeu plus facile à appréhender : « C'est comme si vous aviez un papier moucheté noir et blanc, et un point noir qui se ballade dessus ». Comment repérer à chaque instant la position du point noir mobile parmi les autres ? « On s'est donné jusqu'à octobre 2010 pour trouver ces réglages » explique-t-il. Il faudra modéliser et définir d'ici là les principales caractéristiques du futur satellite, la résolution et la zone couverte par la caméra infrarouge notamment.

Car le satellite final ne sera pas défilant mais géostationnaire : il sera posté sur une zone bien particulière du globe, une surface dont les côtés feront plusieurs milliers de km, et ne surveillera qu'elle.

Astrium versus Alenia space. EADS-Astrium est maître d'œuvre du démonstrateur : responsable du centre de contrôle des satellites, il propose la caméra et les traitements, l'exploitation des images et la définition du futur système d'alerte. Thales Alenia Space est sous-traitant sur ce démonstrateur : il a conçu et développé les deux micro-satellites basés sur la plateforme myriade du CNES.

Mais pour le satellite, le vrai, qui sera lancé en 2020, rien n'est encore joué : le meilleur des deux industriels remportera la maîtrise d'œuvre selon le code des marchés publics. Appel d'offre prévu pour 2013.

Ana Lutzky

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