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L'Usine Aéro

Sous-traitants français de l'aéro, attention danger !

Olivier James ,

Publié le

Infographie Des sous-traitants aéronautiques français pourraient disparaître dans les prochaines années, alerte Bertrand Lucereau du Gifas.

Sous-traitants français de l'aéro, attention danger !
Les grands donneurs d’ordres exerçant une pression sur les prix, la marge des fournisseurs baisse.

"Cela va être sanglant." Dans l’euphorie actuelle du secteur aéronautique, les propos de Bertrand Lucereau tranchent. Celui qui représente quelque 200 PME au sein du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas) s’attend à voir plusieurs petites entreprises disparaître au cours des prochaines années. Des propos alarmistes, alors que l’aéronautique ne s’est jamais aussi bien portée ? Nombre de secteurs industriels souhaiteraient aller aussi mal : un chiffre d’affaires de 64 milliards d’euros (+ 6%) en 2017, un solde excédentaire de 17 milliards et 12 000 recrutements dont 2 000 emplois nets.

Derrière ces chiffres flatteurs et les succès commerciaux vertigineux d’un Airbus et d’un Safran, la masse des sous-traitants vit une tout autre réalité. Qu’une étude publiée fin avril par les cabinets Kea & Partners et h & z, sous le patronage du Gifas et du BDLI – son homologue allemand –, éclaire d’une lumière crue : seule la moitié des fournisseurs aéronautiques français et allemands sont susceptibles de rester des partenaires commerciaux des grandes entreprises du secteur. Une conclusion pour le moins préoccupante, qui résulte d’un sondage réalisé auprès de 74 petites entreprises françaises et 66 allemandes.

"Ces sous-traitants aéronautiques ne sont pas assez compétitifs dans le cadre des mises en concurrence à venir des programmes existants et à plus long terme pour les nouveaux programmes", analyse Sébastien Maire, associé au sein du cabinet de conseil Kea & Partners. Dans le détail, l’étude a passé au crible les fournisseurs selon vingt-neuf critères de compétitivité – dont sept liés à la digitalisation – puis a réparti les entreprises selon trois zones, suivant qu’elles seront en mesure de remporter des commandes, de se qualifier pour les obtenir ou d’en être totalement exclues. Résultats : seules 7 % des entreprises interrogées se situent dans la première zone, contre 43 % pour la deuxième et 50 % pour la troisième. Pis, la situation se détériore. "En 2013, 40 % des fournisseurs se trouvaient dans cette situation, souligne François Maisonneuve, le directeur associé de Kea & Partners. Cela signifie qu’une partie d’entre eux n’a pas grandi assez vite, que la consolidation de la filière n’a pas été suffisante"

Trop petits, pas assez compétitifs

Le diagnostic est sans appel : trop petits, pas assez compétitifs, les sous-traitants aéronautiques peinent à suivre des grands groupes en pleine ascension. Leur maturité industrielle n’évolue pas assez vite [voir infographie ci-dessous], et ce, alors que les exigences sur les prix sont de plus en plus fortes et que la concurrence mondiale s’accroît. "Ce risque de ne plus être dans la course s’explique en grande partie par un effet de seuil, dans la mesure où au-delà de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, quasiment aucune entreprise n’est considérée à risque", assure François Maisonneuve. Quand les compagnies aériennes ferraillent au firmament, que les avionneurs se livrent une guerre des prix sans merci, les PME se retrouvent en bout de chaîne à devoir supporter une grande partie de cette bataille commerciale. "Le chiffre d’affaires des PME est en croissance, mais leurs marges baissent en raison de la pression sur les prix exercés par les grands donneurs d’ordres", confirme Bertrand Lucereau. Un quart des PME du secteur ont affiché des pertes en 2016, et ce, pour la deuxième année consécutive pour la moitié d’entre elles. "Un constat inquiétant", résume le dirigeant.

Le décrochage des plus petits fournisseurs est surtout marqué en France. "Le niveau de maturité de la filière allemande est un peu supérieur, précise Sébastien?Maire. La dynamique d’internationalisation y est meilleure, car le marché domestique est plus petit." Conscient de la criticité de la situation, le Gifas s’emploie à remuscler les entreprises les plus fragiles. Le programme Performances industrielles est entré dans sa deuxième phase en 2017 et a pour objectif d’améliorer la compétitivité de 300 entreprises d’ici à 2019, contre 401 pour la première phase, via un budget de plus de 17?millions d’euros. En parallèle, le Gifas a mis sur pied avec Bpifrance un programme qui vise précisément à faire grandir les PME. Ambition PME – ETI, lancé l’an passé, prévoit l’accompagnement durant dix-huit mois de 60 entreprises pour identifier leurs priorités de croissance. Les moyens investis seront-ils suffisants ?

 

Une maturité industrielle qui augmente peu

Evolution de la maturité industrielle entre 2013 et 2018 des 140 fournisseurs français et allemands interrogés suivant 22 critères de compétitivité

Comme le montre cette toile d'araignée des forces et faiblesses des fournisseurs aéronautiques, leur maturité industrielle n'a que très peu augmenté. Et pour deux tiers de ces critères, le niveau de maturité des fournisseurs est encore en dessous du niveau d'attente des donneurs d'ordres, selon l'étude de Kea&Partners. Entre les grands groupes et les sous-traitants, l'écart se creuse...

 

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