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Le bateau du futur, toujours plus connecté

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Vidéo Alors que se tient le salon Nautic à Paris, les industriels du nautisme planchent sur un bateau plus propre, économe, performant, confortable, connecté et potentiellement sans pilote. Comme la start-up angevine Kara Technology et son « Eva », un voilier de 15 mètres bardé de 130 capteurs, d’actionneurs et de caméras.

Le bateau du futur, toujours plus connecté
À bord de l’«Eva», le voilier de Kara Technology intégralement connecté, 130 capteurs assurent la gestion du bateau.

C’est un savant teasing qu’entretient Bénéteau avant de dévoiler, fin janvier à Düsseldorf (Allemagne), sa nouvelle marque Excess, « moderne et sportive », censée bousculer le segment déjà dynamique du catamaran. Dans le nautisme aussi, la nouveauté stimule le marché. En seulement trois ans, dans un contexte porteur, le groupe vendéen a renouvelé 88 bateaux, sur 200 références sous dix marques différentes. À cette innovation produit s’ajoute désormais l’effet amplificateur des enjeux liés au numérique, à l’énergie et à l’écoconception, sur lesquels la filière nautique doit rattraper un certain retard pris sur l’automobile et le bâtiment.

Chez Bénéteau, la révolution digitale prend notamment la forme de l’interface universelle Ship control, une technologie conçue pour le plus profane des marins. Elle permet de piloter, depuis une tablette, les fonctions électroniques de confort et de sécurité du bateau : éclairage, climatisation, batteries, réservoirs, vitesse, température… Inspiré de la course au large, Ship control est, pour l’heure, uniquement installé sur le Gran Turismo GT 50, un sport cruiser de 16 mètres, mais à terme, Bénéteau veut le proposer sur tous ses modèles, à voile et à moteur. « La finalité, c’est que nos bateaux soient faciles d’accès afin d’amener le plus de gens possible sur l’eau et le plus longtemps possible », résume Renaud Tourte, le directeur du développement produits du groupe.

Kara Technology et son « Eva », un voilier de 15 mètres bardé de capteurs

 

C’est dans ce même esprit qu’évolue la start-up angevine Kara Technology et son « Eva », un voilier de 15 mètres bardé de 130 capteurs, d’actionneurs et de caméras. Ces objets connectés enregistrent toutes les données de navigation (issues des GPS, sondeurs, radars, baromètres, anémomètres…) et celles du bateau lui-même (température, humidité, chocs, fumées…). Quant aux actionneurs, ils permettent d’activer dessalinisateur, énergie, hélice d’étrave, pompes… Le tout se pilote via des interfaces PC ou sur la vaste table à cartes numériques imaginée par Kara.

Découvrez la vidéo réalisée par Kara Technology à l'intérieur de son bateau connecté.

L’étape suivante sera logiquement la commande à distance de ces fonctions, pour déshumidifier la cabine ou vérifier les niveaux en vue d’une croisière, anticiper les pannes et changement de pièces grâce à la maintenance prédictive, ou donner des ordres vocaux du type « sors du port ! ». Les systèmes anticollision permettront d’affranchir le marin de manœuvres compliquées. « S’il est un domaine où le nautisme pourrait devancer l’automobile, c’est bien dans le bateau autonome », prédit Stéphan Constance, le patron de Grand Large Yachting et du chantier nantais Alumarine, qui a construit le voilier « Eva ». Mais pour ce dirigeant, également vice-président de la Fédération des industries nautiques (FIN), la vraie révolution numérique viendra des data. « Sur ce point, la filière en est à l’âge de pierre. Nous concevons encore les bateaux selon nos croyances, estime-t-il. Grâce aux données, nous pourrions nous poser des milliers de questions et mieux connaître les clients. »

Des foils pour éliminer le mal de mer

La gestion énergétique relève aussi de cette démarche facilitant la navigation. Depuis cinq ans déjà, Fountaine Pajot, à La Rochelle (Charente-Maritime), propose le service Eco cruising permettant de suivre le niveau de jauge des batteries, « et de comprendre si le bateau consomme ou crée de l’énergie, via ses panneaux solaires », résume Nicolas Gardies, le directeur général de ce spécialiste du catamaran de croisière. « On assiste à un foisonnement de pistes », constate Stéphan Constance, l’un des enjeux clés étant d’accroître le stockage et l’autonomie à bord. Le bateau moderne devra muscler ses apports en énergie solaire et éolienne embarquée tout en explorant les pistes des combinaisons diesel-électrique ou de l’hydrogène, chacun observant l’expérimentation menée dans ce domaine par le catamaran Energy Explorer. Chez Bénéteau, chaque mode de propulsion alternatif est soupesé, tel le tout électrique, pour l’instant improbable en mer, l’hybride, les piles à combustible...

Le bateau de monsieur Tout-le-Monde empruntera aussi à la compétition. Les foils, en particulier, questionnent la filière. Ces appendices latéraux permettant de faire planer le bateau au-dessus de la surface « apportent un bénéfice incroyable en termes de confort », s’enthousiasme Stéphan Constance, qui prévoit une diffusion assez large des foils sur les bateaux à moteur, éliminant le mal de mer. « Attention, on ne s’autorise pas à équiper tous les bateaux, il en va de la sécurité de nos clients », tempère Renaud Tourte. Pour l’heure, Bénéteau a généralisé les foils sur ses Figaro 3, des monocoques sportifs de série.

L’éco-conception des voiliers représente un autre foyer d’innovation, balbutiant. « La France est le premier pays au monde à se doter d’un éco-organisme de recyclage des bateaux de plaisance », rappelle Stéphan Constance. En revanche, on est encore loin de remplacer le polyester, matériau roi, et la fibre, dont le bilan énergétique est peu flatteur. « Des initiatives existent sur le lin, mais la question de la matrice dans laquelle on noie ces fibres reste posée, la résine biosourcée n’étant pas disponible pour l’heure », admet le vice-président de la FIN. Pour Nicolas Gardies, les technologies d’injection et d’infusion sous vide, désormais bien maîtrisées, permettent cependant un meilleur dosage de la quantité de produit mise en œuvre.

Sur ce sujet, Bénéteau avance avec l’IRT Jules Verne, le pôle Mer et le chantier de déconstruction Wintering, de Guérande (Loire-Atlantique). « La finalité est de voir s’il existe un business model rentable », résume Renaud Tourte. Pour disposer de références précises sur les meilleurs process de désassemblage, Bénéteau procédera en février prochain à la « déconstruction lente » d’un ancien bateau, un Idylle vieux de 25 ans. L’objectif est de faire converger les taux de recyclabilité vers ceux de l’automobile, soit 90 à 95 %. De là doivent émerger de nouveaux process d’assemblage. « Ce sera là un kilomètre zéro », note Renaud Tourte. Les objectifs seront ensuite réévalués tous les ans.

 La marine à voile tente un retour

Le retour des grands voiliers de commerce n’est plus un rêve. Celui de la start-up nantaise Neoline devrait devenir réalité grâce à Renault.Le constructeur automobile sera le premier client de ce service à la voile entre Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) et Saint-Pierre-et-Miquelon, en passant par les États-Unis, à partir de 2021. Le « Neoliner », un quatre-mâts de 136 mètres, transportera chaque année 50 à 100 véhicules Renault vers l’île française proche du Canada. Fondée par d’anciens officiers de la marine marchande, Neoline consulte donc les chantiers pour la construction de deux cargos à voile d’une contenance théorique de 286 conteneurs. Ces navires, d’un coût unitaire de 35 millions d’euros, présentent l’avantage d’offrir une hauteur de garage permettant d’intéresser les gros colis des industries aéronautiques, les fabricants de machines, le nautisme... Pour gréer les 4 150 m² de voiles, quinze membres d’équipages seront nécessaires. Le projet mise sur des technologies existantes (gréement duplex rabattable, plan anti-dérive...). « C’est la combinaison de l’ensemble qui devient une innovation », résume Jean Zanuttini, le cofondateur de Neoline.

D’autres projets émergent. À Nantes, le petit chantier Alumarine construit un deux-mâts de 22 mètres. Cette goélette sera livrée en 2019 à la société bretonne Grain de Sail, qui veut acheminer à la voile depuis les Caraïbes des fèves de café et de cacao. Quant aux Chantiers de l’Atlantique, ils explorent la voie d’un paquebot à voiles, testant depuis fin octobre sur « Le Ponant », un bateau de croisière, son nouveau type de voile, Solid Sail, constitué de panneaux en fibre de verre, carbone et résine époxy.

 

 

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