[Sortie d’usine] Comment le yacht géant Sea Eagle II s’inspire du design des satellites

Spécialisé dans les yachts, le constructeur naval Royal Huisman travaille sur l'un des plus gros voiliers dans le monde. La goélette Sea Eagle II est sortie de son usine début janvier. Mais avant de mener ce chantier titanesque, l'entreprise néerlandaise s'est inspirée d'une méthode de design de... l'Agence spatiale européenne (ESA).

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[Sortie d’usine] Comment le yacht géant Sea Eagle II s’inspire du design des satellites
Le yacht construit par Royal Huisman s’allonge sur 81 mètres ce qui lui permettra de rejoindre le top 10 des plus grands yachts à voiles du monde.

Le secteur spatial est-il plus proche de la construction navale ou de l’aéronautique ? En janvier, l’entreprise néerlandaise Royal Huisman a dévoilé un yacht géant tout juste sorti de son usine à Vollenhove (Pays-Bas). Baptisé Sea Eagle II, le voilier de luxe a été conçu à l’aide de techniques qui servent d’habitude au développement des satellites.

Un navire en aluminium de 81 mètres

Les trois mâts n’ont pas encore été dressés sur cette goélette mais le navire donne déjà à voir ses dimensions impressionnantes : il s’allonge sur 81 mètres ce qui lui permettra de rejoindre le top 10 des plus grands yachts à voiles du monde. Il serait également le plus grand yacht à voiles en aluminium du monde.

Le bateau doit être livré au printemps au milliardaire taïwanais Samuel Yin qui possède déjà le premier Sea Eagle. Selon le site spécialisé Voiles et Voiliers, le prix du Sea Eagle II s’élève à 125 millions de dollars (112 millions d’euros). Malgré ces caractéristiques grandioses, le navire ne pourra embarquer que 12 passagers pour un équipage de 13 personnes (voir une vidéo du chantier ci-dessous).

Une vidéo de Dutch Yachting montre également la sortie de chantier du navire.

Prochaines étapes : l’installation des mâts en fibre de carbone. Ceux-ci seront montés au site Royal Huisman d’Amsterdam avant des essais en mer et l’entraînement du personnel de bord.

Comment l’ESA a participé au projet

Information plus inattendue : l’Agence spatiale européenne (ESA) a participé au projet. Les équipes de Royal Huisman se sont en effet inspirées d’une technique de design qui sert d’habitude aux systèmes et aux missions du secteur spatial : l’ingénierie simultanée (ou ingénierie concourante).

Pour s’éduquer à cette méthode, le responsable du design et de l’ingénierie chez Royal Huisman - Stefan Coronel - a reçu une formation des équipes du Concurrent Design Facility (CDF), un bureau d’études lui-même situé à l’European Space Technology and Research Centre (ESTEC) de l’ESA à Noordwijk (Pays-Bas). D’habitude, le CDF est utilisé pour la conception de satellites afin d’évaluer leur faisabilité avant d’engager les étapes de développement industriel.

(Le bureau d'études Concurrent Design Facility de l'ESA. Crédit : ESA–G. Porter / CC BY-SA 3.0 IGO)

L’ingénierie simultanée, quèsaco ?

En quoi consiste l’ingénierie simultanée ? “L’idée de base est simple : réunir tous les experts nécessaires et les outils de design dans une seule pièce pour travailler ensemble comme une équipe sur un modèle de logiciel partagé qui se met à jour immédiatement lorsque des changements sont réalisés, afin d’évaluer la faisabilité du design et les compromis d’une manière beaucoup plus efficace et fiable”, explique Massimo Bandecchi. Ce dernier a fondé en 1998 le bureau d’études Concurrent Design Facility (CDF),

Cette méthode remplace un mode de travail “en séquence” où chaque corps de métier se succède sur un seul projet, ce qui nécessite un chantier plus long avec des corrections et des “allers-retours nécessaires” entre chaque discipline. Dans le cas des yachts, de nombreuses disciplines ont été réunies sur les différents équipements : résistance et rigidité des structures ; systèmes de propulsion, puissance, chauffage et climatisation ; électronique ; décoration intérieure ; fonctionnement du pont et des voiles ; spécialistes du bruit et des vibrations...

Selon l’ESA, l’ingénierie simultanée permet d’élaborer un design de meilleure qualité et d’économiser du temps et de l’argent, de quoi susciter de l’intérêt dans l’industrie. Aujourd’hui, l’agence dénombre 60 centres actifs en Europe similaires au CDF, dont 10 dans d’autres secteurs d’activités que le spatial.

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