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L'Usine Aéro

SpaceX met l'Europe sous pression

Hassan Meddah ,

Publié le

SpaceX met l'Europe sous pression
Deux lanceurs qui reviennent sur Terre, une Tesla dans l’espace… Le lancement de Falcon Heavy est une réussite.

Les entreprises citées

SpaceX est-il en train d’écrire une nouvelle page de l’histoire de la conquête spatiale ? Les succès à répétition de l’entreprise d’Elon Musk renforcent sa crédibilité industrielle. Dernier en date : le tir de la fusée ultrapuissante Falcon Heavy, le 6 février, capable de transporter jusqu’à 60 tonnes de charge utile en orbite proche, l’équivalent d’un Boeing 737 avec tous ses passagers. Et plus encore, le retour synchronisé sur la base de lancement des deux boosters latéraux, prêts pour une prochaine réutilisation. Si le troisième s’est abîmé en mer, la récupération des étages inférieurs est presque devenue une routine pour SpaceX avec une vingtaine de missions réussies depuis sa création en 2002. Le succès de Falcon Heavy couronne la montée en puissance de SpaceX. Si cette fusée, destinée à préparer de futures missions martiennes, n’est pas une concurrente directe d’Ariane 5, l’Europe spatiale n’en reste pas moins sous pression pour défendre sa place sur le marché des satellites de télécommunications.

Concurrence féroce

ArianeGroup a fait état de 11 lancements en 2017, quand SpaceX a aligné 18 tirs. Surtout, alors que le lanceur européen fait de la fiabilité sa marque de fabrique – avec un record de 82 tirs consécutifs réussis –, une erreur a provoqué fin janvier le transfert de deux satellites sur une mauvaise orbite. Dans ce duel au sommet, l’Europe et les États-Unis ne luttent pas à armes égales. Quand les États-Unis dépensent 50 milliards de dollars par an dans leur programme spatial, l’Europe essaye de suivre avec un budget cinq fois moindre. « Aux États-Unis, l’implication du secteur privé dans le secteur spatial change la donne », explique Arthur Sauzay, avocat et spécialiste des politiques spatiales [lire l’entretien ci-contre]. Elon Musk n’est pas le seul milliardaire à vibrer pour l’espace. Jeff Bezos, le patron du site de commerce en ligne Amazon, investit chaque année 1 milliard de dollars dans sa compagnie Blue Origin qui commercialisera un lanceur réutilisable vers 2020. Sans parler de la concurrence russe, indienne et bien sûr chinoise.

le réveil d’Ariane

La riposte européenne s’organise en deux temps. « La réutilisation des lanceurs n’est pas une fin en soi. L’objectif, c’est de baisser les coûts », explique Jean-Marc Astorg, le directeur des lanceurs au Centre national d’études spatiales (Cnes). L’agence spatiale européenne (ESA) mise sur Ariane 6, un nouveau lanceur deux fois moins cher à produire qu’Ariane 5. Son premier vol est programmé en 2020. Les pièces des premiers exemplaires sont en cours de production. Ariane 6 sera taillée pour répondre au défi des constellations de satellites grâce au moteur réallumable Vinci de son étage supérieur. Surtout, elle devrait bénéficier de la préférence européenne. Les grands acheteurs institutionnels comme l’agence spatiale européenne, l’Union européenne (chargée du programme Galileo), les agences nationales (le Cnes en France, le DLR, le centre allemand pour l’aéronautique et l’astronautique…) pourraient bientôt s’engager sur un volume minimum de commandes pour soutenir le lanceur. Enfin ! Arianespace ne cesse de se plaindre des facilités accordées à SpaceX sur son marché domestique captif où il peut se permettre de facturer quasiment deux fois plus chers ses lancements pour mieux casser les prix sur le marché ouvert à la concurrence.

Le deuxième temps, celui de l’après Ariane 6, est déjà enclenché. L’ESA finance le développement du futur moteur ultra low cost Prometheus, fonctionnant à l’oxygène liquide et au méthane. L’objectif est ambitieux : le produire pour un coût unitaire d’environ 1 million d’euros, soit dix fois moins que le coût de production du moteur actuel Vulcain 2 qui équipe l’étage principal d’Ariane 5. Parallèlement, le Cnes et le DLR sont engagés dans le projet Callisto. D’ici à 2020, ils vont tester en conditions réelles les technologies de la réutilisation grâce à une fusée équipée d’un moteur japonais. Les deux partenaires envisagent aussi de développer un second démonstrateur, Themis, dix fois plus lourd, à l’horizon 2025, équipé cette fois-ci du futur moteur Prometheus. « Avec la réutilisation et le futur moteur Prometheus, on peut espérer diviser les coûts des lanceurs de nouveau d’un facteur deux d’ici à 2030 par rapport à Ariane 6 », explique Jean-Marc Astorg. Reste à savoir si ce calendrier ne devra pas être accéléré face à la montée de la concurrence…

2014 : Décision de lancer Ariane 6. L’Europe a pour objectif de baisser de 50 % les coûts de production du lanceur européen.

2015 : SpaceX réussit à récupérer le premier étage de son lanceur Falcon, qui vient se poser à la verticale sur son pas de tir.

2016 : Airbus et Safran fusionnent leurs activités spatiales au sein d’Airbus Safran Launchers qui deviendra ArianeGroup.

2020 : Premier tir prévu pour Ariane 6. Elle mettra sur orbite aussi bien les satellites institutionnels que les satellites commerciaux.

2024 : Elon Musk envisage un premier vol vers Mars à cette date, à partir d’une fusée ultrapuissante totalement réutilisable.

2030 : Possibilité d’une Ariane « Next », qui serait réutilisable grâce au futur moteur Prometheus.

 

« La prédominance européenne est remise en cause »

Arthur Sauzay, Auteur du rapport « Espace : l’Europe contre-attaque ? », Institut Montaigne, décembre 2017

  • La réutilisation des lanceurs est-elle la clé du succès ?

Cette possibilité va avoir un impact sur les coûts et la capacité d’offrir des prix intéressants sur le marché commercial. Sur ce dernier, la prédominance européenne est remise en cause par SpaceX et ses fusées réutilisables. Il sera difficile pour Arianespace de conserver son leadership dans les cinq ans à venir.

  • Au-delà des lanceurs, comment se positionne l’Europe ?

Dans les domaines des nanosatellites, des données spatiales ou bien encore des services en orbite, l’Europe prend du retard. Or, les segments hors lanceurs représentent environ 80 % du chiffre d’affaires du secteur spatial. L’investissement en termes de capital privé est important aux États-Unis grâce aux fonds de capital-risque et aux Gafa.

  • Faut-il faciliter l’arrivée d’acteurs privés ?
En Europe, l’un des enjeux majeurs est d’arriver à mobiliser le capital privé, y compris les milliardaires européens et les fonds de capital-risque, à destination du New Space. Ceci peut passer par des partenariats public-privé innovants comme la Nasa a su en réaliser. Cela a permis de maximiser l’efficacité d’investissements publics supplémentaires. 

 

 

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