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"Sous la vague", le roman d'un patron de distillerie gagné par la sagesse du déraisonnable

Christophe Bys ,

Publié le

Dans "Sous la vague" , Anne Percin interroge comme dans ces précédents romans le rapport de l'homme à son environnement. Là elle narre une comédie endiablée avec un Pdg tout ce qu'il y a de plus classique qui voit son univers se gripper. Et si la vision d'un faon blessé sur une route de campagne pouvait changer le monde pour retrouver une certaine imbécilité salvatrice ?

Sous la vague, le roman d'un patron de distillerie gagné par la sagesse du déraisonnable
200 pages pour 18.80 euros
© DR Le rouergue

Connaissez-vous la théorie du chaos popularisée par l’effet papillon, selon lequel le battement d’ailes d’un papillon asiatique peut déclencher des inondations en Bretagne ? Il est difficile de ne pas y penser quand on lit "Sous la vague", le  dernier roman d’Anne Percin qui met en scène la débandade de la vie de Bertrand Berger-Laffite. 

Ce patron très classique d’une distillerie de cognac voit tout ce qui fait sa vie être menacé en quelques jours. Cela commence par le grand tsunami Japonais de 2011 qui remet en cause sa stratégie commerciale. Qu’importe son cours de Bourse ou son résultat, aussi longtemps que le produit et la tradition de la maison sont respectés. Mais voilà,comme dans les Temps modernes où un opérateur vient enrayer la mécanique de la belle machine, la vue d’un faon blessé un soir sur une route charentaise va amener le Pdg à revoir le bel ordonnancement de ce qui faisait sa vie.

 

Quand ça veut pas, ça veut pas

Car le tsunami n’est qu’un début (si on peut écrire cette phrase, tant l'événement fut atroce pour le Japon). Son poste de pdg est menacé, les magazines d’art et autres Belles demeures qui trainaient sur la table basse du salon sont remplacés sans raison par des gazettes plus engagées, nettement à gauche, un oiseau est bloqué dans le conduit de la cheminée et la fille du patron a un ventre qui s’arrondit étrangement, laissant supposer quelques rapprochements avec les membres du comité d'entreprise !

Il y a quelque chose de foncièrement réjouissant dans ce livre, qui est tout le contraire de la littérature engagée la plus assomante, là où manichéisme borné règne, et où les personnages sont caricaturaux, réduits à des silhouettes porteuses d'une idée.

On est plutôt avec ce "Sous la vague" dans la fable élégante interrogeant le sens de la vie et de l’hyper bougisme contemporain. Car Bertrand Berger-Laffite est avant tout un homme comme les autres, pris par le doute, s’interrogeant sur ce qu’est devenu sa vie,sur la manière dont des décisions d’apparence anodines finissent par faire de nous ce que nous ne voulions pas.

 

La sagesse du déraisonnable

Surtout le roman interroge notre rapport à la raison et à la nature. Ce n’est sûrement pas un hasard si au fil des pages les animaux constituent autant de grains de sable dans le monde d’apparence parfaite de Bertrand. Le faon blessé sur une route, la corneille coincée dans un conduit de cheminée ou le chaton qui provoquera la mise à mort symbolique de la Mercedes du châtelain distillateur de cognac qui n’aimait pas la vitesse.

En exergue de son livre, Anne Percin convoque Lao Tseu

"Dans la blancheur de l’Illumination

Pourras tu faire le deuil de ta Raison ?",  s’interrogeait le sage chinois.

Cette question c’est celle que vit sans se la poser Bertrand Roger Laffite et à travers lui le lecteur. Notre Raison triomphante ne nous a-t-elle pas fait oublier l’essentiel de ce qui fait la vie ? Le prix que nous payons pour renoncer à notre part d’animalité n’est-il pas bien plus élevé que ce que nous imaginons au jour le jour ?

 

Une vraie belle comédie élégante et pertinente

Le rapport à la nature est au cœur des interrogations que pose Anne Percin de roman en roman. Ici elle gagne encore en puissance de réflexion. Ainsi, son héros recourt rarement à des citations car il ne se souvient jamais des auteurs. Il existe cependant une exception pour "une part de bêtise est indispensable" qu’il attribue sans problème à Jean Cocteau. C’est à cette part de bêtise qu’appelle Anne Percin. Bêtise aux yeux de la raison mais sagesse aux yeux de la nature ?

Dans un paysage littéraire français, qui comme le paysage cinématographique méprise souvent la comédie, "Sous la vague" est une heureuse exception. Le roman évoque un humanisme à la Jean Renoir, mais aussi un goût pour la farce et le dénouement joyeux, quelque part entre Molière et Charlie Chaplin.

 

Sous la vague Anne Percin, la brune au rouergue

200 pages, 18.80 euros

"Sous la vague" d'Anne Percin from Éditions du Rouergue on Vimeo.

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