SPhere intègre la pomme de terre

En seulement deux ans, le français a réussi à mettre en place une véritable filière de production de bioplastiques qui commence par l'exploitation agricole et s'achève par la fabrication de sacs en plastique.

Remplacer les plastiques d'origine fossile par des polymères fabriqués à partir de ressources agricoles renouvelables. Telle était l'ambition de SPhere, il y a à peine trois ans. Aujourd'hui, l'entreprise dirigée par John Persenda peut s'enorgueillir d'avoir réussi, du moins en partie, le pari. Une part non négligeable de sa production de sacs de caisse, de sacs poubelle et autres sacs-cabas réutilisables - soit 7 000 tonnes sur un total de 130 000 - est fabriquée à partir de Bioplast, un plastique biodégradable issu de la fécule de pomme de terre. Et ce n'est qu'un début. L'entreprise ambitionne, en effet, de basculer l'ensemble de sa production sur les bioplastiques d'ici une dizaine d'années. Elle s'en est donné les moyens, en tout cas. Car la principale réussite de SPhere consiste surtout à avoir mis en place une véritable filière intégrée, de la production de la matière première - la pomme de terre en l'occurrence - à la fabrication du sac en plastique. C'est un cas unique. La plupart de ses concurrents - du français Limagrain Céréales Ingrédients (à l'origine de la Biolice) à l'italien Novamont (Mater-Bi) - se contentent de fabriquer le granule et de le revendre à des transformateurs. L'objectif a été atteint en deux temps, et très rapidement, par le groupe français. Il a d'abord racheté, en 2005, Biotec, un laboratoire allemand spécialisé dans la chimie verte, détenteur de plusieurs brevets sur les thermoplastiques d'origine naturelle, dont celui sur le Bioplast. Puis il s'est octroyé, en janvier 2007, 60 % du capital d'AdventAgri, une société ad hoc créée par les producteurs de pommes de terre de la région Champagne-Ardenne.

Faire du Bioplast une semi-commodité

Si la première opération lui a permis de mettre la main sur le savoir-faire technique lié à la transformation de la fécule en polymère, la deuxième a définitivement scellé son lien avec sa source d'approvisionnement, car AdventAgri c'est aussi la féculerie d'Haussimont, à savoir le site où sont produites 65 000 tonnes de fécule par an, soit le quart de la production française. L'entreprise verrouille ainsi son circuit d'alimentation en matière première et s'offre, dans le même temps, d'utiles relais dans le monde agricole. Le rachat de la féculerie haut-marnaise au néerlandais Avebe - qui menaçait de partir - aura en effet permis de sauvegarder 300 emplois et l'activité de 340 planteurs dans la région. Associés au capital d'AdventAgri, ces derniers se sont engagés à préserver la production de pommes de terre et à orienter les cultures vers des familles de tubercules - il en existe au moins 3 000 connues - plus adaptées à être transformées en bioplastiques. Ce sera peut-être l'une de ces plantes qui permettra un jour de débarrasser le Bioplast de ses composants non renouvelables. Là, réside en effet l'un des challenges majeurs de l'entreprise pour les années à venir. Car, comme d'autres produits concurrents, le biopolymère développé par Biotec utilise des liants issus de la chimie du pétrole dans des proportions qui peuvent, pour certains grades, représenter jusqu'à 60 % de la composition de la résine. Les éliminer lui permettrait d'obtenir un produit complètement issu de ressources naturelles. Et donc, a fortiori, plus en phase avec l'environnement. Autre défi : réduire ses prix, afin de faire du Bioplast non plus une résine de spécialité mais une semi-commodité. Pour y parvenir, SPhere mise sur les économies d'échelle et la recherche. L'entreprise a fixé à 100 000 tonnes le volume de production qui lui permettrait d'abaisser ses coûts. Mais il est clair qu'avant d'atteindre cette capacité, elle devra s'assurer un volume de commandes au moins équivalent. Les ventes intragroupe - SPhere possède 13 usines en Europe - lui permettront d'écouler une bonne partie de son bioplastique, le reste sera vendu à l'extérieur. Biotec s'est déjà attelé à la tâche. Sa filiale allemande produit plusieurs grades de résines pour des applications aussi diverses que les compléments alimentaires, les gélules pharmaceutiques et les produits de soin. L'objectif est d'en produire davantage afin de répondre à des demandes émanant de secteurs à fort potentiel comme l'emballage. Et, possiblement, dans d'autres domaines que la sacherie. De ce point de vue, les synergies qui se mettent progressivement en place avec l'usine d'Haussimont - son fournisseur de matière première - sont un atout indiscutable. SPhere prévoit également de diversifier les lieux de production de son bioplastique. La capacité de son usine d'Emmerich, en Allemagne, sera saturée à 40 000 tonnes. C'est pour cette raison que l'entreprise envisage de construire une nouvelle unité de production de granules à Haussimont. Et, au cours des cinq prochaines années, deux autres usines verront le jour, la première en France, probablement en Haute-Loire, pour desservir les nombreux producteurs de film plastique présents dans la région, la deuxième dans un pays où le groupe est déjà implanté. Histoire de rapprocher le lieu de production du granule de l'endroit où il sera transformé. Et de limiter, par conséquent, les pollutions dues au transport. Une autre façon de se préoccuper de l'environnement !

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