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Quotidien des Usines

Sous pression, Safran ajuste son outil industriel

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Publié le

Alors que la communauté financière exprime ses doutes sur la fusion Snecma-Sagem, le groupe rectifie son périmètre. Ce qui suscite inquiétude et colère chez les syndicats.

Simples ajustements de périmètre ou plus vaste restructuration ? Six mois après la fusion entre Snecma et Sagem, qui a donné naissance à Safran, le nouveau groupe n'a pas traîné pour retailler son outil industriel. Fermeture de l'usine de Meudon d'Aircelle (l'ex-Hurel Hispano), arrêt de petites activités, cessions des câbles de Sagem Communication, de l'activité actionneurs de Messier Bugatti, redéploiement chez Snecma Services et Hispano Suiza. Au total, près de 2 000 postes sont concernés par ces réorganisations (sur 56 000 personnes), selon la coordination CGT de Safran.

Plus de doute : le groupe a entamé une vaste opération de réorganisation de son appareil industriel, qui n'est probablement pas terminée. « Nous sommes inquiets : Safran entre dans une logique financière où la direction veut promouvoir la production dans les pays à bas coûts au détriment des emplois en France », résume Patrice Laonet, élu CGT. Selon la centrale syndicale, un document interne au groupe envisagerait « la délocalisation de 1 000 emplois pour gagner 1,5 % d'Ebit en 2008 ».

Les arguments de la direction sont tout autres. « Nous sommes un groupe international à plus de 75 %. Il est donc vital d'être présent en production dans plusieurs zones du monde pour nous rapprocher de nos clients », a répondu indirectement le patron de Safran, Jean-Paul Béchat, lors de la présentation, la semaine dernière, des résultats du premier semestre 2005. Même si les finances de Safran sont globalement bonnes, le groupe est sous pression. Les marchés boursiers ont du mal à être convaincus de la pertinence de cette fusion, et du choix de rester dans l'activité des mobiles (lire encadré ci-contre). Le tout sur fond de rumeurs de mésentente entre le P-DG de Safran et les dirigeants de l'ex-Sagem, Mario Colaiacovo et Grégoire Olivier.

Partout, l'heure est à l'optimisation

La pression provient aussi des avionneurs, qui veulent réduire leurs coûts. Airbus a annoncé un nouveau plan d'économies de 1,5 milliard d'euros d'ici à 2010, qui touchera fatalement l'équation industrielle de Safran. Ce contexte explique certaines des mesures prises récemment. La fermeture programmée de l'usine de Meudon d'Aircelle (fabricant de nacelles de réacteurs), le rachat d'Assystem Maroc (qui passe sous la bannière de Teuchos) ou les redéploiements en cours chez Hispano Suiza (spécialiste de la transmission de puissance) sont clairement à ranger dans la catégorie des mesures destinées à améliorer l'efficacité et à baisser les coûts.

Le site de Meudon, par exemple, trop étroit et vétuste, n'est plus capable d'absorber les augmentations de cadences qu'impriment en ce moment les clients d'Aircelle. « Mais nous allons redéployer les salariés sur les autres sites du groupe. Il n'y aura donc pas de licenciements », assure Yves Imbert, membre du directoire de Safran. Chez Hispano-Suiza, il a été décidé de fermer l'usine de Bezons (Hauts-de-Seine) et de rapatrier l'activité à proximité, sur le site principal de Colombes, là aussi pour mieux optimiser l'outil. Parallèlement, l'usine polonaise, qui fabrique des pignons, monte en cadence afin de se spécialiser sur les pièces à plus faible valeur ajoutée.

Chez Snecma Services, filiale de maintenance de moteurs, l'heure est aussi à l'optimisation. Safran a décidé de spécialiser ses deux sites français de Chatellerault et de Saint-Quentin-en-Yvelines : le premier sera chargé du secteur réparation (activité à plus forte valeur ajoutée), tandis que Saint Quentin sera cantonné dans les opérations de montage-démontage de moteurs. « Mais il n'est pas question de fermer ce site », ajoute Yves Imbert. Améliorer la compétitivité, réduire les cycles de production. Safran n'échappe pas à ces contraintes. C'est ainsi qu'il a lancé un programme d'amélioration de son organisation dans l'ensemble de ses sites industriels (Action V), et investit lourdement quand il le faut. Par exemple, chez Turbomeca, dont la compétitivité était entravée par un outil vieillissant (voir « L'U.N. » n°2980). Un projet à 100 millions d'euros destiné à doter le leader mondial des turbines d'hélicoptères d'une usine ultra moderne.

Des choix étroitement surveillées par l'Etat

Ensuite, le groupe mène des actions pour recentrer certaines filiales sur leur coeur de métier. Il en va ainsi de la cession des câbles de Sagem Communication, ou de la vente des actionneurs de sièges d'avions de Messier Bugatti, secteurs où Safran n'a pas la taille critique. De fait, Messier Bugatti est l'un des leaders mondiaux des roues et freins. Il était assez logique que l'activité actionneurs (110 personnes) retombe dans l'escarcelle d'un spécialiste, très probablement la société Precilec (groupe Zodiac), avec qui Safran est en discussion finale. La vente récente des mécanismes spatiaux au suisse Contraves est aussi à ranger dans les décisions de rationalisation.

Enfin, l'internationalisation est le troisième impératif fixé par les dirigeants de Safran. Dans ce domaine, le groupe ne manque pas d'implantations industrielles proches des marchés à l'export. Deux initiatives récentes l'illustrent bien. D'une part, la montée en régime d'une collaboration avec le conglomérat chinois Avic II dans les moteurs d'hélicoptères qui pourrait déboucher - à terme - sur l'installation d'un outil de production. L'autre projet vient de se concrétiser avec l'inauguration d'une usine de composants pour le moteur SaM146, qui équipera le futur avion régional russe RRJ. Ce programme est mené en partenariat avec NPO Saturn. Il aurait été difficile pour Safran d'y participer sans installer une usine sur place. Un argument régulièrement asséné par la direction pour répondre aux accusations des syndicats sur la question des délocalisations. « D'ici à la fin de l'année, nous aurons recruté 2 200 personnes en France. On ne peut donc pas dire que nous délocalisons », a argumenté Jean-Paul Béchat.

Quoi qu'il en soit, compte tenu du poids de l'Etat dans son capital (31,3 %), celui des salariés (19,1 %), et des produits sensibles qu'il fabrique, chez Safran rien ne se fait comme ailleurs. « Tout est compliqué dans ce groupe, car on sait que les grandes décisions, y compris industrielles, sont surveillées de près par l'Elysée et le ministère de la Défense, explique un connaisseur du dossier. Derrière les raisons de façade, se cachent aussi des aspects plus politico-stratégiques difficiles à décrypter. »

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