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"Sous la pression des gilets jaunes, on a supprimé le péage urbain. C’est une erreur!", selon Guillaume Ficat-Andrieu

Olivier Cognasse

Publié le

Entretien Alors que la Loi mobilités (LOM) est discutée au Sénat depuis le mardi 19 mars , Guillaume Ficat-Andrieu, responsable d'études au sein de la direction Conseil de l’ingénieriste Systra, qui a accompagné plusieurs collectivités dans le cadre de leur Plan de déplacement urbain ou de schéma de mobilité, analyse les différentes mobilités et notamment le covoiturage, dans une interview à l’Usine Nouvelle.

Sous la pression des gilets jaunes, on a supprimé le péage urbain. C’est une erreur!, selon Guillaume Ficat-Andrieu © Vivepat - Wikimedia commons

L'Usine Nouvelle - Est-ce que la Loi d’orientation des mobilités (LOM) prend suffisamment en compte le covoiturage sur lequel vous avez travaillé ?

Guillaume Ficat-Andrieu - Elle doit donner de nouveaux outils pour développer le covoiturage. Le forfait mobilité durable (400 euros) en est un et pourrait devenir obligatoire d’après les derniers déclarations de l’exécutif. C’est une bonne chose, mais pour être efficace, une politique de covoiturage doit agir simultanément sur cinq volets : l’infrastructure, l’offre, le financement, le numérique et la gouvernance. Si l’on veut massifier la pratique, il faut créer les conditions pour que l’usage partagé de la voiture soit plus compétitif que son usage individuel. Cela peut donc se traduire par la création de voies réservées et d’emplacement de stationnements dédiés, une tarification incitative, des services de lignes virtuelles, des plates-formes numériques de mise en relations. La LOM va offrir un certain nombre de ces dispositifs mais laisse des zones d’ombre sur la question du financement et de la gouvernance. Le covoiturage présente un potentiel important pour réduire la congestion et la place occupée par la voiture dans l’espace public.

Pour réglementer les nouvelles mobilités, la LOM doit donner le pouvoir de décision aux Autorités organisatrices de la mobilité (AOM). Est-ce une bonne nouvelle ?

La LOM va offrir la possibilité aux communautés de communes de prendre la compétence mobilité, lever du versement transport pour financer par exemple des services de covoiturage. Elle ne règle que partiellement le sujet de la gouvernance car les compétences en matière de covoiturage restent éclatées entre des Régions qui opèrent des plateformes, des Départements qui ont conservé la compétence sur les aires de covoiturage, les communes qui conservent le plus souvent le stationnement. L’absence de chef de file clairement désigné peut constituer un frein au développement de la pratique.

Le free-floating se développe sur la location de vélos, de scooters et de trottinettes. Quel constat dressez-vous ?

Les succès sont très mitigés sur le vélo. On l’a vu à Paris. Les opérateurs se sont engouffrés dans la brèche laissée par le Vélib’ lors du changement d’exploitant. Comme à Lyon, le vélo en libre-service avec des stations est privilégié. A Lyon, il ne reste plus qu’une entreprise.

Pour la trottinette, en plein essor, il y aura vraisemblablement une consolidation similaire du marché qui va s’opérer. Son usage n’a modifié qu’à la marge les pratiques de mobilité comme l’a démontré une étude récente de l’ADEME avec des usages majoritairement occasionnels pour des motifs loisirs. Ces services peuvent offrir une bonne complémentarité avec les transports collectifs comme sur le parvis de la Défense pour du dernier kilomètre.

L’arrivée des trottinettes électriques n’est pas sans poser quelques problèmes. Est-ce que la LOM peut les résoudre ?

Actuellement, l’encadrement de ces services d’initiative privée questionne les collectivités. La Loi doit mettre en place un dispositif de licence permettant d’encadrer les bonnes et mauvaises pratiques des opérateurs car il y a un enjeu d’occupation de l’espace public et de stationnement. Il existe déjà des systèmes de bonus-malus mis en place par les opérateurs pour inciter à déposer les engins dans des aires de stationnement dédiées. Pour la circulation, la LOM prévoit d’interdire leur circulation sur les trottoirs, mais il faut rappeler que le Code de la route interdit déjà circuler à plus de 6 km/h, ce qui veut dire en réalité que l’on doit marcher avec son vélo ou sa trottinette.

Au niveau du financement, le projet de loi ne semble pas avoir répondu à toutes les attentes ?

En effet, pour le Plan vélo, le financement est échelonné sur plusieurs années et le montant total est jugé insuffisant au regard des ambitions affichées (multiplier par quatre la pratique). Et sous la pression des Gilets jaunes, on a supprimé le péage urbain. C’est une erreur ! Il aurait permis de dégager des moyens pour les mobilités durables. De plus, les enjeux sociaux peuvent être pris en compte dans le montant des péages. Mais ils ont disparu de la LOM.

La priorité est donnée aux transports du quotidien. Pourtant, les petites lignes ferroviaires sont toujours en danger. Que préconisez-vous ?

La perspective d’un transfert aux régions est une bonne chose. Avec Systra, nous sommes très actifs sur ce sujet. Comment réinventer un nouveau modèle économique et technique ? Avec des normes plus légères pour la maintenance et la régénération de ces lignes moins circulées. On peut utiliser du béton plutôt que du ballast, plus cher à l’investissement mais moins onéreux en termes de maintenance. Mais il existe un sujet d’interface à résoudre pour les lignes qui peuvent être en relation avec le reste du réseau.

Et les véhicules autonomes peuvent-ils réellement modifier le paysage de la mobilité ?

Les navettes autonomes ont une volumétrie très faible. Ce sont encore des démonstrateurs mais il y a des avancées dans ce domaine et à terme, elles pourront être un enjeu de la transition énergétique, en réduisant le nombre de véhicule sur la voirie, en développant le transport à la demande. Pour la voiture autonome, on en est encore aux  balbutiements et il faudra régler la cohabitation avec les autres véhicules. Les freins sont encore très nombreux.

Propos recueillis par Olivier Cognasse

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